3 LA COSMOLOGIE STOICIENNE : LE TOUT NATUREL
3.1Ce détour pas Spinoza suppose que l’on voit comment Spinoza à développé cette conception moniste. Il tire une partie de sa réflexion des stoïciens : « Gardes toi de dire que tu es seul lorsque tu es seul dans ta chambre », dira Epictète, ainsi les stoïciens sont persuadés que le monde est une unité complète et totale, la substance, et qu’en somme que cette substance- matière est Dieu.
3.2 Pour Zénon de Citium, la matière première de toute chose est la substance, celle-ci est éternelle et ne peut devenir plus grande ou plus petite, en somme il s’agit d’un tout naturel équilibré. Epictète reprend cette idée sans ses Entretiens : « Épictète lui répondit : “ N'es-tu pas persuadé que toutes les choses du monde ont entre elles une liaison ? -- Oui. -- N'es-tu pas persuadé que les choses terrestres sont régies par les célestes ? -- Oui. -- En effet, tu vois que toutes les choses de la nature arrivent dans les temps marqués, toutes les saisons arrivent dans leur temps. A l'approche et à la retraite du soleil, quand la lune croît ou décroît, toute la face de la nature change. Puis donc que toutes les choses de ce bas monde, et nos corps mêmes sont si liés et si unis avec le tout, comment peux-tu t'imaginer que notre âme, bien plus divine que tout cet univers, en soit seule détachée, et qu'elle ne soit pas unie et liée avec la divinité qui l'a créée ? » (Epictète, Entretiens, Livre I, XLI).
3.3 Les stoïciens fondent leur physique sur des principes matérialistes pour l'essentiel, et ils développent la doctrine d'Héraclite d’Ephèse (vers 540-480 av. n. è) .Pour eux, la nature est un tout matériel, vivant et raisonnable, dont les parties sont en mouvement. « Le sage stoïcien, écrit Marx dans sa Thèse, ne se représente pas « une vie sans évolution », mais une vie absolument mobile, ce qui ressort déjà de sa conception de la nature, qui est celle d'Héraclite, dynamique, évolutive, vivante ».
3.4
Cependant, pour les stoïciens, la matière était un principe passif, et
Dieu, un principe actif. En somme, la substance-matière était composées e quatre éléments deux
actifs, le feu et l’air, deux passifs, l’eau et la terre. Au cœur de cette substance tout est question de
mélange et donc d’équilibre. La qualité déterminante de ce mélange, ce que le stoïcien nomme la Hexis, sorte de gaz suprême qui chapeaute la substance, une préfiguration de
l’atmosphère en quelque
sorte.
4 GAÏA EST ELLE UNE HYPOTHESE DIALECTIQUE ?
4.1Le matérialisme dialectique prouve que tous les corps, depuis les infimes particules de l'atome jusqu'aux gigantesques planètes, depuis les bactéries jusqu'aux animaux supérieurs, jusqu'à l'homme, sont la matière sous ses différentes formes et aux diverses étapes de son développement. La nature a également une histoire, elle n’est pas fixée une fois pour toute dans son éternité, contrairement à ce que pensent les écologistes romantiques qui veulent « conserver » le monde en l’état. Pour eux, le monde doit être conservé tel qu’il est, voir développé de manière durable lorsque des quelques visées sociales derrière ce romantisme, à l’unique condition de pouvoir nous héberger. Pour tous les écologistes romantiques (radicaux, politiques…) le monde est une ressource qu’il ne faut pas épuiser, mais c’est une ressource. En tant que défenseurs du Mode De Production Capitaliste (MDPC), ces derniers veulent rationaliser le monde, agencer la misère, pour que l’homme puisse continuer à exploiter la planète terre. Revenons à notre hypothèse dialectique.
4.2 Cette façon de voir, dialectique, concevoir que la nature a justement sa propre histoire, nous la devons à Friedrich Engels, à la suite des nombreuses interventions de Marx qui comptait lui avoir le temps de se pencher sur une « dialectique », c’est-à-dire sur l’écriture d’un traité comportant les lois générales de l’univers tant au niveau humain qu’un niveau naturel. Les travaux harassants en économie, les maladies, puis la mort ont empêché Marx de suivre cette voie.
4.3 Contrairement à l'idéalisme qui considère que le monde est créé par Dieu ou qu'il est une incarnation de l'« idée absolue », de l'« esprit universel », de la « conscience », la science marxiste soutient que la matière existe éternellement, qu'elle n'est créée par personne, que le monde se développe suivant les lois objectives du mouvement de la matière et n'a besoin d'aucun « esprit universel ». Ceci semble pour la peine opposé même à l’hypothèse Gaïa. En effet, comme nous l’avons écrit dans le § 2.2,
4.4 La nature matérielle est simultanément discontinue et continue, de la sorte elle est toujours en proie à un certain équilibre précaire. Son caractère discontinu se manifeste de multiples façons, avant tout dans le fait que la nature se compose de corps isolés, qualitativement déterminés, différents par leur complexité: galaxies (nébuleuses), étoiles, systèmes planétaires, planètes, différents corps sur les planètes, molécules, électrons, spins etc. L'émission de la lumière est discontinue ; la lumière est émise et absorbée par portions séparées d'énergie, les quanta ou photons. Mais en même temps la nature est continue. Tous les corps constituent un tout ; les atomes forment des molécules, celles-ci s'agglomèrent en corps entiers, par exemple les cellules végétale et animale dont se composent les organismes ; les étoiles forment des systèmes stellaires, etc. Il en est de même pour la lumière qui est discontinue et continue à la fois : elle est émise et absorbée par photons, mais diffusée par ondes, c'est-à-dire comme un tout, comme un torrent d'ondes. Les électrons et les autres particules élémentaires ont une nature double: corpusculaire et ondulatoire, c'est en quoi se traduit l'unité du discontinu et du continu. De même le mouvement, le temps et l'espace sont simultanément discontinus et continus. L'accumulation lente, continue des changements quantitatifs est interrompue par un bond par le passage d'un état qualitatif à un autre.
4.5 La discontinuité et la continuité sont inconcevables l'une sans l'autre, elles sont connexes. Cette conception est l’opposée absolue de la vision romantique du monde qui voit stabilité, fixité, immuabilité. En somme, les tenants de l’écologisme romantique ne sont pas moins que des idéalistes, c’est-à-dire qu’il pense un monde relativement stable, d’où la nécessité de la développer durablement, quelques mesures correctrices, pichenettes écologistes (ampoules basse consommation, végétarisme…) suffiront à maintenir le monde dans son état absolu d’immobilité.
4.6 Relisons des extraits très actuels de différents textes d’Engels, le commentaire n’est pas même indispensable : « Et depuis que la biologie se pratique à la lumière de la théorie de l'évolution, on a vu, dans le domaine de la nature organique, les limites rigides de la classification fondre l'une après l'autre, les chaînons intermédiaires presque rebelles à toute classification augmentent de jour en jour, une étude plus exacte rejette des organismes d'une classe dans l'autre, et des signes distinctifs qui étaient presque devenus des articles de foi, perdent leur valeur absolue; nous avons maintenant des mammifères ovipares et même, si la nouvelle en est confirmée, des oiseaux qui marchent à quatre pattes [1] ». (Anti-Dühring, Préface, II).
4.7 « Cependant « tout ce qui naît mérite de périr [2] ». Des millions d'années peuvent bien s'écouler, les générations naître et mourir par centaines de milliers, mais inexorablement l'heure viendra où la chaleur déclinante du soleil ne suffira plus à fondre la glace descendant des pôles; où les hommes, de plus en plus entassés autour de l'équateur, finiront par n'y plus trouver suffisamment de chaleur pour vivre ; où peu à peu la dernière trace de vie organique disparaîtra et où la terre, globe mort et refroidi comme la lune, tournera dans de profondes ténèbres, en décrivant des orbites de plus en plus étroites autour d'un soleil également mort, jusqu'à ce qu'enfin elle y tombe. D'autres planètes l'auront précédée, d'autres la suivront ; au lieu du système solaire harmonieusement distribué, lumineux et chaud, il n'y aura plus qu'une sphère froide et morte, poursuivant sa route solitaire à travers l'espace. Et, tôt ou tard, le sort de notre système solaire sera suivi par les autres systèmes de notre univers-île, même par ceux dont la lumière n'atteindra jamais la terre du temps qu'il y vivra un oeil humain pour la percevoir « (Dialectique de la nature, introduction).
4.8 « Comme nous l'avons déjà indiqué, les animaux modifient la nature extérieure par leur activité aussi bien que l'homme, bien que dans une mesure moindre, et, comme nous l'avons vu, les modifications qu'ils ont opérées dans leur milieu réagissent à leur tour en les transformant sur leurs auteurs. Car rien dans la nature n'arrive isolément. Chaque phénomène réagit sur l'autre et inversement, et c'est la plupart du temps parce qu'ils oublient ce mouvement et cette action réciproque universels que nos savants sont empêchés d'y voir clair dans les choses les plus simples. Nous avons vu comment les chèvres mettent obstacle au reboisement de la Grèce; à Sainte-Hélène, les chèvres et les porcs débarqués par les premiers navigateurs à la voile qui y abordèrent ont réussi à extirper presque entièrement l'ancienne flore de l'île et ont préparé le terrain sur lequel purent se propager les plantes amenées ultérieurement par d'autres navigateurs et des colons. Mais, lorsque les animaux exercent une action durable sur leur milieu, cela se fait sans qu'ils le veuillent, et c'est, pour ces animaux eux-mêmes, un hasard. Or, plus les hommes s'éloignent de l'animal, plus leur action sur la nature prend le caractère d'une activité préméditée, méthodique, visant des fins déterminées, connues d'avance. L'animal détruit la végétation d'une contrée sans savoir ce qu'il fait. L'homme la détruit pour semer dans le sol devenu disponible des céréales ou y planter des arbres et des vignes dont il sait qu'à la moisson ils lui rapporteront un grand nombre de fois autant qu'il a semé. Il transfère des plantes utiles et des animaux domestiques d'un pays à l'autre, et il modifie ainsi la flore et la faune de continents entiers. Plus encore. Grâce à la sélection artificielle, la main de l'homme transforme les plantes et les animaux au point qu'on ne peut plus les reconnaître. On cherche encore vainement les plantes sauvages dont descendent nos espèces de céréales. On discute encore pour savoir de quel animal sauvage descendent nos chiens, eux-mêmes si différents entre eux, et nos races tout aussi nombreuses de chevaux. » (Dialectique de la nature, « rôle du travail dans la transformation du singe en l’homme »).
4.9 Engels avait rit en 1843 lorsque on avait classé l’ornithorynque dans l’espèce des mammifères. En 1895, dans une de ses lettres à Conrad Schmitt, il revient sur ce propos en disant à son interlocuteur qu’il devrait s’excuser face à l’ornithorynque. Ceci démontre que même en procéder avec une méthode toute matérialiste, parfois la science bouleverse profondément ses classifications, ses schèmes. Seule une méthode d’investigation du monde réel comme la dialectique permet de suivre cette évolution, au mieux. Dans l’état actuel du débat, l’hypothèse Gaïa semble tout à fait à même de s’inscrire dans un développement dialectique : les lois gaïennes qui par leur respect permettent de conserver l’équilibre du tout structuré, de la biosphère (processus autoentrenu et dynamique vivant composé notamment de la lithosphère –terre-, l’hydrosphère –océans- et l’atmosphère –ciel-) et de l’écosphère (système naturel à plusieurs niveaux de la matière organique et inorganique).
4.10 Dans la perspective de l’hypothèse totale et holistique Gaïa, il conviendrait à l’image de Lovelock de traiter de « Symbiophère » la biosphère, car c’est par la symbiose que les équilibres toujours précaires, existent ou disparaissent. [ adévelopper]
4.11 La symbiose est bien sûr le lien fort et durable de deux organismes hétérospécifiques (deux espèces différentes au moins). En général l’espèce qui accueille est l’hôte. En somme Gaïa est l’hôte des espèces vivantes dont l’homme. Cette conception, bien que tout à fait compatible avec l’évolution darwinienne présente un aspect qui va à l’encontre du vieux Darwin. Néanmoins l’évolution darwinienne, quelque que soit son génie comme toute thèse présente des points faibles
4.12 Quels sont les propos de Darwin ? Il a démontré que les animaux et les plantes se modifient et se transforment sans cesse, que l'apparition de formes nouvelles, aussi bien que la disparition des anciennes, n'est pas due à un acte créateur de Dieu, comme l'enseigne la religion, mais résulte d'une évolution naturelle et historique. Il y avait eu, avant lui, des partisans de l'évolutionnisme, mais Darwin fut le premier à fonder une large théorie scientifique de l'évolution des formes organiques en se fondant sur les nombreuses données de la science. Après lui, seuls des ignorants ou des adversaires de la science se sont prononcés contre la théorie de l'évolution de la nature. Les recherches effectuées sur des animaux et des plantes fossiles confirment que les organismes plus anciens ont une structure plus simple que les organismes plus récents et que le monde organique a évolué des formes moins complexes aux formes plus complexes. La parenté des organismes est confirmée par la communauté de leur plan de structure. Le bras de l'homme, l'aile de la chauve-souris, l'extrémité du phoque sont construits suivant le même plan et se composent d'os disposés dans le même ordre. La parenté des organismes est confirmée également par leur état embryonnaire. Des organismes qui, adultes, diffèrent beaucoup les uns des autres, se ressemblent à l'état embryonnaire. Darwin a expliqué l'origine et l'évolution des espèces par la sélection naturelle et artificielle. La variabilité et l'hérédité sont des propriétés des organismes. Les modifications utiles à l'animal ou à la plante dans leur lutte pour la vie deviennent fixes. En s'accumulant et en se transmettant par hérédité, elles déterminent l'apparition de nouvelles formes animales et végétales. Pour démontrer les lois de la sélection naturelle, Darwin l'a comparée à la sélection pratiquée artificiellement par l'homme en agriculture. L'homme choisit les plantes et les animaux suivant leur utilité.
4.13 La théorie de Darwin a pour base sa doctrine de la sélection naturelle et artificielle. Grâce à cette doctrine, Darwin a donné une explication rationnelle de l'adaptation que l'on constate dans le monde organique, et qui depuis les temps les plus reculés sert d'argument aux obscurantistes et aux idéalistes pour justifier et défendre leurs idées religieuses. Marx soulignait que « Darwin avait porté un coup mortel à la « téléologie » en sciences naturelles ». Ayant réfuté la théorie métaphysique de l'invariabilité des espèces et donné une explication matérialiste de l'adaptation, il a affirmé la victoire de l'interprétation matérialiste des phénomènes de la nature organique. C'était un grand exploit scientifique.
4.14 Le darwinisme a porté donc un coup décisif à la doctrine d'après laquelle l'homme serait un être exceptionnel et surnaturel, contrairement à ce que se figurent encore être de nos jours les écologistes romantiques.
4.15 Ainsi, dès le début de la présentation de la thèse de Darwin, certaines positions étaient discutables, dont le fameux « struggle for the life », lutte pour la vie. Friedrich Engels apprécie hautement le darwinisme en tant que doctrine matérialiste de la nature vivante. Cela ne l'empêche pas de remarquer avec perspicacité les insuffisances de la doctrine de Darwin son manque d'attitude critique envers le malthusianisme, la doctrine de l’économiste Malthus, qui permet à Darwin à travers sa théorie de la nature, d’y voir finalement une représentation de sa propre société anglaise. son abstention à l'égard de la recherche des causes qui provoquent les modifications dans les organismes. Engels n'a pas seulement constaté ces lacunes ; il a indiqué la voie scientifique permettant d'y remédier.
4.16 Engels définit la vie en ces termes : « La vie est le mode d'existence des corps albuminoïdes[3] , et ce mode d'existence consiste essentiellement dans le renouvellement constant, par eux-mêmes, des composants chimiques de ces corps » (Anti-Dühring).
4.17 En 1953, un jeune doctorant, Stanley Miller, a l’idée pour sa thèse de doctorat de reconstituer en laboratoire les conditions de la Terre primitive telles que celles imaginées par Oparine et Haldane, deux biochimistes du début du 20e siècle. Son but était de recréer in vitro les molécules essentielles de la vie à partir de composés inorganiques par des réactions chimiques intervenant entre les différents éléments de cette atmosphère primitive trouvant ses sources d’énergies dans des manifestations naturelles comme les orages ou l’énergie solaire, puis de voir leur évolution dans les océans primitifs.
4.17.1 L’idée peut paraître simple aujourd’hui mais pour l’époque, elle est révolutionnaire.
4.17.2 Stanley Miller a reproduit dans un laboratoire et dans des conditions stériles les conditions de l’atmosphère primitive imaginées par Oparine dans les années 1920 grâce à un montage ingénieux : Le matériel qu’il a utilisé pour cette expérience est composé :
- d’un ballon de 5 litres,
- d’un ballon plus petit de 500 millilitres,
- d’un condenseur pour refroidir les gaz,
- de tubes pour relier les ballons,
- d’un chauffe-eau placé sous le petit ballon,
- d’électrodes entrant dans le grand ballon,
- et d’un tube en U pour « piéger » les composants produits et représenter les océans primitifs.
Dans le ballon de 5 litres, il introduit les gaz qui d’après Oparine composent l’atmosphère primitive. Il remplit le ballon à 30% d’eau gazeuse, 26% de méthane, 26% d’ammoniaque et 18% de dihydrogène.Il ajoute de l’eau car elle est essentielle au développement de la vie. L’eau est à l’état gazeux car les théories de l’époque relatives aux conditions existantes sur la Terre primitive supposaient qu’une température élevée y régnait ce qui aurait empêché la présence d’eau liquide.
Miller traduit cette idée dans son montage par un petit ballon rempli d’eau distillée et relié au grand ballon principal situé au dessus. Le ballon d’eau est chauffé à 80°C tout au long de l’expérience, ce qui permet un apport constant de vapeur d’eau dans le grand ballon.
Dans le grand ballon, les deux électrodes (des bobines de Tesla) permettent de simuler l’action des éclairs d’orage par la formation d’un arc électrique. La tension est maintenue de façon à ce que des étincelles se produisent en permanence. Ils sont la source d’énergie et selon la théorie d’Oparine et Haldane c’est à cet endroit que la réaction chimique doit se produire pour former les molécules organiques dans le mélange gazeux.
En dessous du grand ballon un tube part et descend vers le « piège », la vapeur d’eau présente dans le grand ballon ainsi que les molécules qui s’y sont formées étant plus lourdes que les autres gaz, elles descendent par le tube d’écoulement dans lequel un condenseur permet à la vapeur de redevenir de l’eau liquide. Progressivement les produits de la réaction chimique se dissolvent dans l’eau liquide. Cette solution s’écoule ensuite dans le piège, un tube en U qui bloque l’eau liquide et joue alors le rôle de l’océan primitif dans lequel vont évoluer les molécules obtenues au cours de la réaction.
4.17.3 Néanmoins, cette expérience indéniable a été remise en cause notamment à partir de 1998, sous la pression des anti-évolutionnistes et lorsque des nouveaux éléments sont parus remettant en cause l’hypothèse initiale d’Oparine dont Miller se sert comme fondement et avec cette idée qu’il ne faut pas perdre de vue, à savoir que le montage du circuit de Miller influe sur les résultats. Néanmoins, les résultats de Miller sont là, dans une hypothèse de travail fondée sur la « soupe prébiotique » valide.
4.17.4 Notons par souci l’honnêteté que lors de sa première expérience, l’ordre des éléments n’était pas le même et après l’expérience, une couche d’hydrocarbures s’était formée à la surface de l’eau. En l’analysant il ne trouve aucun acide aminé et décide alors de tenter à nouveau l’expérience mais en modifiant le circuit. C’est l’expérience que nous connaissons et ce sont ces résultats qui ont été publiés.
4.17.5 Miller a également fait une expérience en exposant le mélange gazeux à des ultraviolets pour simuler l’action du soleil sur une Terre primitive marquée par l’absence de couche d’ozone.
4.17.6 Il a également fait une expérience en augmentant la circulation de la vapeur d’eau et des gaz pour simuler l’activité des volcans.
4.17.7 Ces deux expériences ont obtenu des résultats beaucoup moins probants que celle qui l’a rendu célèbre et les résultats n’avaient pas été publiés. Aujourd’hui, on continue de travailler sur la base de l’expérience de Miller en cherchant à valider son hypothèse de base. Suite aux expériences de Miller de nombreux laboratoires se sont lancés dans la piste qu’il a ouverte et ont effectué des expériences de même type, en couplant la phase gazeuse et la phase aqueuse. Il est apparu grâce à ces expériences que seules les atmosphères réductrices permettent l’apparition d’un grand nombre d’acides aminés. Au cours de ces expériences, diverses compositions gazeuses ou sources d’énergie ont été essayées. Puis des études ont été menées et ont conduit à penser que les briques biochimiques pourraient s’être formées par l’évolution dans l’eau de molécules organiques formées en phase gazeuse.Certains scientifiques se sont également lancés dans une nouvelle analyse des résultats des expériences de Miller. Beaucoup de résultats ont abouti de ces recherches, nous vous en présenterons deux majeurs.
4.17.8 En 1977, une expédition scientifique parvint, à l’aide d’un sous-marin, à analyser la les gaz émis par le fumeur de Rainbow (dorsale Atlantique) et à en établir la composition. A savoir :45% de dihydrogène, 6% de méthane, 43% monoxyde de carbone, 4% d’azote, 2% de sulfure d’hydrogène. La présence de dihydrogène et de méthane laisse penser aux scientifiques que la réaction chimique de Miller aurait pu avoir lieu dans ces fonds marins.Des recherches sont actuellement en cours pour tenter de trouver si des acides aminés se forment dans ces fonds océaniques
4.17.9 En mai 2007, deux anciens élèves de Miller, Jeffrey Bada et Jim Cleaves, ont récupéré les échantillons secs des résultats de deux expériences de leur professeur datant de 1958 et différentes de celle qui l’a rendu célèbre et les ont analysé avec du matériel hautement plus sophistiqué que celui utilisé par Miller. Ils découvrent alors 22 acides aminés, ce qui est bien plus que ceux annoncés en 1953. De plus les notes de Miller montrent que les conditions initiales de ces expériences sont très proches de celles régnant près d’un volcan après une éruption volcanique, c’est l’expérience dont nous avons parlé plus haut. Ainsi cette découverte permet de supposer que la vie s’est formée près des volcans. Même si sur les 22 acides trouvés tous n’entrent pas dans les 20 acides aminés nécessaires à la synthèse des protéines il s’agit quand même d’une grande découverte car on les obtient presque tous. D’autant plus que les acides manquants comme l’histidine ou le tryptophane seraient apparus plus tardivement au cours de l’évolution. Il apparaît aujourd’hui que les molécules de base pour la formation des acides aminés sont le formaldéhyde et l’acide cyanhydrique, ce qui est assez paradoxal car ce dernier est un poison très violent pour de nombreux organismes vivants.
4.17.10 Ce dernier fait est confirmé par une découverte de la NASA de décembre 2010 : Dans ces rudes conditions a priori impossibles avec la vie (présence d’arsenic), existe une bactérie, appelée « GFAJ-1 » par les scientifiques, qui est capable d’utiliser l’arsenic au lieu du phosphore… GFAJ-1 n’est pas obligatoirement arsénophile et grandit considérablement mieux quand du phosphore est à sa disposition. Mais dans le laboratoire de la NASA, cette bactérie a été capable de vivre sans phosphore ; il a incorporé l’arsenic dans son ADN, il a construit des composantes cellulaires avec de l’arsenic en leur sein. L’arsenic, un poison pour la vie telle qu’on la connaît, est ici utilisé par la vie comme on ne la connaissait pas. La conséquence est ici claire : dans d’autres biosphères, la vie pourrait utiliser l’arsenic au lieu du phosphore. En somme comme pour la découverte dans les années 80 que les cheminées hydrothermales des fosses marines permettant par la diffusion de chaleur, hors de toute photosynthèse, le développement assez impressionnant de la vie. Cette photosynthèse est remplacée par une chimiosynthèse ce qui empêche les végétaux de s’y développer mais pas les animaux, comme les vers tubicoles, comme le riftia, découvert en 1981.
4.17.11 Si l’expérience de Miller ne démontre pas comment naît la vie, elle démontre comme les briques élémentaires nécessaires à celle-ci peuvent émerger, ce qui est confirmé en partie par la découverte de la bactérie se développant y compris dans l’arsenic, qui là loin d’une brique élémentaire démontre déjà que la vie (la bactérie est un organisme vivant) s’adapte à l’environnement y compris le moins favorable
4.18 Ce que nous appelons « vie » est la matière en mouvement sur notre planète, dans une zone particulière : la biosphère. Une biosphère produite par le mouvement de la matière, par l’équilibre des éléments chimiques. Dans une autre biosphère que la nôtre, il pourrait y avoir un autre équilibre ; la matière en mouvement pourrait alors avoir d’autres composés chimiques. En somme la définition de la vie ne cesse de reculer : on pensait la photosynthèse indispensable, sans elle les végétaux disparaissent au profit des animaux. On pensait certains poisons violents (arsenic, cyanure) incompatibles avec la notion de vie et pourtant les acides aminés peuvent se développer et donc devenir une brique élémentaire de la vie. Engels avait raison en insistant sur le changement perpétuel (dialectique) dans les réactions chimiques pour définir la vie. La vie n’est donc pas un phénomène fixe venant d’un au-delà, comme le défend plus scientifiquement la thèse de la panspermie (vie venant d’une météorite extraterrestre), mais un phénomène complexe qui ne cesse de faire reculer nos propres convictions. Partout où on a cherché sur terre de la vie, nous en avons trouvé (fosses océaniques, lacs salés…).
5 La science du système terre doit nous faire comprendre de manière dialectique que Gaïa est un équilibre fragile, mais que toute vie sur terre n’a pas besoin pour émerger de nos conditions actuelles. Si nous détruisons Gaïa, une nouvelle forme de vie pourra apparaître à partie des acides aminés et Gaïa aura régulé d’elle-même sa principale nuisance l’homme.
5.1 Seul donc un nouveau mode de production qui ne sera calqué sur un social-darwinisme et une quête des profits au détriment de la raison pourra permettre à l’être humain de se développer sans trop nuire à Gaïa.
5.2 Comme l’écrira Engels, dès la fin du XIXème siècle, c’est le mode de production capitaliste qui détruira la terre : « La science sociale de la bourgeoisie, l'économie politique classique, ne s'occupe principalement que des effets sociaux immédiatement recherchés des actions humaines orientées vers la production et l'échange. Cela correspond tout à fait à l'organisation sociale, dont elle est l'expression théorique. Là où des capitalistes individuels produisent et échangent pour le profit immédiat, on ne peut prendre en considération au premier chef que les résultats les plus proches, les plus immédiats. Pourvu que individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d'usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce 'il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols à Cuba qui incendièrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre assez d'engrais pour une génération d'arbres à café extrêmement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible ; et ensuite on s'étonne encore que les conséquences lointaines des actions visant à ce résultat immédiat soient tout autres, le plus souvent tout à fait opposées ; que l'harmonie de l'offre et de la demande se convertisse en son opposé polaire ainsi que nous le montre le déroulement de chaque cycle industriel décennal, et ainsi que l'Allemagne en a eu un petit avant-goût avec le « krach » [4] ; que la propriété privée reposant sur le travail personnel évolue nécessairement vers l'absence de propriété des travailleurs, tandis que toute possession se concentre en plus entre les mains des non-travailleurs … » (Dialectique de la nature, « rôle du travail dans la transformation du singe en l’homme »).
1. GAÏA TERRE ORIGINELLE (DES OCCIDENTAUX)
1.1 Pour être vraiment conscient de ce qu’est la terre, il faut repartir d’un mythe grec, le mythe de Gaïa[1].
1.2 A l’origine régnait Chaos, abîme sans fond d’un mélange indéfinissable. Chaos engendra Erèbe, la partie la plus sombre et profonde des Enfers et Nyx, la nuit. Nyx et Erèbe mirent au monde l’Ether, l’air et Hémera, le jour.
1.3 Du Chaos sorti donc Gaïa, son fils Ouranos et Eros. Grace à Eros, l’union de Gaïa et d’Ouranos fut possible. Après que Nyx ait engendré le sommeil, la mort, Gaïa (la terre) devint le socle où chaque chose avait son origine et épousa Ouranos, le ciel, qui l’entourait ainsi.
1.4 Le couple Gaïa et Ouranos mit au monde six filles et six garçons, qui devinrent les fameux titans. Il y eu aussi les trois cyclopes et les hécathonchires, géants aux cinquante têtes et cent bras. De cette union naquit notamment le titan Okéanos (Océan). Hypérion, l’un des titans s’unit à sa sœur Théia, divinité des mers, pour donner naissance à Hélios, le soleil, Séléné, la lune et Eos, l’aurore. Le reste de l’histoire, c’est la titanomachie, notamment, ces guerres fratricides impressionnantes qui vont amener le dernier Titan, Chronos, à émasculer son père et de dévorer tous ses enfants à l’exception de Zeus. On connaît un peu plus la suite avec les aventures de Zeus sur le Mont Olympe.
1.5 Dans d’autres mythes, occidentaux ou non , l’origine est toujours la même : il devient le Muspelheim, l’abîme sans fond des germains, ou Noun, le « non-nommé », l’océan sans fin chez les Egyptiens. De là naît toute matière. Dans une figuration différente en Mésopotamie, C’est Apsou, matière primordiale et Timat, matière liquide primordiale des « eaux de surface » qui s’unissent.
2. QUE NOUS APPREND LA NOTION DE « GAÏA » ET QUEL EST SON STATUT?
2.1 Cette notion de terre originelle, douée de volonté puisque Gaïa est une divinité, c’est-à-dire qu’elle agit pour elle-même de manière autonome doit nous apprendre simplement que Gaïa est le capital le plus précieux ! Gaïa peut continuer à exister sans l’homme mais l’inverse non.
2.2 Bien entendu, dans notre acception dialectique matérialiste Gaïa n’est que le nom que l’on donne à la planète terre pour la faire sortir cet aspect dynamique essentiel que tout le monde oublie et qui est que la terre est un système, au sens scientifique, c’est-à-dire, un champ clos qui se suffit à lui-même mais dont l’équilibre est précaire.
2.3 Gaïa est une hypothèse de travail qui grâce à la méthode d’investigation de la réalité, le matérialisme dialectique, semble rendre compte du mieux possible de la complexité de la planète terre en tant que système d’équilibre. Gaïa symbolise la SCIENCE DU SYSTEME TERRE, dont nous prônons une approche matérialiste et qui tient en ces principes
2.3.1 Tout semble équilibre : par exemple la régulation de la température sur terre dépend de facteurs complexes climatologiques eux-mêmes influencé par l’activité humaine, l’activité sismique etc.
2.3.2 Mais tout équilibre est précaire : « Tout équilibre seulement relatif et temporaire » (Dialectique de la nature).C’est aussi le principe dialectique 1 devient deux : tout processus amène à la contradiction. Comme le souligne Mao : « dans l’univers et sur terre, toute chose naît se développe et meurt »[2]. C’est ici la loi fondamentale de l’univers et de la compréhension matérialiste dialectique du monde. Toutes les catégories de la dialectique matérialiste sont l’expression dans tous les domaines de cette loi universelle, mais complexe dans sa déclinaison : « L'existence des contradictions est universelle, mais elles revêtent un caractère différent selon le caractère des choses et des phénomènes »[3]. Cette loi est l’essence et le noyau de la dialectique matérialiste. « La philosophie marxiste considère la loi de l’unité des contraires est la loi fondamentale de l’univers. Cette loi agit universellement aussi bien dans la nature que dans la société humaine et dans la pensée des hommes. Entre les aspects opposés de la contradiction, il y a à la fois unité et lutte, c’est cela même qui pousse les choses et les phénomènes à se mouvoir et à changer »[4]. Ainsi il y a d’abord scission de l’unité et une nouvelle unité apparaît à force de lutte et de conversion, il y a ensuite scission de la nouvelle identité. La meilleure image pour exprimer cette loi est la division cellulaire, une cellule, se divise en deux etc.
2.3.3 Tout équilibre précaire se trouve dans le système, dont il est partie prenante.
2.3.4 Aucun équilibre n’est possible hors système : « Par contre, la terre n'est pas non plus l'univers entier » (Dialectique de la nature).
2.3.5 Par conséquent, un système est contenu dans un hypersystème : Ainsi la terre est comprise dans un système planétaire, lui-même partie de la Galaxie etc.
3 DETOUR PAR SPINOZA
3.1C’est Spinoza qui formula une thèse philosophique à notre sens d’une telle force et d’une telle totalité que sa figure n’est en rien le « chien crevé »[5] de la philosophie que certains penseurs ont voulu faire de lui.
3.2 Selon lui la substance, le support de tout ce qui existe, est complètement unique et détient une infinité d’attributs. La substance peut avoir plusieurs modes, c’est-à-dire un caractère propre à un objet dans certains de ses états, mais elle et unique. C’est son « monisme ».
3.3 Pour Spinoza, toute chose n'est qu'un fragment de la substance générale, identique à elle-même, tandis qu’un autre philosophe de l’époque Pierre Bayle pense que chaque chose peut être considérée comme une substance à part. Le monde composerait d'un nombre infini de substances particulières dotées de raison.
3.4 Critiquant résolument le dualisme de Descartes, à savoir qu’il existe une âme et un corps, Spinoza créa un système moniste où la pensée et l'étendue sont les attributs d'une substance unique, la nature, donc de la matière elle-même.
3.5 Mais en professant que la pensée est l'attribut de toute la matière, il avançait une idée erronée, celle de l'animation universelle de la matière. Il entendait par mouvement le déplacement mécanique des corps dans l'espace, ne l'admettait que pour les objets singuliers et non comme attribut de la substance. Cela signifie que seules les choses isolées se modifient alors que la nature dans son ensemble est immuable et existe en dehors du temps. Il n’avait pas saisi que la matière (la nature) à sa propre histoire, ce que ne peut lui reprocher, Engels ayant eu cette intuition qu’avec l’avancée considérable des sciences au XIXème siècle.
3.6 Spinoza résolut également d'une manière métaphysique les problèmes de la causalité, de la nécessité et de la contingence. Selon lui, le déterminisme rigoureux est incompatible avec la contingence ; tout ce qui s'accomplit dans la nature est nécessaire. C'est là une conception métaphysique. En réalité, la nécessité n'exclut pas la contingence qui en est une manifestation.
3.7 Cependant, la philosophie de Spinoza contient des éléments dialectiques d’une puissance inégalée pour son époque : le principe de « causa sui » (Cause de soi) par exemple traduit l'interdépendance des choses, leur action réciproque, leur enchaînement. Spinoza aborde en dialecticien la question de la liberté et de la nécessité. Il estime que la liberté est une nécessité dont on a pris conscience. Alors quel rapport entre Spinoza et Gaïa ? Spinoza voit Dieu comme la nature (Deus sive natura) et par ailleurs nous sommes en Dieu, comme il le défend dans une forme nouvelle du panthéisme. Si Dieu est la nature (transition du livre 1 ou Livre 2 de l’Ethique) et que nous sommes en Dieu (Fin du livre 2 de l’Ethique), nous sommes partie intégrante de la nature qui est une totalité unie, un système.
Comprendre ainsi l'apport de Spinoza, c'est saisir ce que nous concevons en parlant de Gaïa, en personnifiant la « science du système terre », c'est voir aussi que dans l'écocide que le mode de production capitaliste impose, seul un changement de fond entrainera un recul puis un repli de celui-ci et que toutes mesures de « développement durable », de « grenelle de l’environnement » n’enrayera plus l’écocide en cours.
C’est pourquoi seul l’horizon communiste et ses rapports de production bouleversés pourra faire face à la menace réelle de destruction de notre seul environnement connu.
[1] Hésiode : Théogonie, v 116- à 154.
[2] Mao Tse Toung et la construction du socialisme, Paris, Seuil, 1975, p. 143.
[3] Mao : De la juste solution des contradictions au sein du peuple, 1957.
[4] Ibid.
[5] Engels : Dialectique de la nature, Fragment numéro 2 reprend cette expression pour défendre Spinoza.
ECOLOGISME ROMANTIQUE CONTRE GAÏA LA DIALECTIQUE
L’impératif écologique revient dans beaucoup de conversations; notamment lorsque approche l'échéancier présidentiel de 2012, on veut imposer une taxe Carbonne, on veut polluer moins, on fait des films sur l’avenir de notre monde, des photographies montrent la beauté du monde, sa fragilité, mais aussi sa destruction. Des anciens gouvernants s’y mettent comme Al Gore, des gourous médiatiques trouvent enfin une voie de sortie comme Hulot, certains affairistes font des affaires comme Arthus-Bertrand. Le monde est devenu une affaire de beauté romantique sur papier glacé.
Le prolétariat (nous tous) ne doit pas se faire voler la vedette est laisser sa place à des "spécialistes" qui décideront tous en lieu et place, ce qu'il faut faire, ce qu'il faut décider, auquel cas nous arrivons à Fukushima. L'antifascisme, c'est aussi développer un sens nouveau autour de thématiques politiques nouvelles.
Ces chantres nous interpellent sur des espèces envoie de disparition aux antipodes, mais sont incapables de connaître le monde qui les environne, dont ils ne connaissent rien. La science n’est pas leur domaine, c’est leur faire-valoir, ils ne participent qu’à prolonger une vision confuse du monde retranchée dans leurs valeurs bourgeoises.
Nous nous réflétons le monde, tel qu'il est, nous sommes la dialectique en action, nous participons au monde.
Le souci écologiste parfois aussi guide les électeurs qui veulent ainsi se racheter une bonne conscience, en se disant qu’il faut bien faire quelque chose, surtout lorsque ces derniers ont enfantés et qu’ils se disent bien qu’il va falloir léguer quelque chose à ses enfants, de préférence, le moins pire possible. On cite l’ennuyeux Saint-Exupéry : Nous ne faisons qu’emprunter la terre de nos enfants.
Parfois des gestes plus concrets sont entrepris : on place une brique dans le réservoir de ses toilettes pour consommer moins d’eau, on prend le bus plutôt que la voiture pour aller en ville, on change ses ampoules classiques pour des basses consommations. On déambule dans des magasins « bios » pour acheter les produits « sains », « frais », « écologiques ».
Ce portrait de l’occidental européen qui commence à prendre conscience de la destruction du monde est plein de niaiserie mais n’est que le pendant d’une vision bourgeoise et métaphysique du monde : sans intérêt, fixe, sans capacité d’appréhender le monde tel qu’il est. Le monde est perçu comme une réserve immense de bienfaits pour l’homme : les végétaux pour la nourriture et les médicaments, les animaux pour la fourrure et la viande, les plages pour les lunes de miel et quelques menues baignades.
En fait, le geste écologiste politique part d’un affreux égoïsme romantique : on veut percevoir la beauté du monde (les couchers de soleil, les belles plages) on se dit que tout cela est beau et mérite bien d’exister à nos yeux et à ceux de nos enfants. A aucun moment la terre, en tant que planète et entité matérielle n’est prise en compte pour soi. La terre n’est pas un objectif, mais un moyen pour l’homme et ceci malgré les apparences de vouloir la sauver, mais de vouloir la sauver pour l’homme et non pour elle-même. C’est une perspective téléologique c’est-à-dire qui voit une finalité à l’homme : la terre existe parce qu’elle doit « nourrir » l’homme par exemple.
On ne considère notre planète que parce qu’elle nous apporte quelque chose. Ne serait-elle pas utile, notre unique cadre de vie environnemental possible (sauf si à l’avenir nous parvenons à coloniser une autre planète), finalement beaucoup de ces « écophiles » ne verraient pas d’attrait à la Terre. Tout cela est teinté du vieil anthropomorphisme qui fait croire que tout ce qui nous entoure nous est du : les fruits existent pour nous nourrir, l’eau pour nous désaltérer etc.
Ce qui anime l’écologiste politicien, « l’écophile » lambda et même le dit « écologiste radical », c’est de sauver « leur » monde. C’est une vision romantique des choses : « C'est au romantisme que se rapportent encore toutes les variétés d'une extension démesurée du Moi, l'idéalisme, la métaphysique, l'occultisme, ..., l'égoïsme, » écrira Lénine dans matérialisme et Empiriocriticisme, chapitre VI, 1). Tout cela remonte à la fameuse phrase du sophiste Protagoras reprise dans le dialogue de Platon : Le Théétète (152 b) : « l’homme est la mesure de toute chose pour celles qui sont mesure de leur être ».
Pour les marxistes, la question de la terre a souvent été celle du lopin, c’est-à-dire de la terre agricole et de sa répartition, notamment des théoriciens qui furent avant-tout praticiens de la Révolution comme Lénine ou Staline. Il faut dire qu’alors la question était celle avant-tout de la subsistance. Mais dès les premières recherches marxistes, on sent que par la volonté d’appréhender la matière dans son mouvement, l’objet de la dialectique matérialiste, le marxiste doit se pencher vers la compréhension de son univers par les sciences de la nature, le démontre le nombre de lettres échangées entre Marx et Engels à ce propos entre 1851 et 1882, une centaine.
Comme l’écrivent Marx et Engels dans l’Idéologie Allemande : « On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l'on voudra. Eux-mêmes commencent à se distinguer des animaux dès qu'ils commencent à produire leurs moyens d'existences, pas en avant qui est la conséquence même de leur organisation corporelle. En produisant leurs moyens d'existence, les hommes produisent indirectement leur vie matérielle elle-même » (Partie I : Feuerbach).
Les hommes doivent produire leur moyen d’existence et le début de l’humanité tient à cela : la distinction fondamentale de l’homme et de l’animal c’est que l’homme doit produire là où l’animal ne fait que collecter : un koala va collecter des feuilles d’eucalyptus, le castor des branchages pour ses barrages, l’oiseau des brindilles pour son nid. L’homme va devenir un homme en passant de la cueillette et la chasse à la production : l’agriculture, l’élevage. L’homme est donc le fruit de son travail, simplement son travail transforme essentiellement son environnement, voilà le dilemme. Pour Engels, l’homme passera ainsi de la barbarie à la civilisation.
Ainsi l’écrira également Engels : « A la chasse et à l'élevage s'adjoignit l'agriculture; à celle-ci s'ajoutèrent le filage, le tissage, le travail des métaux, la poterie, la navigation. L'art, et la science apparurent enfin à côte du commerce et de l'industrie, les tribus se transformèrent en nations et en États, le droit et la politique se développèrent, et, en même temps qu'eux, le reflet fantastique des choses humaines dans le cerveau de l'homme: la religion. » (Dialectique de la nature).
Plus l’homme produira plus il arrivera dans un mode de production qui le sert, plus il se civilisera. Mao écrira : « De toutes ces connaissances, aucune ne saurait s'acquérir en dehors de l'activité de production » (De La pratique).
En récoltant les fruits et les racines, les hommes primitifs avaient remarqué des milliers de fois, sans comprendre pourquoi, que les graines tombées à terre se mettaient à germer. Mais un jour arriva où leur esprit établit un rapport entre ces faits, et ils commencèrent à cultiver les plantes. Ce fut le début de l'agriculture. Chacune de ces étapes engendre un progrès en termes de connaissances. Le travail en commun a entraîné ainsi l'apparition et le développement du langage articulé.
Le langage est un moyen, un instrument à l'aide duquel les hommes communiquent entre eux, échangent leurs idées et parviennent à se faire comprendre. L'échange des idées est une nécessité constante et vitale ; sans elle les hommes ne pourraient se concerter pour lutter ensemble contre les forces de la nature, la production sociale elle-même ne pourrait exister.
Le travail et le langage articulé ont exercé une influence déterminante sur le perfectionnement de l'organisme de l'homme, sur le développement de son cerveau, qui est un formidable générateur d’hypothèses qui viennent ensuite se vérifier (ou non) dans la pratique. Ainsi que Mao l’écrira : « Après avoir subi un échec, ils en tirent la leçon, modifient leurs idées de façon à les faire correspondre aux lois du monde extérieur et peuvent ainsi transformer l'échec en succès ; c'est ce qu'expriment les maximes : " La défaite est la mère du succès " et " Chaque insuccès nous rend plus avisés" » (De la pratique).
Les progrès du langage sont étroitement solidaires des progrès de la pensée. Dans le processus du travail, l'homme étendait le champ de ses perceptions et de ses représentations, il perfectionnait ses organes des sens. A la différence des actes instinctifs des animaux, les actes de l'homme au travail prirent peu à peu un caractère conscient.
Néanmoins, Marx dans sa préface au Capital disait que le corps complexe est plus facile à étudier que la cellule dont il est un élément. Dans le cas de la terre, l’homme, nombriliste, ne cesse de se considérer comme l’élément complexe, il s’étudie en long en large et en travers et prend la terre comme un simple élément de son environnement. Parfois l’homme accorde quelque crédits pour les recherches environnementale, mais rarement si celles-ci n’ont pas lien avec un éventuel bénéfice futur. C’est encore sa vision métaphysique qui frappe : l’homme est une cellule de l’élément complexe « terre » et non l’inverse !
Le nucléaire civil est une énergie qui satisfait l’élite bourgeoise par sa complexité de mise en œuvre, qui nécessite une appartenance à une sorte de forme « clanique »qui est la « famille du nucléaire » comme les différents acteurs se qualifient eux-mêmes et antiprolétarienne par essence même, car le prolétaire est mis à contribution au détriment de sa santé et de son exposition. L’accident « industriel » de Marcoule (Gars) met en lumière quelques évidences que la bourgeoisie cherche à dissimuler.
La question du nucléaire civil est une question qu’une organisation révolutionnaire doit se poser, et doit se poser en termes concrets, non sur des pétitions de principe petits-bourgeois (« il faut fermer toutes les centrales ! ») ou en suivant la ligne de défense inconditionnelle de cette énergie par les industriels, car ce secteur industriel serait « créateur d’emplois ».
C’est pourquoi, nous avons déjà traité ici de ce problème avant même la catastrophe nucléaire de Fukushima, catastrophe que nous avons également analysée dans un ensemble de texte, visant à rendre compréhensible par le plus grand nombre cet « incident majeur » selon la terminologie en vigueur, que l’on trouvera en suivant ce lien.
L'accident de Marcoule illustre une fois de plus les dangers liés à cette énergie. Cette fois-ci, c'est le plus ancien centre industriel nucléaire de notre pays qui est atteint. Un ouvrier est mort, dans l’indifférence générale, un autre est dans un état critique, deux autres sont blessés, mais de cela presque nul mot.
I./ Pourquoi le culte du secret pour une énergie pourtant réputée « sans danger » ? Et à qui profite « le crime » ?
La France possède une tradition nucléaire bien établie, avec 58 réacteurs, soit près d'un réacteur par million d'habitants, ce qui en fait le pays le plus nucléarisé au monde. Cette tradition tourne à l'obstination, voire à l'idéologie. Serions-nous condamnés au nucléaire, malgré les avertissements répétés qu'il nous donne et qu'il vient de renouveler à Fukushima? Pourtant nos voisins se tournent vers d’autres énergies. Si l’on cite l’Espagne et son parc d’éolienne visant à produire 50 % du marché national, on nous répondra peut-être de manière éhontée et sans fondement que l’Espagne possède un climat « plus ensoleillé ». Que dire alors de l’Allemagne ? De l’Autriche ? De la Suisse ?...
L’argument ne tient pas un instant. La France « produit nucléaire » car le mode de production capitaliste incite aux profits. Or les entreprises françaises sont en pointe question nucléaire et ainsi AREVA (avant 2001 Commissariat à l’Energie Atomique- Industrie) est détenu à 73 % par le CEA à 10 % par l’Etat, soit appartient à plus de 83 % aux capitaux de l’Etat français. C’est un peu le principe de la maison-test : on démontre ce que l’on est capable de faire « chez soi », donc AREVA démontre en France son savoir-faire afin de le vendre à l’étranger, qui autour d’AREVA et de l’usine de retraitement de la Hague, qui autour du CEA et de son site de Marcoule.
Parlons tout d’abord du « secret » qui entoure les installations nucléaires. Justifié par l’aspect sécuritaire, on s’étonnera de voir un nucléaire prétendument « peu dangereux » se voir parer de tels monceaux de précaution. On peut s’interroger, si le nucléaire civil est si protégé par divers secrets, comment admettre un discours dominant sur le peu de nocivité de cette énergie. Les dangers atomiques, ainsi occultés par le secret, le sont aussi par la publication de statistiques rassurantes sur la très faible probabilité supposée d'un accident nucléaire majeur, très faible, mais pas impossible : Les trois accidents de Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et enfin Fukushima (2011) sont intervenus en une trentaine d'années. Soit en moyenne un accident majeur tous les dix ans.
Pour autant, nul texte dont la loi de 2006 sur les installations classées ne requiert de déclaration d'utilité publique pour la création d'une centrale nucléaire ou d'un centre de stockage de déchets radioactifs. Le CEA peut dormir tranquille !
La ministre de l’écologie parle d’accident industriel et évite soigneusement le terme « nucléaire », pourtant le site appartient bien au Commissariat à l’Energie Atomique, dont voici le descriptif : « Le CEA Marcoule est l'un des 10 centres de recherche du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA). Créé en 1955, il est au cœur des enjeux énergétiques du XXIe siècle : durabilité des ressources, indépendance nationale et préservation de l'environnement. Ainsi, il constitue un centre de référence à la fois dans la gestion de ses anciennes installations et dans la préparation du nucléaire du futur. Ses recherches préparent le cycle du combustible (recyclage des matières, minimisation et gestion des déchets ultimes) des réacteurs nucléaires du futur. ». Peut-on simplement évincer l’aspect nucléaire en requalifiant l’incident ?
2./ La nécessaire confiance en la technique ou comment arracher la production à son producteur…
Une constant du discours pro-nucléaire, c’est qu'il conviendrait de faire confiance aux techniciens de l'atome. A tous les niveaux: sûreté des centrales, radioprotection, gestion des déchets radioactifs à vie longue, etc. Ainsi, depuis ses origines, le droit nucléaire français n'est pas autre chose qu'une codification de la confiance que l'on nous impose de faire aux techniciens de l'atome et aux savants.
C’est une véritable « nucléocratie » qui s’est installé de longue date en France.
La production électrique par le nucléaire civil ne cesse d’augmenter, passant de 8,3% en 1975 à presque 80 % aujourd’hui. Nous sommes donc devenus dix fois plus dépendants du nucléaire et par voie de conséquence dix fois moins libres d'en sortir... Cette croissance s'accompagne d'une augmentation de notre dépendance, contrairement à ce que dit la propagande du CEA sur Marcoule par exemple : « durabilité des ressources, indépendance nationale ». Il y a longtemps que les mines d'uranium du sol français sont épuisées (depuis 1990) et que nous dépendons entièrement d'un approvisionnement étranger. L’annonce d’une indépendance énergétique grâce au nucléaire est une fadaise. L’uranium, il faut bien l’acheter au départ, non ? Les spécialistes du nucléaire nous prennent donc pour des imbéciles.
De plus, ces chers technocrates du nucléaire à qui faire confiance ne s’exposent jamais à la production du produit qu’ils vendent, ils laissent cela au prolétariat qui travaille dans des conditions parfois indécentes. On emploie des intérimaires qu'il suffit de changer quand ils tombent malades... Ces personnels connaissent une forte rotation et sont devenus les « nomades » du nucléaire, les « gitans » comme on les dénomme en France et à Fukushima. Nils Diaz, président de la commission de réglementation nucléaire américaine rappelait en 2004 à propos de l'accident de Three Mile Island: « Quelqu'un aurait dû le faire. N'importe qui aurait pu le faire. Tout le monde pensait que quelqu'un d'autre le ferait. Finalement, personne ne l'a fait... », et finalement personne n’a rien fait.
Mais qui est mort à Marcoule? Un ouvrier. Qui risque de mourir à Marcoule ? Un ouvrier. Cela importe peu au CEA.
On peut dire qu’un accident arrive, par définition, sans qu’on le sache, néanmoins le cas de Marcoule, le four qui a explosé connaissant des « pannes diverses » selon le CEA depuis plusieurs semaines, ainsi que vient de le confirmer le procureur de Nîmes.
Bien entendu, il n’y a eu aucune fuite radioactive, mais dans le cas qui nous intéresse, peu importe. On voit l’opacité du système, le culte du secret et le manque de fiabilité du nucléaire, ou plutôt ici du processus industriel qui entoure la production nucléaire et de ses déchets. A Marcoule, il s’agissait de cristalliser des déchets peu radioactifs par un passage dans un four, mais demain, que faire des déchets hautement radioactifs ? Dans l’un ou l’autre cas, c’est sera encore le prolétaire qui fera les basses besognes pendant que ces messieurs du nucléaire réclameront notre confiance. Et puis après tout, un accident, est un accident.
On voit ici toute la contradiction du monde de production capitaliste : de la contradiction entre l’ouvrier qui produit et du bourgeois qui vole cette production pour la revendre, sans lui, avoir pris le moindre risque.
Oui, il est facile de vendre la sûreté lorsque l’on sait que soi-même, on ne sera jamais irradié.
Nous sommes des enfants du soleil écrivait Vernadsky, donc finalement les enfants d’un processus nucléaire, mais naturel celui-ci. L’homme s’amuse à devenir un démiurge avec le peu de succès que l’on connait. Il est devenu désormais temps pour nous, révolutionnaires, de protéger les nôtres et d’imposer la fin du nucléaire, car comme nous l’avons souligné dans nôtre texte sur le nucléaire, la génération d’après le nucléaire sera encore la génération du nucléaire, car le démentiellement ne se fera pas en un jour, et ne comptons pas sur les « nucléocrates » pour le faire à notre place.
Notre collectif
s'adresse à tous les redskinheads francophones et internationaux constitués en R.A.S.H ou en groupes autonomes. Ce collectif signe aussi l'ouverture du mouvement vers les skinheads
spirit 69 et les S.H.A.R.P ainsi que vers des militants d'autres horizons. Notre collectif assume son aspect anticapitaliste, antiraciste et antisexiste.
Les "skinheads" apolitiques et boneheads, parasites du mouvement "skinhead" sont nos ennemis de classe et ne sont pas admis ici. Ce blog s'adresse aussi à celles et ceux pour qui "skinhead"
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Working Class Pride!
oi

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