Les temps sont troubles, l’extrême-gauche est moribonde qu’elle soit libertaire, marxisante ou anarchiste.
Elle n’a plus rien à dire et lorsqu’elle dit, elle se trouve souvent du côté de l’oppresseur qui à défendre la laïcité avec des nationaux-révolutionnaires, qui à défendre la viande de porc avec des nervis du FN , qui à défendre les palestiniens y compris avec des éléments fascistes du Hamas…
Nous l’avons dit souvent, dans l’indifférence, nous sommes au seuil des années 1930. Depuis 2008, les évènements liés à la crise économique frappent le prolétariat en Europe, et ailleurs.
Les fascistes ont débuté une offensive sociale clairement déterminé afin d’happer le prolétariat et de le coincer de leur filet.
A ce propos, de la fascisation de la social-démocratie et de l’offensive sociale des fascistes en France, voyez notre brochure « Fascisme social et social-fascisme »
L’alternative en France, pour 2012, ce n’est pas la présidentielle, mais bien le choix entre le communisme et le fascisme.
L’extrême-gauche française a choisi : ce sera le fascisme ! Elle défend Kadhafi parce qu’il est « socialiste », ou s’oppose à la libération du peuple libyen, parce que cela est orchestré par l’impérialisme.
A ce propos, voyez notre texte « A bas le social-fascisme Libyen ».
Dans les deux cas, dans la défense ou l’atermoiement, nos gauchistes nationaux choisissent l’oppression. Dont acte.
Staline sur la question nationale déclarait très clairement : « Dans les conditions de l'oppression impérialiste, le caractère révolutionnaire du mouvement national n'implique pas nécessairement l'existence d'éléments prolétariens dans le mouvement, l'existence d'un programme révolutionnaire ou républicain du mouvement, l'existence d'une base démocratique du mouvement. La lutte de l'émir afghan pour l'indépendance de l'Afghanistan est objectivement une lutte révolutionnaire, malgré le tour monarchiste des conceptions de l'émir et de ses partisans, car elle affaiblit, désagrège et sape l'impérialisme, cependant que la lutte des démocrates et des « socialistes » à tous crins, des « révolutionnaires » et des républicains pendant la guerre impérialiste, était une lutte réactionnaire, car elle avait pour résultat de maquiller, de consolider de faire triompher l'impérialisme. » (La question nationale, 1924).
La lutte du peuple libyen, certes soutenu par un Conseil National de Transition bourgeois et flanqué de l’aide impérialiste affaiblit et désagrège l’ordre ancien, lui-même soutenu par l’impérialisme français, souvenons nous tout de même de la ballade de Kadhafi dans Paris, il y a encore peu d’années et de ses tentes dans le jardin des Tuileries.
Certes l’impérialisme va tenter de se faire une place en or au sein de la Lybie nouvelle. Néanmoins, cette avancée pour le peuple permettra un second moment, lorsque le peuple se retournera contre l’impérialisme. Bien entendu, cela n’est pas une certitude, mais le renversement de Khadafi en est une étape essentielle.
En tout cas, tous nos chers gauchistes crient au loup avec un pessimisme qui les mène droit sur les cimes du désespoir à citer du Cioran plutôt que du Friedrich Engels. Ce n’est pas nouveau, beaucoup de gauchistes s’abreuvent de Nietzsche et de Heidegger plutôt que de marxistes ou d’anarchistes.
Nous avions abordé cette thématique dans notre Anti-Heidegger et dans ce texte "Quelques évidences sur la situation...".
Le Social-fascisme est donc arrivé, sans trop se presser mais avec un boulevard devant lui. Néanmoins, il ne peut s’imposer sur la scène politique sans son pendant le social-darwinisme. Nous mettons donc désormais à disposition de nos lecteurs notre brochure sur le social-darwinisme avec, comme à notre habitude, des exemples concrets issu de ce bon vieux « terrain » que les gauchistes affectionnent tant sans bien savoir de quoi il s’agit. Ainsi nous traiterons de la places des « vieux » dans la société, de la grille AGGIR, de l’assassinat d’handicapés « mentaux » (oui en France en 2011 !) et d’autres sujets de préoccupations bien moins glorieux que ceux de nos gauchistes, mais tellement plus en phase avec le prolétariat.
A Lénine de conclure : « Dès à présent, le socialisme n'est plus la question d'un avenir éloigné, je ne sais quelle image abstraite, ou je ne sais quelle icône. A propos d'icônes, nous gardons notre ancienne opinion, fort mauvaise. Nous avons réussi à implanter le socialisme dans la vie quotidienne, et c'est là que nous devons nous y retrouver. Voilà la tâche de l'heure, voilà la tâche de notre époque » (21 Novembre 1922).
Il nous faut revenir ce sur ce qui se passe en Lybie en ce moment. En effet, toute « l’extrême-gauche » se gausse de connaitre la vérité sur la situation libyenne en défendant des points de vue impardonnables, qui pour la défense de Kadhafi, qui contre le soulèvement populaire car mené en grande partie par l’impérialisme et le Conseil National de Transition (C.N.T.).
Ces deux points de vue sont faux, archi-faux. Il faut soutenir la chute de Kadhafi mais savoir ne pas être dupe par rapport au C.N.T. soutenu par l'impérialisme. Dans tout ces cas de figure, il faut savoir raison garder. Il ne s’agit pas de proclamer la « révolution » comme le font les journalistes, tout simplement parce que la révolution correspond pour un bolchévique à une définition précise de Lénine à savoir l’émergence de trois points concomitants. Il y a donc une façon scientifique de trancher les choses. Il faut :
1./ Prise de conscience des masses opprimées de ne plus pouvoir vivre comme autrefois dans une misère grandissante et donc révolte contre le gouvernement (Ce fut le cas en 1789 et aujourd’hui en Lybie) ;
2./ Vacance du pouvoir où l’ancien pouvoir politique se délite, ne semble plus avoir la main sur les événements ;
3. / Volonté des masses opprimées de risquer de perdre les maigres acquis dans une lutte violente contre les forces de l’Etat en place, en somme de la perte du maigre confort acquis.
On voit bien que pour caractériser la situation libyenne, les deux derniers points manquent à l’appel, car d'une part l'ancien pouvoir ne se délite pas entièrement (le C.N.T. contient plusieurs anciens ministres et chefs de tribus) et d'autre part, le peuple n'est pas encore dans l'optique de briser ses maigres acquis, car la situation est aujourd'hui complexe sur le terrain d'une région à l'autre, il n'y a pas d'unité de la révolte, mais des foyers de révolte de plus en plus importants certes.
En ce que nous concerne, et on pourrait discuter les détails de cette thèse, mais nous caractérisons le régime de Kadhafi comme un social-fascisme. Kadhafi caractérisait son régime comme une sorte de socialisme « troisième voie », un nationalisme arabe socialisant comme nous avons pu en connaître en Egypte sous Nasser.
Nous définissons le social-fascisme comme un régime à connotation fasciste sous un vernis socialiste. C’est le cas de la République populaire de Chine aujourd’hui par exemple. Le parti « communiste » y est un parti « bourgeois et capitaliste ». En Lybie, la définition semble moins évidente car Kadhafi a tenté lui une « troisième voie », le "socialisme arabe version Khadafi", celle entre nationalisme et socialisme. On ne voit pas en Lybie de fanions rouges, de parti « communiste », puis que le socialisme kadhafien est opposé au marxisme, mais Kadhafi définit son régime comme un socialisme. En quoi consiste un régime social-fasciste en général ? Nous l’avions défini ainsi. Un régime est social-fasciste s’il y a :
1./ Culte du chef, exaltation du dépassement individuel (C’est le cas du « guide-suprême »)
2./ Culte de la nation et non de la race (C’est le cas avec la défense des tribus libyennes) ;
3./ Soumission à l'économie de marché (pour tout ou partie de la population) et renforcement du corporatisme (C’est le cas pour une partie de la Lybie, l’autre versant encore dans le semi-féodalisme) ;
4./ Fonctionnement en parti unique non démocratique qui de confond avec l'appareil d'Etat (C’est le cas de l’appareil répressif d’Etat autour de Kadhafi, même si l’Etat en tant que tel est inexistant) ;
5./ Désignation des boucs-émissaires (Kadhafi déclaré en Mars 2011 « Il y a aura des actes de piraterie, à 50 km de vos frontières. Les gens de Ben Laden viendront imposer des rançons sur terre, et sur mer ».) ;
6./ Refus de l'intellectualisation et de la culture (Son unique ouvrage Le Petit Livre vert est une pensée de la Théorie Universelle selon Kadhafi).
Comment aujourd’hui des « communistes » (Comme le philosophe italien Domenico Losurdo, qui en plus reprend des informations du théoricien de la conspiration Thierry Messan) peuvent-ils soutenir un tyran comme Kadhafi surtout que ce dernier n’a rien de communiste et/ou de marxiste puisqu’il déclare dans son Petit Livre Vert : «L'objectif d'un parti est de parvenir au pouvoir au nom de l'exécution de son propre programme. Il n'est pas démocratiquement admissible qu'un parti gouverne le peuple tout entier car celui-ci est constitué d'intérêts, d'opinions, de tempéraments, d'idéologies ou d'origines différents » ?
Tout communisme sait ou devrait savoir que le parti prolétarien doit être le glaive qui portera le prolétariat au pouvoir, car il doit être sa « courroie de transmission » Staline rappelle le pourquoi de la nécessité du parti du Parti: «Tout d'abord, parce que le parti renferme l'élite de la classe ouvrière, élite liée directement avec les organisations sans-parti du prolétariat, que fréquemment elle dirige. En second lieu, parce qu'il est la meilleure école pour la formation de leaders ouvriers capables de diriger les différentes organisations de leur classe. En troisième lieu, parce qu'il est, par son expérience et son autorité, la seule organisation capable de centraliser la lutte du prolétariat et de transformer ainsi toutes les organisations sans-parti de la classe ouvrière en organes desservant cette dernière » (Bases du léninisme).
Cette affirmation est valable tant que les conditions objectives qui y président existent, à savoir le mode de production capitalisme à l’ère de l’impérialisme. Or nous sommes toujours en ce début de XXIème siècle dans un mode de production capitaliste marqué par le sceau de l’impérialisme. Et Lénine avait lui-même indiqué que « Le parti est la forme suprême de l'union de classe du prolétariat ».
De plus Kadhafi fait un amalgame énorme le disqualifiant définitivement du marxisme et même de tout socialisme lorsqu’il indique dans son ouvrage phare la classe : « Le système politique de classe est identique à celui des partis, des tribus ou des sectes. Qu'une société politique soit dominée par une classe, un parti, une tribu ou une secte, c'est finalement la même chose ». Or c’est faux, une classe répond à une définition économique et non à une simple définition sociologique comme la tribu, la secte ou même la famille. Une classe c’est le fruit de la division sociale du travail.
Dès la société primitive, avec le passage à l'élevage et à la culture du sol apparut la division sociale du travail : diverses communautés, puis les différents membres d'une même communauté commencèrent à exercer des activités productrices distinctes. La formation de tribus de pasteurs a marqué la première grande division sociale du travail. Cette première grande division sociale du travail entraîna à elle seule une élévation sensible pour l'époque de la productivité du travail. L'apparition de la propriété privée et de l'échange marqua le début d'un bouleversement profond de toute la structure de la société primitive. Les progrès de la propriété privée et de l'inégalité des biens déterminèrent chez les divers groupes de la communauté des intérêts différents. Les individus qui exerçaient les fonctions d'anciens, de chefs militaires, de prêtres mirent leur situation à profit pour s'enrichir. Ils s'approprièrent une partie considérable de la propriété commune. Les hommes qui avaient été investis de ces fonctions sociales, se détachaient de plus en plus de la grande masse des membres et formaient une aristocratie dont le pouvoir se transmettait de plus en plus par hérédité.
Grâce à l'essor des forces productives, le travail de l'homme, dans l'élevage et l'agriculture, lui procura plus de moyens d'existence qu'il n'en fallait pour son entretien. Il devint possible de s'approprier le surtravail ou travail supplémentaire et le surproduit ou produit supplémentaire, c'est-à-dire la partie du travail et du produit qui excédait les besoins du producteur. Il était donc profitable de ne pas mettre à mort les prisonniers de guerre, comme auparavant, mais de les faire travailler, d'en faire des esclaves. Les esclaves étaient accaparés par les familles les plus puissantes et les plus riches. A son tour, le travail servile aggrava l'inégalité existante, car les exploitations utilisant des esclaves s'enrichissaient rapidement. Avec les progrès de l'inégalité des fortunes, les riches se mirent à réduire en esclavage non seulement les prisonniers de guerre, mais aussi les membres de leur propre tribu appauvris et endettés.
Ainsi naquit la première division de la société en classes : la division en maîtres et en esclaves. Peu à peu les rapports de production propres au régime de la communauté primitive se désagrégeaient et étaient remplacés par des rapports nouveaux, qui correspondaient au caractère des nouvelles forces productives. Le travail en commun fit place au travail individuel, la propriété sociale à la propriété privée, la société gentilice à la société de classes. Désormais l'histoire de l'humanité sera, jusqu'à l'édification de la société socialiste, l'histoire de la lutte des classes. Les idéologues de la bourgeoisie prétendent que la propriété privée a toujours existé. L'histoire dément cette assertion ; elle atteste que tous les peuples ont passé par le stade de la communauté primitive, qui est fondée sur la propriété commune et ignore la propriété privée. C’est donc bien l’intromission de la propriété privée qui va faire la naitre la division en classes sociales.
De plus « le guide suprême » indique que « Une société déchirée par la lutte des partis est en tout point semblable à celle qui est déchirée par la lutte tribale ou sectaire ». C’est une nouvelle fois faux. Une société n’est pas déchirée (quel idéalisme !) mais est empreinte de contradictions. Ces contradictions sont essentiellement les suivantes :
Or de contradictions, Kadhafi n’en parle jamais en idéaliste nationaliste qu’il est, préférant voir des « oppositions », résolvables dans les congrès populaires. Kadhafi nous dit alors « La démocratie directe, quand elle est mise pratique, est indiscutablement et incontestablement la méthode idéale de gouvernement ». C’est ainsi qu’il propose la mise en œuvre de « congrès populaires ». Or, un communiste véritablement bolchévique, ne peut être en accord avec cette phraséologie dépourvue de sens. Le bolchévique reconnait une seule forme d’organisation, le centralisme démocratique, une seule façon de organiser les relations, le Parti, et une seule façon de conserver les acquis révolutionnaires par la dictature du prolétariat.
Tout naturellement, Kadhafi admet que « Démocratiquement, aucun groupe ne peut, au nom de la société, prétendre disposer seul du droit de contrôle, « La société est son propre censeur » ». Donc, par voie de conséquence, il ne reconnait pas la nécessité d’une dictature du prolétariatqui est étrangère au socialisme arabe.
Alors que reste-t-il du « socialisme » de Kadhafi ? Un simple égalitarisme individuel (celui qui possède conserve) : « Les travailleurs perçoivent un salaire parce qu'ils ont effectué une opération de production pour le compte d'un tiers qui les paye dans ce but. Ils n'ont pas l'usufruit de leur production, et ont été contraints d'y renoncer moyennant salaire. Or, la règle équitable est : « Celui qui produit dispose de sa production » ». En somme qui produit conserve le bénéfice de la production, à titre individuel. Il surenchérit en écrivant : « Il n'y a pas de salariés dans la société socialiste, il y a des associés. le revenu appartient à l'individu et il l'emploie comme il l'entend pour satisfaire ses besoins. C'est la part qui lui revient d'une production dont il est l'un des éléments indispensables. Ce n'est pas un salaire versé en contrepartie d'une production faite au profit d'un tiers ».
Voilà pour la théorie, mais dans les faits, Kadhafi est arrivé au pouvoir suite à un coup d’Etat, il a imposé d’une volonté de fer ses idées en privilégiant l'une des tribus minoritaires (la Makarha) instituant une sorte d’état-providence du tout-gratuit, mais dont aucune recette ne venait abonder le budget d’un Etat quasi sans organes.
Assurant ainsi un équilibre par la terreur dans un pays avec des congrès fantoches populaires, où en fonction du territoire chaque chef de tribu y trouvait son compte en terme économique, à force de compromissions et de liens féodaux, le régime de Kadhafi n’a fait que renforcer un équilibre féodal, en l’institutionnalisant.
De ce fait, un système indique s’est mis en place, loin de tout « socialisme ». De même l’appareil répressif de l’Etat, le seul existant presque, s’est ensuite installé autour de la garde prétorienne de Kadhafi.
Pourquoi alors des « communistes » défendent encore ce social-fascisme, au mieux ce socialisme troisième voie de façade (et encore, il faut bien chercher) qui vante une démocratie directe inexistante, mais qui est en fait une autocratie d’ordre tribal, donc quasi-féodal ? Aucune réponse rationnelle ne peut en tout être portée par la lumière d’une analyse dialectique et matérialiste. Ces communistes pêchent donc par idéalisme.
Mais la question est aussi pourquoi certaines autres « socialistes », « gauchistes », « progressistes », s’ils ne défendent pas le leader libyen, dénoncent-ils la rébellion ou la révolte en cours ? Tout simplement parce que la rébellion parvient à arriver à s’imposer sur le terrain par l’apport des forces impérialistes occidentales. C’est vrai.
Ce que visent ces forces impérialistes c’est de « bien se tenir » avec les futurs dirigeants libyens afin de profiter de la manne libyenne notamment en terme de pétrole et plus globalement d’énergie.
Cependant comme disait Lénine, il n’y aura jamais de révolution assez pure pour être exaltée par le gauchisme.
Ce qui est en jeu ici, c’est le soulèvement d’un peuple et de tribus, donc un soulèvement populaire ? S’il est vrai que le Conseil National de Transition (C.N.T.) représente les anciennes tribus et les ex-ministres de Kadhafi, on doit espérer en tant que communistes que les masses populaires se soulèveront par la suite et imposeront leur volonté au C.N.T. Ici, ce n'est pas la révolution, mais c'est peut-être une future étincelle.
Bien entendu sans parti communiste prolétarien, la chose est impossible en l'état, mais un communiste doit voir l’avenir, à long terme, comprendre que la chute de Kadhafi (qui sera remplacé soit par un autre tyran, soit par une démocratie fantoche aux ordre de l’impérialisme) sera un pas de plus vers une future révolution nationale et bourgeoise, nécessaire avant une éventuelle révolution prolétarienne, même si'il ne faut pas oublier la leçon de Staline : « La révolution bourgeoise se borne à remplacer au pouvoir un groupe exploiteur par un autre groupe exploiteur » (Du Léninisme, 4).
Nous devons donc être heureux de la chute du régime social-fasciste de Kadhafi, être vigilant à l’avenir, ne pas être dupe de jeu de l’impérialisme, mais soutenir un peuple en lutte contre un oppresseur.
Il y a déjà quelques mois, nous évoquions le fait que la position sur l'insurrection libyenne constituerait une des grandes lignes de fracture dans le mouvement progressiste et
révolutionnaire.
Si les insurrections égyptiennes et tunisiennes ont donné lieu à un soutien sans réserve, immédiatement la révolte d'une partie du peuple libyien a donné lieu à controverse : cette controverse a été suscitée par le soutien des Etats européens et américains à cette insurrection.
Elle n'a évidemment fait que s'amplifier avec l'intervention militaire de l'OTAN dans ce pays et son appui à d'anciens dignitaires du régime présentés comme les chefs légitimes des insurgés.
Aujourd'hui avec la quasi-totalité de l'extrême droite, une grande partie de l'extrême gauche nie l'existence d'une révolte populaire en Libye et considère que se réjouir de la chute maintenant probable de Kadhafi est une trahison et un alignement sur "l'impérialisme occidental".
Il faut noter qu'à côté de cette position, se développent également les thèses selon lesquelles, finalement, les révolutions tunisiennes et égyptienne auraient été manipulées en sous-main par ce même impérialisme occidental, voire par l'habituel « complot sioniste ».
Naïveté infantile et pessimisme fascisant sont les mamelles de cette position qui conduit au défaitisme et au mépris pour les luttes des prolétariats concernés.
Naiveté infantile : le militant gauchiste semble considérer comme une grande surprise le fait que le camp de la bourgeoisie élabore des stratégies nouvelles pour éteindre le feu révolutionnaire. Le fait que la bourgeoisie puisse décider de soutenir en apparence le camp révolutionnaire pour tenter de lui imposer une direction bourgeoise n'a pourtant absolument rien de nouveau. C'est toute l'histoire des événements survenus en Russie entre février et octobre 1917 au moment ou le gouvernement provisoire est en place. A l'époque, nos militants gauchistes contemporains, mis devant Kerensky et son alliance avec d'anciens soutiens du tsarisme, soutenue par les gouvernements occidentaux seraient sans doute allés pleurer sur la révolution trahie , les bras ballants et le cerveau occupé à rédiger des textes prouvant que Lénine était manipulé par l'Allemagne.
Quant aux faits que les capitalistes utilisent la guerre comme contre-feu et n'hésitent pas à intervenir militairement , et à occuper les pays à risque révolutionnaire, là aussi on cherchera en vain la nouveauté, celle qui devrait nous amener en conséquence à ne pas soutenir les insurgés sous prétexte qu'une partie de la bourgeoisie se présente comme leur allié et libérateur.
Pessimisme fascisant : la lamentation désespérée devient le mode dominant d'expression à l'extrême gauche française. La chute de Kadhafi n'annonce que le pire, la poursuite de l"'occupation impérialiste occidentale" sur l'ensemble de la planète, ou alors la mise en place de gouvernements « islamistes » dans tous les pays en proie à des troubles révolutionnaires. Les gens luttent pour rien, au fond, voire même ils aggravent leur état.
Cette position , à l'extrême-gauche classique n'aboutit à aucune conclusion politique positive hormis les appels à une « vraie » révolution immédiate et correctement menée qui viendra bien un jour, mais certainement pas dans ces pays ou, au fond, le prolétariat est vraiment arriéré et propre à se faire manipuler de tous les côtés.
Les conclusions logiques, d'autres les tirent et récupèrent ainsi une partie des esprits, déjà conditionnés par ce pessimisme.
Puisque la révolte ne sert à rien, puisque le capitalisme impérialisme tout-puissant condamne toute révolution autonome et populaire à échouer ou à être manipulée, pourquoi ne pas s'orienter vers la défense des dictatures social-fascistes ?
Certes Kadhafi, Chavez, Ahmadinejad, Assad ne sont pas des saints, certes ils exercent un pouvoir autoritaire et sans partage, mais après tout ils résistent aux « Occidentaux », garantissent l' « intégrité nationale » de leurs pays respectifs , non ?
Et les soutiens des dictatures social-fascistes connaissent leur public petit-bourgeois ; ils mettent en avant une réalité qui est bien celle de la Syrie et de la Libye : l'existence d'une stabilité économique fondée sur l'asservissement brutal des prolétaires, mais qui permet d'offrir un niveau de vie acceptable à une couche moyenne plus importante numériquement qu'ailleurs en échange de son soutien à ces régimes.
En poussant à son terme la logique pessimiste des gauchistes, leur défaitisme permanent, leur confusionnisme de privilégiés
bénéficiant de droits démocratiques conquis par le mouvement ouvrier, mais incapables de voir le potentiel ouvert par ces droits, les fascistes parviennent ainsi à laisser penser que les
dictatures sanguinaires sont un moindre mal, et que leur chute en tout cas est tout sauf une bonne nouvelle. L'expression la plus aboutie de ce discours est celui de Thierry Meyssan, désormais
installé en permanence en Syrie et actuellement "envoyé spécial" à Tripoli, dont les vidéos ont un certains succès à l'extrême gauche également.
En France, le chauvinisme n'en finit pas de générer des désastres culturels : installé dans sa confortable posture anti-impérialiste de pacotille, le militant n'en finit pas de répéter que la chute de Saddam n'a rien changé en Irak et que « ce sera la même ailleurs ».
Ignorant à la limite du racisme, il n'a pas remarqué que des mouvements de classe, des mouvements féministes, des mouvements de jeunesse , des organisations communistes ont émergé là bas depuis huit ans et se développent de manière incroyable, au regard de ce à quoi ils sont confrontés : l'occupation militaire, la terreur des groupes de l'islam politique, la dureté des affrontements de classe. Il ne lit pas non plus les analyses des communistes iraniens pourtant de plus en plus nombreux, qui pour ne recevoir aucun soutien des démocraties occidentales et pour être même menacés d'expulsion lorsqu'ils se réfugient en Europe n'en appellent pas moins à la destruction de la dictature comme préalable incontournable.
Persuadé d'être l'avant garde mondiale de la révolution, une partie de l'extrême-gauche française est au fond tout à fait contrariée du démenti cinglant infligé à cette croyance par les prolétaires et les révolutionnaires tunisiens, égyptiens, libyiens ou syriens. Cela fait au moins dix ans, que la majeure partie de cette extrême gauche considérait devoir soutenir des gouvernements nationalistes ou religieux puisqu'ils étaient soi-disant le seul rempart réaliste à l' « impérialisme occidental ».
Heureusement, là bas, les exploités , eux ont décidé de ne pas se contenter du « moindre mal ». La force de leur révolte et de leur mouvement les amène donc à être confrontés à tous les contre-feux possibles allumés simultanément par toutes les fractions de la bourgeoisie : le soutien politique et militaire à d'éventuels remplaçants pour les dictateurs déchus en fait partie.
Mais toujours est-il qu'il y a six mois, les capitalistes n'avaient nullement besoin de déployer ces stratégies et de se présenter comme des « soutiens » aux révolutions en cours contre les dictateurs.
Ce retournement de situation est évidemment un grand pas en avant. Il peut naturellement être suivi de retours en arrière.
Mais dans l'attente, celui qui ne se réjouit pas de voir Kadhafi aux abois, plutôt que paradant comme un roi dans les rues de Paris, pendant que les Libyens crèvent est tout sauf un révolutionnaire.
Notre collectif
s'adresse à tous les redskinheads francophones et internationaux constitués en R.A.S.H ou en groupes autonomes. Ce collectif signe aussi l'ouverture du mouvement vers les skinheads
spirit 69 et les S.H.A.R.P ainsi que vers des militants d'autres horizons. Notre collectif assume son aspect anticapitaliste, antiraciste et antisexiste.
Les "skinheads" apolitiques et boneheads, parasites du mouvement "skinhead" sont nos ennemis de classe et ne sont pas admis ici. Ce blog s'adresse aussi à celles et ceux pour qui "skinhead"
est encore, hélas, synonyme de fasciste, afin de leur démontrer le contraire. Enfin, ce collectif s'ouvre également vers les cultures proches (Reggae,Ska-Soul et Punk).
Working Class Pride!
oi

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