Ces derniers temps, l'on entend souvent dire que le Front National a désormais un
programme « de gauche » en matière économique. On ne peut pas nier en tout cas que des cibles communes et des idées semblables figurent dans les programmes des deux candidats classés
aux « extrêmes », Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon.
C’est une vieille stratégie des fascismes que de de couvrir leurs idées d'un vernis de gauche. Hitler l’avait dit :
« Notre national-socialisme est l’avenir de l’Allemagne. Bien que cet avenir soit économiquement orienté à droite, nos cours demeurent orientés à gauche. Mais avant tout, nous
n’oublierons pas que nous sommes des Allemands » (Adolf Hitler, novembre 1932, discours de clôture du parti nazi NSDAP.). Le Pen Jean-Marie l’avait plagié en Avril 2002 :
« Socialement je suis de gauche, économiquement de droite et, nationalement, je suis de France. ».
On voit très bien cette « socialisation » des fascismes à propos des agences de notation et ses convergences avec la
« gauche radicale » .Dans les deux discours la dénonciation de ces agences, qui va de pair avec celle de la « finance », est assortie d'une revendication, le retour à la
« souveraineté nationale », et l'idée de bouter la finance hors de France, comme on en boutait jadis les Anglais. Cela quelques années que l’on parlait même de la
« gaucho-lépinisation » du discours du F.N. dont Alain Soral était alors un chantre.
Jean Luc Mélenchon se dit patriote et récemment dans un entretien, il déclarait également n'avoir rien contre les patrons « en
soi » et c'est devant l'agence Standart's and Poor que le candidat de la gauche radicale choisit aujourd'hui d'appeler à des rassemblements quotidiens, et pas devant le MEDEF.
Dans ces conditions une question se pose : pourquoi, à programme économique semblable, Marine Le Pen est-elle créditée
de 20% dans les sondages, tandis que le Front de Gauche plafonne à 6 ou 9 % ? Pourquoi le patriotisme, le nationalisme « social » rencontre-t-il plus de succès incarné par le Front
National que par le Front de gauche ?
La réponse est au fond assez simple : en tenant un discours de ce type, Marine Le Pen et le Front National ont une idée assez
claire de la cible qu'ils visent principalement, de la couche sociale à qui ils souhaitent faire croire qu'ils veillent à ses intérêts. Marine Le Pen l'a désignée elle même dans son meeting de
Saint Denis : alors que tout le monde l'attendait sur un appel aux ouvriers et aux habitants des quartiers populaires, ce jour-là, la Présidente du Front s'adresse à un ensemble qu'elle
appelle les classes moyennes qui regroupe selon elle, tous ceux , qui, ces dernières années ont pris le « descendeur social » : ceux qui sont mis en avant sont les jeunes
diplômés, les petits patrons, les fonctionnaires cadres moyens et supérieur, les professions libérales, les commerçants. En somme Le Pen Marine en appelle à la frange la plus fragile de la
petite-bourgeoisie Et aux couches supérieures du prolétariat comme du reste le programme du NPA qui dénonce la « précarisation » des classes moyennes.
Pour toutes ces catégories sociales, dont certaines forment les couches supérieures du prolétariat, et d'autres les couches inférieures
de la petite-bourgeoisie, le choix est vite fait entre Mélenchon et Le Pen : celle-ci offre une voie apparemment sécurisante, un retour vers le passé du capitalisme national, le mythe de la
paix sociale incarnée par les références aux Trente Glorieuses.
A l'inverse, Mélenchon comme toute la gauche radicale de ces vingt dernières années ne sait pas à qui il parle, ou plutôt cultive
l'illusion de parler à tout le monde : flattant le petit patron de PME , il sacrifie l'ouvrier de ces mêmes PME, et espère se rattraper en se focalisant sur le soutien aux ouvriers de
quelques boites emblématiques. Apôtre de l'agriculture ou du petit commerce bien de chez nous, il ne risque pas d'éveiller l'intérêt de l'ouvrier agricole ou de l'apprenti en boucherie
charcuterie.
Mélenchon est capable de quelques tirades paternalistes sur les « frères immigrés », mais son adhésion au
« patriotisme », au drapeau et à la mythologie de la France éternelle, lui aliène forcément une bonne part de la jeunesse issue de l'immigration, comme ses envolées laïcardes et à la
limite du racisme.
Comme tous les autres candidats d'extrême gauche avant lui, et comme toutes les formations qui les ont soutenues, Mélenchon à force de
vouloir ratisser large, s'enfonce dans la confusion la plus totale et fait surtout rabatteur des fascistes au sein du prolétariat.
En effet, à force de prôner l'alliance de classe avec les « petits patrons » autour
d'une ferveur patriotique commune, cette gauche syndicale et politique impose l'idée que ce type de programme nationaliste est bien de gauche. Comme la grande bourgeoisie met en avant
médiatiquement les fascistes qui défendent les mêmes thèses et comme ces derniers ne sont pas soumis aux contradictions de la gauche radicale, ce sont les fascistes qui raflent la mise, en
attirant en sus de la petite-bourgeoisie , une part importante du prolétariat.
Car, réfléchissons un instant : Que l’on soit anarchiste ou marxiste, une seule ligne doit prédominer : la lutte de classe,
et celle-ci suppose deux choses :
Reconnaitre l’existence sociale concrète des classes.
Reconnaitre les contradictions aux seins des luttes .
Sur les façons d’analyser et d’investir cette lutte (en fait ces micros-luttes quotidiennes qui participent à la lutte générale), les
points de vue divergent évidemment entra anarchistes et marxistes.
Néanmoins ne plus reconnaitre la classe induit de cesser de comprendre que la lutte de classe est la locomotive de l’histoire. Faire ceci amènera invariablement à ne pas vouloir critiquer le mode de production capitaliste. Ne plus critiquer le MPC ou juste partiellement fait abandonner tout projet d’édification d’un mode de production socialiste. Par voie de conséquence, abandonner ce concept amène non plus à la révolution, mais à la révolte, la « rebelle-attitude » si prisée par les gauchistes. Ainsi on cède aux chants de deux illusoires et dangereuses sirènes.
La première Sirène,l’interclassisme.
Elle consiste à faire cause commune avec une classe antagoniste (ici prolétariat et bourgeoisie par exemple). Dans un premier temps,
l’interclassisme émerge en général dans le versant petit-bourgeois de la bourgeoisie et cherche à se « prolétariser » et à défendre des causes populaires. D’une part c’est souvent un
échec car le prolétariat y voit une main mise politicienne sur son devenir et d’autre part, aux fins de visibilité médiatique, la petite-bourgeoise lorgne vers des combats visibles politiques et
défendables « largement » par l’ensemble de la bourgeoisie moyenne. On en arrive donc à défendre des causes d’ordre « nationales » comme une délocalisation d’industrie
en prétextant que le « capitalisme étranger », « la mondialisation », le « Grand Capital » est responsable de la situation. On défendra l’Etat bourgeois comme
dernier rempart face aux ravages du « capitalisme international ».
C’est sur cette ligne que se trouvent souvent des confédérations de la CGT ou l’ensemble de SUD. Ce fut le cas
dernièrement mi-décembre lorsque « Thello » un train privé concurrent de la SNCF a été mis sur les rails à Lyon ou la lutte de l’Usine Fralib de Géménos fin Novembre 2011. C’est
dans ce cadre que Pierre Laurent, secrétaire général du P « C »F a déclaré aux salariés : « Unilever cache ses profits dans une banque en Suisse, en fait c'est gens là,
ces multinationales n'ont qu'une patrie : c'est l'argent. Et c'est à cela qu'il faut s'attaquer ». Tout y est , le nationalisme anti-suisse ( un autre jour, c'est le nationalisme
anti-Allemands à la grand-papa qui prédominera ), l'opposition entre le vilain capital apatride et le gentil capital français et la focalisation sur les « banquiers »
La Deuxième sirène : La non-critique du mode de production capitaliste(MPC).
Cet interclassisme amène à élargir son spectre de lutte hors du prolétariat et à commencer à défendre un capitalisme amendé au profit
du « principe de réalité », ou un capitalisme à « visage humain ».
En cela, on s’oppose aux multinationales, aux banques, aux financiers. Pourtant c’est ici encore une erreur :
« Le rapport monétaire entre le capitaliste et le travailleur, entre l'acheteur et le vendeur devient un rapport inhérent à la production. Mais ce rapport a son fondement dans le
caractère social de la production et non dans le mode d'échange ; celui-ci, au contraire, émane de celui-là. Au demeurant, il est tout à fait conforme à l'esprit borné du bourgeois, tout à
ses petits trafics, d'ignorer que le système d'échange a pour base le système de production et non l'inverse » (La Capital, Livre II).
Critiquer la « finance », « les banques », » l’argent », les « flux » est
inutile car c’est ici un « média » une « surface », un « bien » de l’exploitation du prolétariat par le système du mode de production capitaliste. Produire national,
local, ou « équitablement » créera toujours de l’argent, des flux, en somme du fric, et il faudra toujours des banquiers à un moment ou à un autre pour gérer ces flux. Cesser de vouloir
le socialisme, terme ultime de l’interclassisme c’est ne plus vouloir la révolution socialiste, c’est alors la porte ouverte à toute les dérives.
Par le passé, cela s’est déjà produit dans les marges du marxisme entre les années 1900 à 1915. C’est ainsi que Mussolini en
abandonnant le « socialisme » et son idéologie « matérialiste » s’est réfugié dans la création des faisceaux fascistes. Idem en France pour Georges Sorel.
Cet ingénieur a voulu réviser le marxisme, le rendre non-déterministe, non-matérialiste, forger des mythes dont
celui de la « grève générale » en somme adopter un comportement révisionniste qui le mènera vers la défense du fascisme. Il ne croit pas en la lutte de classe et propose des luttes
interclassistes, il veut « critiquer » le marxisme, faire face à sa « décomposition », Il abandonne la notion de parti au profit de syndicat ainsi qu’il le dit lui-même dès
1898 dans son article « la crise du socialisme ». Il considère que la référence à la Commune de Paris est trop violente, il trouve attrait pour le parlementarisme, il défend
Bernstein qui va fonder le SPD (parti Social-Démocrate allemand) en se détournant de l’aspect révolutionnaire et matérialiste du marxisme.
L’historien Sternhell le note très bien : « C'est ici qu'intervient Sorel. Ce socialiste français
joue un rôle essentiel dans la poussée de la synthèse fasciste en ce qu'il est le premier à lancer une révision "révolutionnaire" du marxisme. Il préconise une révolution en dehors de la matrice
marxiste traditionnelle. Puisque le capitalisme ne s'effondre pas et que les masses ne marchent pas à coups de raisonnements, Sorel remplace le contenu rationaliste et matérialiste du marxisme
par le culte de l'énergie, l'intuition et la violence. Il entend donc corriger le marxisme en y introduisant des éléments irrationnels. La destruction du régime de démocratie libérale est aussi
un fondement de la révision sorélienne : il faut bien comprendre que ce courant révisionniste se dresse autant contre le libéralisme que contre le marxisme, car ce sont des systèmes de pensée
matérialistes qui considèrent la société comme un simple agrégat d'individus. Enfin, il ne reste plus aux disciples de Sorel qu'à remplacer par la Nation le prolétariat défaillant dans le combat
contre la décadence démocratique et rationaliste. Ainsi s'ouvre progressivement la voie vers le fascisme »
On le voit si l’on lit Sorel que l’abandon de la lutte de classe et du prolétariat comme classe
révolutionnaire amène à l’interclassisme, et celui-ci à la fin de la recherche de la révolution, au profit du syndicalisme de collaboration et de gestion ou du parlementarisme.
Seulement, en période de crise du capitalisme, et de confrontation aîgue entre les classes au niveau mondial, la grande bourgeoisie ne
choisit pas forcément l'option social-démocrate : une fraction de plus en plus importante , au contraire se tourne vers la solution fasciste.
C'est naturellement ce qui est en train de se passer avec l'intégration du Front National à la sphère de la démocratie
bourgeoise , comme dans le reste de l'Europe avec les autres partis fascistes, mis sur le devant de la scène par les médias, considérés et présentés comme des politiciens respectables
et soutenus par un nombre croissant de grands patrons.
Devant ce phénomène, la gauche soi-disant radicale ne trouve pas d'autre voie que de raccrocher ses wagons à ceux d'une partie de la
bourgeoisie mondiale : Mélenchon et son parti se réfèrent de plus en plus à de prétendus « pays résistants », du Vénézuéla à Cuba, ou la classe ouvrière , pourtant lutte là bas
aussi contre les prétendus dirigeants révolutionnaires.
Notre texte sur le social-fascisme et le
fascisme social dénonçait une « gauchisation » aux fins électorales et-ou aux fins de dissimulations des idéologiques des fascismes, mais aussi une
social-fascisation des gauches social-démocrates par un soutien (de moins en moins inconditionnel au fil des mois il est vrai) à des tyrans presque tous membres ou anciens membres de
l’Internationale Socialiste (Par exemple la Tunisie et l’Egypte…).
Nous avons redonné vie à un ancien concept oublié : le « social-fascisme », pas pour nous faire
plaisir, mais pour expliquer tout d’abord la contamination fasciste de la social-démocratie, ce qui avait été étudié en son temps par les communistes d’Allemagne du KPD dans les années 20 et 30.
Depuis ce concept a fait florès en ce sens qu’il nous a permis de comprendre la lente mais soudain exponentielle contamination de l’ensemble des gauches par le social-fascisme, jusqu’ à la gauche
radicale ou « extrême-gauche ».
Le problème est que cette stratégie de la gauche est vouée à l'échec : car ces modèles internationaux du social-fascisme
sont aussi repris par les fascistes français, qui ne crachent pas sur Chavez et consorts, et pour cause. Leur nationalisme interclassiste , comme leur antisémitisme de plus en plus flagrant
correspond très exactement à ce qu'ils cherchent à imposer ici.
En réalité, si l'éventail des solutions électorales est donc quasi-nul, celui des solutions accessibles dès lors que l'on se replace
sur une ligne de classe internationaliste a de quoi rendre optimiste.
Malgré les contradictions et la fascistation rampante, les affrontements de classe ne font que s'amplifier, en France comme
ailleurs.
C'est plus que jamais le moment de garder une ligne claire, fondée sur l'intérêt des prolétaires et le caractère irréconciliable de
l'antagonisme entre les classes.
C'est cet antagonisme qui s'exprime dans les grèves locales, dans les mouvements contre la répression policière dans les quartiers
populaires, dans les mouvements très durs et persistants des travailleurs issus de l'immigration et sans papiers malgré la violence des attaques dont ils sont victimes.
A un moment ou à un autre, ce mouvement cherchera une expression politique unifiée et se détournera des sirènes nationalistes ou
religieuses : on commence déjà à le voir en Tunisie , en Egypte ou en Grèce, ou les mouvements fascistes issus de l'islam politique ont intégré le pouvoir et sont contraints face aux
revendications de la classe , de dévoiler leur nature contre-révolutionnaire.
Maintenir une ligne de classe inflexible et forcément anti-nationaliste, ce n'est pas s'isoler, c'est
anticiper.


En 2007, la gauche comme la droite ont fait campagne sur la sécurité. Le tronc commun , c'était la « protection » des « honnêtes
citoyens » contre les « délinquants ».
Les trois programmes évoquent la nécessité de « protéger » les secteurs stratégiques contre les « appétits étrangers »
Les trois candidats , comme d'ailleurs la présidente du MEDEF, ont tous la même rhétorique sur l'homme idéal, opposé au vilain capitaliste financier sans scrupules : le petit
patron , humain et bosseur fou, voilà le sauveur suprême, celui qu'il faut encourager et choyer.
Nos trois candidats proposent tous noblement que le licenciement économique ne soit plus permis s'il n'est pas « justifié » par la situation de l'entreprise, et les trois
citent l'exemple de la société qui engrange des dividendes pour les actionnaires mais licencie quand même...
Appeler un chat, un chat : voilà l'essentiel de notre ligne .
Pour autant , il ne s'agit pas de tracer un trait d'égalité entre des fascistes assumés, des fascistes qui se cachent derrière le
masque de la démocratie, et des politiciens qui se vivent eux-même comme des gens de gauche.Nous parlons de processus et de tendances, dans lesquels la manière dont les individus et les
politiques se perçoivent eux-même n'entre que très peu en ligne de compte au regard du résultat obtenu, la diffusion du poison nationaliste au sein de la classe ouvrière qui l'empêche de voir
clairement la nature bourgeoise de certaines politiques, dont le protectionnisme.
Le social-fascisme est bien «
L'on pouvait encore l'année dernière lorsque nous évoquions ces convergences et cette ligne semblable dans la
social-démocratie, à l'extrême-gauche ou à l'extrême-droite dans de nombreux textes, nous accuser d'exagération à partir de présupposés théoriques non vérifiés massivement dans la
pratique.
Pourquoi le mode de production capitaliste
est-il actuellement dans une crise sévère?
Comment fonctionne le mode de production
capitaliste dans sa production du profit?
Pourquoi une crise globale
s'accompagne-t-elle d'un risque fasciste réel et imminent?
Par exemple, quel est le
programme du F.N. face à la crise ?
Que propose-t-il aux
prolétaires ?
Vingt cinq ans depuis Tchernobyl....




