En 2007, la gauche comme la droite ont fait campagne sur la sécurité. Le tronc commun , c'était la « protection » des « honnêtes
citoyens » contre les « délinquants ».
Deux cent trente mesures sécuritaires plus tard, le constat est sans appel : la crise, la misère, le désespoir ont entraîné plus d'insécurité pour tout le monde et imposé la guerre de tous contre tous. On s'entretue pour un mot de travers dans le métro, et surtout nombreux sont les prolos qui se suicident désormais, victime de l'insécurité patronale, sur leur lieu de travail.
Ce thème-ci est donc mis en sourdine par la gauche, qui cette fois a décidé de protéger « La France et les Français »...contre la mondialisation.
La situation est la même partout dans le monde pour les salariés, pour les pauvres, pour les prolétaires ?
On s'en fout....une solution nationale fera l'affaire, pourvu qu'on érige enfin un mur assez grand pour que n'entre pas toute la misère du monde.
Difficile en effet de ne pas voir les convergences de vocabulaire entre trois candidats censés incarner des forces différentes sur l'échiquier politique officiel : Montebourg, Le Pen, ou Mélanchon proposent un chemin semblable ou le protectionnisme soi-disant social est au centre des solutions proposées.
Mais concrètement en quoi cela consiste-t-il ?
Et surtout dans une perspective de classe, qu'est ce ce que ces programmes impliqueraient pour les ouvriers, les salariés modestes, les chômeurs ?
Instaurer des barrières douanières pour que les produits étrangers soient plus cher que les produits fabriqués ou produits en France.
Une grande partie des produits de première nécessité et des biens de consommation, sont soit produits ou fabriqués à l'étranger, soit produits ou fabriqués avec des produits eux -même importés. Mécaniquement, une hausse des barrières douanières entraînera une augmentation des prix, sans offre concurrente de la production « française » : or il est bien évident que la France ne va pas du jour au lendemain se couvrir d'usines qui fabriqueront tout ce qui n'est pas fabriqué actuellement . Par exemple, l'immense majorité des médicaments, que chacun devra bien continuer à se procurer quand il en a besoin, s'il le peut.
Ces mesures entraîneront donc une nouvelle chute brutale des conditions de vie de ceux qui déjà ont du mal à joindre les deux bouts et se privent du nécessaire. Et il est bien évidemment absurde de penser que la production française va brusquement décupler et que son prix baissera en conséquence : les capitalistes ne sont pas des moralistes, s'ils peuvent vendre à un certain prix, ils ne le baisseront pas par « patriotisme », l'augmentation des produits étrangers leur permettra au contraire de maintenir les leurs.
Quant à l'argument selon lequel le « dumping social » et le tirage des salaires vers le bas s'arrêterait sans la concurrence internationale crée par des pays ou les conditions de travail des salariés sont pire, la réalité le balaye en deux minutes . Il y a en France, plein d'emplois qui ne sont pas délocalisables : ceux de la restauration, ceux du bâtiment, ceux des services à la personne. Ce sont ceux ou les conditions de travail sont les pires, ou la précarité est la plus grande, ou les salaires sont bas par rapport à la charge de travail.
Cette première mesure entraînera donc des conséquences immédiates sur le niveau de vie des prolétaires.
Certes, les sommes récoltées par les droits douaniers iront dans les caisses de l'Etat. Mais ensuite ?
Instaurer des aides aux entreprises « bien de chez nous » et « prendre le contrôle » des entreprises vitales pour les « intérêts de la Nation ».
Les trois programmes évoquent la nécessité de « protéger » les secteurs stratégiques contre les « appétits étrangers »
Aucun des trois programmes n'entend cependant sortir de la légalité républicaine : donc pas d'expropriation possible des capitalistes qui possèdent des entreprises dans le secteur de la Défense, du Nucléaire, de la « recherche innovante »...Qu'il s'agisse de nationalisation ou de prise de contrôle de l'actionnariat, il faudra donc que l'Etat cède une contrepartie financière pour ces entreprises.
Ceci aura un coût énorme que les nouveaux droits de douane ne couvriront sûrement pas...mais 'entraînera aucun droit nouveau pour les salariés, puisque la déréglementation est à l'oeuvre depuis longtemps dans le secteur public et para-public. De plus le recours à la sous-traitance généralisée est déjà effectif pour tous ces secteurs, et la reprise en main de la maison-mère par l'Etat n'aura aucun effet sur cette situation, l'Etat lui même externalisant ses activités depuis des années.
Dans le même temps, nos trois « protectionnistes » se proposent d'aider notre « industrie », notre « agriculture » pour « produire local ».
L'aide aux entreprises françaises est la constante de toutes les politiques depuis des années : on file de l'argent public à qui emploie des jeunes , des seniors, des handicapés, des habitants des « zones sensibles », des « personnes éloignées de l'emploi », des apprentis...Bref il faut vraiment le vouloir pour être un patron qui emploie des salariés sans que le paiement du salaire soit financé en partie par l'Etat !
A cela s'ajoute l'aide aux entreprises innovantes, l'aide aux entreprises qui font du « développement durable », et les aides des collectivités locales simplement parce que telle entreprise a choisi un département plutôt que celui du voisin.
Nos trois candidats ne souhaitent donc qu'amplifier cette politique, en ajoutant de nouveaux critères , de nouveaux bons points à distribuer sous forme de subventions diverses aux « patrons responsables ». Cette fois ce seront ceux qui exploiteront en France prioritairement !
En parlant de capitalisme « coopératif » ou de « participation accrue des salariés », nos trois tribuns cherchent tous également à cacher la réalité aux salariés, à qui on promet, comme Sarkozy l'avait fait avant eux, une sorte de « gestion commune » de l'entreprise avec le patron.
Distribuer des places dans les conseils d'administration, ou dans de nouvelles instances paritaires, comme il en existe déjà dans les entreprises : on sait bien ce que cela signifie au quotidien, une multitude de permanents syndicaux qui passent leur temps dans des réunions sur ceci et cela , que plus personne ne contrôle et qui sont devenus une catégorie à part.
Nos candidats proposent d'aller encore plus loin, et d'instaurer un système ou chaque salarié serait un « associé » du patron : dans le cadre capitaliste, ou aucune entreprise ne peut échapper à la nécessité de réduire les couts pour faire du profit, cela signifie que chacun d'entre nous au quotidien, devrait participer à sa propre exploitation , prendre en compte les intérêts de l' »entreprise » avant de défendre ses propres droits...
Défendre nos PME, les petits patrons de l'économie sociale et solidaire, les commerçants...
Les trois candidats , comme d'ailleurs la présidente du MEDEF, ont tous la même rhétorique sur l'homme idéal, opposé au vilain capitaliste financier sans scrupules : le petit
patron , humain et bosseur fou, voilà le sauveur suprême, celui qu'il faut encourager et choyer.
Il existe en version « nouvelle économie » : c'est le brave type du secteur associatif , qui crée des emplois en faisant travailler les pauvres dont personne ne veut, handicapés ou chômeurs « désinsérés », « jeunes en difficulté » ou « femmes illettrées ».
Toute personne ayant bossé ou bossant pour un « petit » patron ou une « sympathique » association appréciera....cela signifie ni plus ni moins qu'elle est condamnée à accepter ce qui serait considéré comme insupportable par nos candidats si cela se passait dans une multinationale.
On ne fait pas grève contre le « petit » patron, quand il nous impose des heures supplémentaires, quand il fait travailler l'apprenti dans des conditions de sécurité qui en tuent plusieurs chaque année. On ne se plaint pas quand on a un contrat précaire pourri mais que l'employeur fait dans l'humanitaire, ou le social et solidaire.
Sinon, on subit le chantage à l'emploi : se défendre, c'est faire couler une petite structure très fragile qui n'a pas les moyens de faire plus de social.
Tous ces discours réduisent donc des millions de salariés à la soumission, dans un secteur qui est en pleine expansion.
Et une fois l'idée acceptée qu'il y a des patrons devant lesquels on doit se soumettre « parce qu'ils ne font pas exprès d'exploiter », nos trois candidats en profitent.
La théorie des licenciements justes
Nos trois candidats proposent tous noblement que le licenciement économique ne soit plus permis s'il n'est pas « justifié » par la situation de l'entreprise, et les trois
citent l'exemple de la société qui engrange des dividendes pour les actionnaires mais licencie quand même...
Mais il y a donc des licenciements justifiés : les salariés et leurs syndicats devraient donc se battre uniquement quand l'entreprise est en très bonne santé...et une nouvelle fois toujours tenir compte des intérêts du patron avant de se révolter.
Au nom de la même idée, chacun des candidats s'élève contre les contrats précaires, mais chacun d'entre eux défend leur nécessité dans certains cas. Mélenchon trompe tout le monde avec son « 5% maximum » et « 10% pour les PME » dans ses discours oraux, mais oublie de citer son programme en intégralité , celui-ci ajoute « sauf dérogation JUSTIFIEE »
Après cet exposé concret des mesures qui figurent derrière les grands mots à la mode , « protectionnisme social », « démondialisation », « nation protectrice », il n'est pas difficile de dégager la véritable idée force commune à tous nos candidats.
Il y aurait entre « certains » patrons et les salariés français, un intérêt commun et transcendant qui les opposerait au « reste du monde » : en acceptant cet intérêt commun à court terme, il serait possible de construire à long terme une petite oasis française de paix sociale et de prospérité.
Mais dans le court terme, il faudra accepter
la notion de « dette commune » à résorber, et donc se résigner à certains sacrifices pour protéger les « gentils » patrons contre les « méchants ».
l'octroi de toujours plus d'argent à une partie des entreprises, pour les « aider » à faire face à l'affreuse mondialisation
le sacro-saint respect de la propriété privée qui exclut toute expropriation des capitalistes, et implique une dépense d'argent monumentale pour racheter les biens communs privatisés ces trente dernières années, sans garantie aucune sur les bienfaits de ce rachat pour les salariés et les usagers.
Appeler un chat, un chat : voilà l'essentiel de notre ligne .
L'analyse politique sérieuse consiste à se fonder sur le contenu défendu par un groupe ou un individu pour qualifier sa pensée politique, et non pas sur le contenant : cela signifie entre autres que chaque programme, chaque proposition doit être jugée pour ce qu'elle est, et non à partir de l'étiquette de celui qui s'en fait le promoteur.
Le protectionnisme et le nationalisme chauvin sont effectivement présents sous la même forme dans les programmes d'un parti classé à l'extrême-droite, le Front National, dans celui d'une fraction influente de la social-démocratie, le regroupement des partisans de Montebourg, dans celui d'une force désormais classée à l'extrême-gauche, le Front de Gauche.
Pourquoi ? Parce que les idéologies politiques ne naissent pas spontanément, elles sont le reflet des classes qui s'affrontent au sein de la société capitaliste, et des rapports de force existants.
La caractéristique commune des partis se présentant aux élections , quelle que soit leur étiquette est de ne pas remettre en cause le capitalisme en tant que tel, et donc d'entériner d'office la société fondée sur l'exploitation de l'homme par l'homme comme la seule possible.
Défendre la pérennité du capitalisme dans sa phase actuelle, c'est forcément aller contre l'intérêt du plus grand nombre et préserver la domination de la bourgeoisie : il n'est donc nullement étonnant que l'une des solutions pour y arriver, le social-fascisme soit présent en germe ou dans sa forme la plus aboutie dans les programmes de partis apparemment très différents.
Qu'est ce que le social-fascisme, à quel moment du développement du capitalisme, se répand-il au sein de la société ? Nous en avons longuement parlé ici , en insistant sur ses caractéristiques immuables. En faire un bref rappel montrera qu'elles s'appliquent aussi bien à Mélenchon, qu'à Montebourg ou à Le Pen.
- Culte d'un leader-sauveur : on met en avant un « homme providentiel » capable de redresser la gauche moribonde, sur une liste unitaire, une gauche "vraiment de gauche";
- Manichéisme : on ne fait des pas distingo, ou l’on est contre la gauche incarné par le leader ou on est « de droite » ou « stalinien ».
-Culture de la persécution : les journalistes déforment toujours les propos, c’est pour cela que le peuple n’entend pas les arguments, les gens ne lisent pas les ouvrages du leader donc ne comprennent pas le programme…
- Dénonciation des élites et des grands dirigeants et non du système économique : on ne cible pas le mode de production capitaliste mais on s’en prend aux grands financiers qui font dérailler le système, aux grandes familles de la finance
-Provocation : on crée le spectacle par des mises en scène provocantes. On arbore des signes distinctifs, on joue à la meilleure « petite phrase ».
-Relativisme historique : par exemple on critique le communisme comme un errement fasciste, mais on salue la valeur des militants d’alors, auquel on ne cesse de se comparer, en se présentant par exemple comme l'incarnation contemporaine de la Resistance à l'occupant nazi.
Pour autant , il ne s'agit pas de tracer un trait d'égalité entre des fascistes assumés, des fascistes qui se cachent derrière le
masque de la démocratie, et des politiciens qui se vivent eux-même comme des gens de gauche.Nous parlons de processus et de tendances, dans lesquels la manière dont les individus et les
politiques se perçoivent eux-même n'entre que très peu en ligne de compte au regard du résultat obtenu, la diffusion du poison nationaliste au sein de la classe ouvrière qui l'empêche de voir
clairement la nature bourgeoise de certaines politiques, dont le protectionnisme.
Mais ceux qui propagent ces idées peuvent se classer en trois catégories, qui peuvent fort bien s'affronter entre elles tout en allant dans le même sens global.
· « l’aile-gauche » du fascisme, c’est les groupes se réclamant d’une certaine « idée de la nation » en proposant un discours stérilement révolutionnaire ne mettant jamais en cause le mode de production capitaliste. C’est le cas des nationaux-révolutionnaires , des nationaux-bolchéviques peu présents en France et des groupes prônant une prétendue 3ème voie entre capitalisme et communisme. Ces groupes assument généralement une apologie franche ou partielle des régimes fascistes du passé, ou des dictatures fascistes du présent, par exemple la Russie de Poutine ou la Syrie de Bachar El Assad
· Les Crypto-fascistes sont des individus ou des groupes qui sont d’obédience fasciste, mais cachent cela sous une terminologie autre. Est crypto-fasciste également toute personne qui transmet un discours de ce type sans éprouver le moindre recul critique . Sur les réseaux sociaux comme Facebook, beaucoup de discours sont ainsi véhiculés. Alain Soral est l’archétype du proto-fasciste, se déclarant social sur certains points et nationaliste sur d’autres renvoyant ainsi à la fameuse phrase de Hitler : " Notre National-Socialisme est le futur de l’Allemagne. Bien que ce futur soit économiquement résolument à droite, nos coeurs resteront à gauche.Mais par dessus tout, jamais nous n’oublierons que nous sommes Allemands.". Les crypto-fascistes ne s'assument pas comme fascistes, mais n'hésitent cependant pas à mettre en avant des auteurs fascistes, au nom du droit d'inventaire qui leur permet de banaliser petit à petit le fascisme dans son ensemble, à en faire une opinion comme une autre
· Est fascistoïde, un individu, un groupe ou une idéologie qui en ne respectant pas les canons de la pensée fascistes lui trouve sur certains points de l’attrait et de l’intérêt. C’est le cas d’une grande majorité de penseurs actuels qui veulent « dédiaboliser » le FN avec l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête. Sans être parfaitement fasciste, ni conscient de la tournure fasciste des évènements, la pensée ou l’individu fascitoïde reprend les grandes idées du fascisme (culte du chef, nationalisme, protectionnisme, corporatisme…). Le discours est souvent celui-ci : « il y a de bonnes idées dans le programme du FN », « Marine n’a pas tort ».
Ceux qui incarnent la pensée fascistoïde ont comme caractéristique de reprendre immanquablement les poncifs des fascistes assumés : louange de la Nation, éloge des divers avatars de la petite bourgeoisie ( le commerçant, le petit patron, l'exploitant agricole, l'entrepreneur audacieux ) décrits comme étant les forces vives de la Nation, dénonciation de la nocivité économique et culturelle de la « mondialisation » et de la modernité, nostalgie pour l'état antérieur du capitalisme, défense d'un Etat fort.
Le social-fascisme est bien « le
socialisme des imbéciles » : mais seulement si l'on prend cette expression comme celle qui résume la pensée des politiciens qui le propagent.
Montebourg, Mélenchon ou Le Pen se font cette même idée de leurs électeurs potentiels, les prolétaires : ceux-ci seraient des imbéciles finis aisément manipulables du moment qu'on leur parle
à coup de simplifications hâtives, de formules choc et en désignant quelques boucs émissaires à leur légitime colère.
Peu importe ou ils veulent vraiment aller, ils emmènent le prolétariat dans le même mur, celui de l'analyse faussée des causes de l'état actuel de la société.
Gabriel Péri, mort fusillé par les nazis avait trouvé un outil imparable pour reconnaitre les vrais révolutionnaires des faux par ce principe : «Dis moi qui tu favorises, je te dirai qui tu es ».
Mélenchon , Montebourg ou Le Pen , comme nous l'avons vu n'ont aucune intention de s'en prendre au capitalisme lui même : leurs gesticulations et leurs évitements ne peuvent que les amener à désigner de fausses responsabilités
Le social-fascisme érige des bouc-émissaires, les banquiers et « les gens de la finance » ce qui amène de manière imparable à l’antisémitisme. Aucun parti, aucun politicien n'a jamais évité cet écueil en plusieurs siècles. Rappelons nous cette charge du journal La Petite Républiquedont le directeur de publication est Jean Jaurès , en 1895, contre les banquiers : « Ces Juifs rapaces comme cette bande de Rothschild qui écrasent l'Europe entière de leur tyrannie et de leurs milliards(...) ces financiers cosmopolites » ou encore cette déclaration de Jaurès lui-même dans son journal : « La race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n'est pas par la fièvre du prophétisme, manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corruption et d'extorsion » (7 juin 1898). Oui le Dreyfusard tardif si utilisé par Mélenchon, Montebourg et Le Pen comme référentiel fut antisémite !
Dans sa lettre ouverte en date du 11 octobre 2011 que le leader du front de gauche adresse à Arnaud Montebourg , il écrit : « Le programme du Front de Gauche propose de combattre la spéculation et la financiarisation de notre économie en interdisant les ventes de gré à gré, les ventes à découvert et les produits spéculatifs et en bloquant les échanges de capitaux avec les paradis fiscaux. Nous imposerons également la séparation des banques de dépôt et des banques d’investissement. Nous interdirons les stock-options et les engagements hors bilan et obligerons les entreprises à la transparence financière. Les mouvements internationaux de capitaux à des fins de spéculation et de placement financier seront contrôlés et taxés à nos frontières »,
Jean-Luc Mélenchon répond à Montebourg également sur le développement économique local en écrivant notamment : « Je prône une relocalisation écologique maximale de notre production agricole et industrielle. Pour cela, le Front de Gauche défend l’instauration d’un visa social et écologique qui permettra de bloquer les productions délocalisées pour des raisons de dumping social et fiscal. ».
Apologie du capitalisme local contre la « pieuvre » mondialiste apatride de la finance...tout est dit.
L'on pouvait encore l'année dernière lorsque nous évoquions ces convergences et cette ligne semblable dans la
social-démocratie, à l'extrême-gauche ou à l'extrême-droite dans de nombreux textes, nous accuser d'exagération à partir de présupposés théoriques non vérifiés massivement dans la
pratique.
Mais depuis le mouvement des Indignés français, dont nous avions déjà dénoncé la tournure à ses débuts est venu concrétiser dans les faits ce que nous avancions : l'un de ses principaux animateurs , Benjamin Ball se revendique du Front de gauche qui a manifesté massivement lors de la dernière manifestation parisienne du mouvement. Mais dans le même temps, l'inspirateur revendiqué des Indignés, Stéphane Hessel, dont nous avions analysé le rôle moteur dans la propagation de l'antisémitisme et de l'anti-communisme chauvin a lui rejoint l'aile social -démocrate. Et dans le même temps encore, les représentants des Indignés dans les médias, notamment intervenus dans l'émission de Zemmour et Naulleau sont des membres de Solidarité et Progrès, parti d'extrême-droite omniprésent ces derniers temps.
Il y a donc bien sur le terrain une fusion progressive des tendances social-fascistes issues de divers points de l'échiquier politique et une tentative de main mise sur le mouvement de classe en cours.
Montebourg s'adresse beaucoup aux couches moyennes et à la petite-bourgeoisie intellectuelle, et son think thank « Nouvelle France » aura essentiellement pour vocation de propager le nationalisme en leur sein, et l'on pourra y dire les mêmes choses qu'au Front National en ayant la conscience tranquille : ce n'est pas un hasard si Emmanuel Todd a été un des premiers penseurs à rejoindre la formation. Pionnier du soi-disant protectionnisme de gauche, Todd anime son site avec un ex-conseiller de Ben Ali, entre autres...
Mélenchon vient lui de lancer un « Front des Luttes », et à cette occasion, de nombreux dirigeants syndicaux, responsables de l'étouffement des luttes de ces dernières années , tel Didier Le Reste, de la CGT Cheminots ont enfin dit pour qui ils roulaient. Sur ce terrain, la concurrence sera rude avec le Front, qui lui, aussi joue désormais la carte syndicale.
En attendant, la lutte des classes mondialisée se poursuit et s'amplifie partout : les social-fascistes de tous bords ne pourront pas toujours détourner l'attention des prolétaires de la formidable avancée planétaire des mouvements de classe, qui préfigure une révolution qui sera tout sauf nationale.
Quelques autres textes sur l'économie ,le fascisme, et la tentative de main-mise sur les mouvements de classe , à l'heure de la crise mondiale du capitalisme
-Fascisme social et social-fascisme
De Chavez à Casapound en passant par Mélenchon, un inventaire des convergences...
-Identitaires : exploiter local , une idée dans le vent
Analyse des convergences entre le programme du Bloc Identitaire et celui de la social-démocratie, faite il y a un an. Depuis le Bloc a appelé à voter Montebourg aux primaires citoyennes
-Crise, capitalisme et programme fasciste : le FN n'est pas le parti des ouvriers
Un retour détaillé sur le programme du Front, qualifié de "social " par les médias qui ne détaillent cependant jamais son contenu !
-Fabien Engelmann : Itinéraire exemplaire d'un bureaucrate ordinaire
Comment passe-t-on de la gauche de la gauche au Front ?
III./ LE NATIONALISME PETIT-BOURGEOIS RISQUE CONTRE REVOLUTIONNAIRE. EXEMPLE CRITIQUE
3.1/ Analyse générale
Staline dans son texte La révolution d’Octobre et la question nationale-1918-, fait une analyse opportune du risque d’une autonomisation de certaines nations par son expérience de la Révolution Russe.
« La révolution, commencée au centre, ne pouvait longtemps demeurer dans le cadre de ce territoire étroit. Victorieuse au centre, elle devait forcément s'étendre jusqu'aux confins du pays. Et, en effet, la vague révolutionnaire venant du Nord submergea, dès les premiers jours, toute la Russie, gagnant l'une après l'autre les régions périphériques. Mais là elle se heurta au barrage des « conseils nationaux » et des « gouvernements » régionaux (Don, Kouban, Sibérie), formés dès avant Octobre. La vérité est que ces « gouvernements nationaux » ne voulaient même pas entendre parler de révolution socialiste. »
Voilà un risque majeur, que les nations autodéterminées soient dirigées par des éléments contre-révolutionnaires, chauvins, réactionnaires qui empêcheraient la bonne marche d’une révolution prolétarienne, comme cela fut le cas en Russie. Ce qui est en jeu ici, c’est la chute de la révolution. Si la France dans son territoire actuel se morcelle, d’autant qu’il s’agit d’un Etat hypercentralisé ne devrait-on craindre ces problématiques fortes ?
La situation française est d’ailleurs une nouvelle fois exprimée par Staline lui-même dans Les tâches immédiates du parti dans la question nationale -1921-
« La première période est celle de la liquidation du féodalisme en Occident, celle de la victoire du capitalisme. La constitution des individus en nations se place dans cette période. Je veux parler de pays tels que l'Angleterre (sans l'Irlande), la France, l'Italie. (…)Ainsi donc, la première période est caractérisée par l'apparition de nationalités à l'aube du capitalisme et, fait à noter, c'est qu'à l'ouest de l'Europe naissent des Etats purement nationaux, sans oppression nationale»
Oui, dès 1921, Staline postule que les Etats de l’Ouest européen naissent sans oppression nationale. Prenons l’exemple de la Bretagne. Elle est intégrée à la France depuis dans son découpage actuel depuis la Révolution Française, de même pour le Pays Basque. Enfin, la Corse depuis 1768, comme nous le rappel le Manuel d’écononie populaire : « En 1768, c'est la signature du traité de Versailles : Gênes y cédait la Corse à la France, qui y envoya de nombreuses troupes ». En 1921, Staline parle de la France dans ses frontières actuelles. Néanmoins il est vrai que dès la fin du XIXème siècle l’impérialisme français aura besoin de débouchés :
« La deuxième période du développement de l'oppression nationale et des moyens de lutte contre elle, se rattache à la période de l'apparition de l'impérialisme, où le capitalisme, en quête de débouchés, de matières premières, de combustible et d'une main-d'oeuvre à bon marché, dans sa lutte pour l'exportation de ses capitaux et pour s'assurer les grandes voies ferrées et maritimes, déborde le cadre de l'Etat national et étend son territoire aux dépens des voisins, proches et lointains. Dans cette deuxième période, les vieux Etats nationaux d'Occident — Angleterre, Italie, France — cessent d'être des Etats nationaux, c'est-à-dire que, s'emparant de nouveaux territoires, ils se transforment en Etats multinationaux, coloniaux, constituant ainsi une arène pour cette même oppression nationale et coloniale qui existait déjà précédemment à l'est de l'Europe».
Aucun mot sur les spécificités bretonnes, corses ou basques, mais Staline ne peut maîtriser l’ensemble de la géopolitique de son temps. Pour autant, la question nationale française ne semble en l’état ne pas lui poser de soucis, si ce n’est cette extension de la France vers l’Afrique noire et l’Afrique du Nord, où bien entendu l’impérialisme va se servir dans les réserves naturelles et profiter pour développer l’esclavagisme.
Dans un autre texte, plus tardif, Staline (Principes du léninisme, « la question nationale », -1924-) revient sur ce que doit réaliser le prolétariat dans sa lutte de soutien à un éventuel mln :
« Cela ne signifie évidemment pas que le prolétariat doive soutenir tout mouvement national, toujours et partout, dans chaque cas particulier et concret. Il s'agit d'appuyer ceux des mouvements nationaux qui tendent à affaiblir, à renverser l'impérialisme, et non à le maintenir et à le consolider. Il est des cas où les mouvements nationaux de certains pays opprimés entrent en conflit avec les intérêts du développement du mouvement prolétarien. Il va de soi que dans ces cas-là, on ne saurait parler de soutien. La question des droits des nations n'est pas un problème isolé et se suffisant à lui-même n’est qu’une partie de la question générale de la révolution prolétarienne, subordonnée à l'ensemble et demandant à être examinée du point de vue de l'ensemble. »
Comme le souligne Staline, le prolétariat doit défendre un mln qui veulent en finir avec l’impérialisme et ne pas défendre à tort et à travers toute forme de libération nationale, pour peu que celle-ci ait des allures révolutionnaires. Il faut défendre une ligne JUSTE.
N’oublions pas l’adage de Mao : « …les idées justes qui sont le propre d’une classe d’avant-garde deviennent, dès qu’elle pénètrent les masses, une force matérielle capable de transformer la société et le monde » (Citations, p. 227).
De plus, la question de la libération nationale n’est pas un « problème isolé », mais il doit faire partie du questionnement global de la révolution prolétarienne. Interrogeons nous un instant : les mln veulent-ils renverser l’impérialisme français ? Non. Mettent-ils en avant une politique offensive de droits sociaux à destination de la classe laborieuse ? Non. Y a-t-il une volonté d’émanciper la femme du patriarcat très présent en corse, par exemple ? Non.
Dans le même texte Staline continue :
« De là, la nécessité de combattre la tendance à se confiner dans le cadre strictement national, l'esprit d'étroitesse, le particularisme des socialistes des pays opprimés, qui ne veulent pas voir plus haut que leur clocher national, et ne comprennent pas le lien qui rattache le mouvement de libération de leur pays au mouvement prolétarien des pays dominants. Sans une telle lutte, on ne saurait défendre la politique indépendante que doit mener le prolétariat des nations opprimées ni sa solidarité de classe avec le prolétariat des pays dominants dans la lutte pour le renversement de l'ennemi commun, dans la lutte pour le renversement de l'impérialisme; sans une telle lutte, l'internationalisme serait impossible. Telle est la voie à suivre pour éduquer les masses laborieuses des nations dominantes et des nations opprimées dans l'esprit de l'internationalisme révolutionnaire ».
A aucun moment, aucun mln doit oublier qu’il n’est qu’une goutte dans un océan de révolte et que sa lutte doit interagir avec celle de l’ensemble du prolétariat international. A aucun moment aucun mln doit se concentrer sur lui-même, sans tendre la main au prolétariat, car on ne peut penser librement à l’ombre d’une nation. IL faut partir des masses pour y revenir.
La nation naît avec les débuts du capitalisme, qui forme un marché qui unifie un territoire, des populations,qui parlent alors une langue commune, forment une culture commune donc une expérience commune, ce qui amène une psychologie propre aux lieux, au niveau technique et artistique. En France la révolution démocratique s'est déroulée parfaitement, à partir de 1789 et malgré de fortes tensions monarchiques (ex : directoire, monarchie de juillet). Nous pouvons donc analyser la situation par rapport à celle-ci.
3.2/ Analyse concrète : La Bretagne
Analysons l’exemple breton, comme nation à part entière en repartant des critères du texte de Staline :
1./ La communauté de langue : existe-t-elle ?
La Bretagne est composée historiquement de deux aires linguistiques :
la Basse-Bretagne ou Breizh Izel à l'ouest (comprenant le Finistère, le Morbihan, l'ouest des Côtes-d'Armor, et au Sud, la Presqu'île de Guérande, avec particulièrement l'enclave du Bourg-de-Batz en Loire-Atlantique) où l'on parle une langue d'origine brittonique (apparentée au gallois et au cornique) connue sous le terme de breton ou brezhoneg ;
la Haute-Bretagne ou Breizh Uhel à l'est (Ille-et-Vilaine, Côtes-d'Armor est, Loire-Atlantique) où l'on parle gallo, une langue d'oil.
Comme la majorité des langues la langue bretonne varie d’un endroit à l’autre. En breton, ces différences dialectales touchent avant tout la prononciation et une faible partie du vocabulaire. Certains dialectes présentent aussi une syntaxe un peu différente. Les différences sont généralement faibles de proche en proche, mais plus on s’éloigne d’un point, plus le breton est différent. En règle générale, il n’y a pas de frontière nette entre dialectes, mais un changement progressif.
Le découpage du breton en quatre groupes dialectaux, une division religieuse et politique jusqu’à la Révolution, est contesté du point de vue linguistique chez les intellectuels bourgeois eux-mêmes. Certains linguistes, comme Jean-Yves Plourin considèrent que le breton se présente sous deux formes parlées principales, celle du Nord-Ouest et celle du Sud-Est, séparées selon le système d’accentuation et la palatalisation. D’autres, comme Erwan Vallerie proposent une différenciation Est/Ouest.
Le territoire du breton marque un recul vers l’ouest. Aujourd’hui, il est parlé et écrit à l’ouest d’une ligne reliant, grosso modo, Plouha et Vannes. De nos jours, la Bretagne compte quatre langues régionales aux origines assez différentes, en plus du français: le breton, langue celtique parlée principalement en Basse-Bretagne, le gallo parlé dans la majeure partie de la Haute-Bretagne, l'angevin parlé dans le Pays de la Mée et le poitevin-saintongeais parlé dans le Pays de Retz, ces trois dernières appartenant au groupe des langues d'oïl (dont est issu le français).
En conclusion, personne ne s’entend sur la communauté de langue, il s’agit linguistiquement au mieux d’un langage vernaculaire. Seuls 257 000 personnes seraient en mesure de parler breton et de communiquer.
2./ La communauté de territoire :
À la Révolution française, les privilèges des provinces sont abrogés dans la nuit du 4 août 1789 (ceux de la Bretagne à l’initiative des députés de la région). La Bretagne cesse d'exister en tant qu'entité administrative lors de la départementalisation ; elle est divisée en 1790 en cinq départements :
Côtes-du-Nord (devenues Côtes-d'Armor en 1990),
Loire-Inférieure (devenue Loire-Atlantique en 1957),
Auparavant, longtemps la Bretagne n'a eu de capitale définie. Les premiers ducs et leur cour changeaient perpétuellement de résidence, allant chasser d'une forêt à l'autre, et habitaient finalement assez peu en milieu urbain, sauf pour quelque motif stratégique ou politique. En ce cas, c'était presque toujours dans une ville de l'est ou du sud du duché. Les États de Bretagne se réunissaient en différentes villes. À l'époque ducale à Dinan, Nantes (17 fois), Ploërmel, Redon, Rennes, Vitré, Vannes (19 fois), Guérande. Le concept moderne de capitale naît avec la création d'une véritable administration, processus lent qui commence au XIIIesiècle. Le nombre de ses employés et la masse de ses archives la rendaient moins mobile que l'ancienne cour. Le Conseil, la Chancellerie et la Chambre des comptes restaient généralement en ville. Sous les Montfort, le Conseil (le gouvernement ducal) suivait parfois le duc d'une ville à l'autre, à Nantes, Vannes, Redon, Rennes, Fougères, Dol, Dinan, Guérande.
En somme, la tradition bretonne tout au long de son histoire a été de répartir les organes du pouvoir entre différentes villes au lieu de les concentrer en une seule. L'exécutif et le judiciaire étaient exercés depuis le triangle Vannes-Nantes-Rennes, à la guise des gouvernants et à la mode féodale. Le législatif était réuni dans presque toutes les villes bretonnes, malgré les contraintes. De plus, le territoire sans centralisation comprend deux aires linguistiques complètement différentes et dès lors, les revendications actuelles de la « nation » bretonne dans une « grande » Bretagne incluant la Loire-Atlantique ne correspond aucunement à une communauté de langue ou de territoire, disons que la langue n’est pas congruente au territoire, et que le territoire n’est guère congruent à la langue.
3./ La communauté de vie économique
Depuis le Moyen-Âge la petite Bretagne eut des liens commerciaux avec la Grande Bretagne. D'une façon générale la Bretagne occupait une position géographique centrale entre l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande. Les Bretons transportaient le vin de Bordeaux, le sel de Guérande et de Bourgneuf. La Bretagne exportait du beurre, du suif, des viandes salées, des porcs vivants, du poisson sec ou salé dans des barils et des produits manufacturés comme les toiles. En 1483, il y a 344 navires bretons dans le port d'Arnemuiden en Hollande. Au XVesiècle, la Bretagne était riche.
Le Traité d'Union de 1532 rattache le Duché de Bretagne à la France. Cette période, du milieu du XVesiècleau milieu du XVIIesiècle, sera la plus prospère de l'histoire du duché. Mais l'intégration d'un pays dont l'économie était basée sur le commerce international dans un pays toujours en guerre contre ses voisins finira par entraîner le déclin des activités maritimes et commerciales, et industries toilières exportatrices. L'absence de politique maritime se fera cruellement sentir.
Suite à son rattachement en 1532 à la France (traité d'union de 1532), la Bretagne a décliné à cause des guerres incessantes au XVIesiècle, XVIIesiècle, XVIIIesiècle, et début du XIXesiècleentre la France et l'Angleterre. Les blocus, les attaques des ports et des vaisseaux bretons par la marine anglaise/britannique, et les réarmements des navires marchands bretons à des fins militaires ruinèrent le commerce breton mais firent la fortune des ports corsaires.
La monarchie française fait construire de nouveaux vaisseaux et y recruter des marins pour la flotte et des colons pour les colonies. Si Colbert choisit d'établir un port à Lorient. La perte des colonies d'Amérique et des Indes, puis le blocus continental établi par Napoléon Ierporta le coup de grâce au commerce breton. La domination de la marine britannique fit de l' Atlantique une mer britannique. L'entente cordiale de 1904 entre la France et le Royaume-Uni fut un tournant qui permit l'établissement d'une paix durable en Bretagne et le début de son redressement économique.
Aujourd’hui le taux de chômage reste inférieur à celui de la moyenne nationale de un à deux points. En 2006, la population active totale comptait 1,24 millions de personnes : l'agriculture et la pêche rassemblent encore 6 % de ces actifs (malgré un net recul), l'industrie en occupe 25 % et le secteur tertiaire (commerce et services) concentre 70 % des emplois. Il existe de nombreuses exploitation agricoles moins nombreuses qu'en 2000 (- 21 %) mais plus grandes - l'agriculture conserve toute son importance en Bretagne. Elle est essentiellement tournée vers l'élevage (bovin, porcin, avicole) et la polyculture (céréales et légumes). La culture céréalière est centrée pour les deux tiers sur les fourrages pour l'élevage (maïs, blé, orge) et la production légumière (haricots verts, artichauts, échalotes, pommes de terre, tomates) occupe le premier rang français. nombreuses qu'en 2000 (- 21 %) mais plus grandes - l'agriculture conserve toute son importance en Bretagne. Elle est essentiellement tournée vers l'élevage (bovin, porcin, avicole) et la polyculture (céréales et légumes).
La Bretagne est une des seules régions françaises où l'emploi industriel a continué de progresser depuis 1980. Il est concentré autour de quatre principaux secteurs d'activités. Principale activité ( 43 % des entreprises et un tiers des emplois industriels), l'agroalimentaire a connu un véritable essor en Bretagne depuis vingt-cinq ans : transformation des protéines animales (viande, poissons, lait), production légumière, alimentation animale. Quatrième secteur industriel en Bretagne, ce secteur en pleine expansionregroupe les chantiers de construction et de réparation navales militaires (malgré les restructurations récentes à Brest et Lorient) et civiles au service de la pêche, de la plaisance, de l'océanographie, du transport de passagers...
L’essentiel du marché breton a vocation a être diffusé au sein du marché national français en ce qui concerne l’agroalimentaire et l’industrie de la défense et international en ce qui concerne le marché du tourisme, la Bretagne étant la 4eme région de France la plus visitée par les touristes. En aucun cas, il n’existe en soi un marché national suffisant, capable d’absorber la production capitaliste. En somme la Bretagne devrait utiliser une politique d’expansion impérialiste pour touver des débouchés à sa production économique.
Staline affirme dans La question nationale et le léninisme Réponse aux camarades Mechkov, Kovaltchouk et autres (18 mars 1929) :
« ..Bien entendu, les éléments de la nation — la langue, le territoire, la communauté de culture, etc... —ne sont pas tombés du ciel mais se sont formés petit à petit dès la période précapitaliste. Seulement ces éléments se trouvaient à l'état embryonnaire, et, au meilleur cas, constituaient seulement des facteurs potentiels du point de vue de la formation future de la nation en présence de certaines conditions favorables. Ce potentiel ne s'est transformé en réalité que dans la période du capitalisme ascendant, avec ses marchés nationaux, ses centres économiques et culturels. »
Effectivement, comme nous l’avons vu, la nation s’est développée en Bretagne avec le capitalisme ascendant, mais sous « l’égide » de la France, la « bourgeoisie nationale » bretonne n’étant guère réellement constituée n’ayant ni centre névralgique, ni langue commune, ni territoire cohérent. Dès lors y a-t-il « communauté psychique » ?
4./ La communauté de formation psychique (qui se traduit par une communauté de culture).
Staline note dans A Propos des déviations dans la question nationale, Extrait du rapport présenté au XVIe congrès du Parti communiste de l'U.R.S.S., le 27 juin 1930
« Qu'est-ce que la culture nationale sous la domination de la bourgeoisie nationale ? C'est une culture bourgeoise par son contenu et nationale dans sa forme, ayant pour but d'intoxiquer les masses du poison du nationalisme et d'affermir la domination de la bourgeoisie »
Or la culture « bretonne » s’est fortement amplifiée au cours du XXème siècle, d’une part par la recension des légendes par exemple par Anatole Le Braz et d’autre part par la modernité des thématiques, notamment au niveau musical. Ce qui est cependant toujours mis en avant, tant dans les costumes, les musiques, les légendes, sont les aspects celtiques de la Bretagne.
Or, nous avons souligné auparavant dans les aspects linguistiques que la tradition celte n’est pas la seule en présence. En fait la bourgeoisie bretonne révise son histoire pour la faire entrer au forceps dans une conception celtique (littorale donc) des cultures bretonnes sous le terme générique de LA culture bretonne. Depuis la Révolution Française, les bretons ont fait « cause commune » avec les grand évènements français, ils ont perçu de manière nationale les grands évènements par exemple pendant la seconde guerre mondiale où les premiers hommes à répondre à l’appel du 18 juin 1940 de De Gaulle furent les habitants de l’île de Sein. Il n’existe pas de vision différente de la l’histoire de la France, au sein de la Bretagne.
Dans la Question nationaleStaline écrit de manière limpide :
« L'autonomie culturelle-nationale suppose des nationalités plus ou moins développées, à culture, à littérature évoluées. A défaut de ces conditions, cette autonomie perd toute raison d'être, devient une absurdité. »
Toute la culture bretonne s’est développée majoritairement au travers de la langue française depuis la révolution française. Il n’existe une littérature bretonne de langue bretonne actuelle, mais elle est marginale, il existe également une littérature alsacienne, francique, picarde ailleurs sur le territoire national français.
Et Staline de répéter dans Des tâches immédiates du Parti dans la question nationale, Résolution adoptée au Xe congrès du Parti communiste russe, en mars 1921
« Les Etats nationaux, comme la France et l'Italie, qui, au début, s'appuyaient principalement sur leurs propres forces nationales, ignoraient, en parlant d'une façon générale, l'oppression nationale. A l'opposé, les Etats multinationaux, fondés sur la domination d'une seule nation — plus exactement de sa classe dominante — sur les autres nations, constituent la patrie initiale et la principale arène de l'oppression nationale et des mouvements nationaux ».
Bien sûr, on dira que l’exemple le plus facile a été choisie par développer nos thèses. Dès lors, d’une part, nous nous proposons de développer ces faits sur les minorités nationales basques et corses et d’autre part en un mot les basques et corses ont connu développement somme toute continue depuis la révolution nationale bourgeoise de 1789.
Il existe bien des différenciations singulières linguistiques du peuple basque et une vie politique autonome corse avant la Révolution autour de Paoli. Néanmoins, ces deux grands faits sont-ils suffisants à démontrer la nécessaire autonomie de ces deux « nations » ? Et quand bien même, l’intérêt des prolétariats basques et corses sera-t-il respecté en cas d’autonomie nationale?
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Voilà un point de vue développé sur le nécessaire maintien de la nation française en l’état. Il n’y a pas ici de patriotisme ou de chauvinisme. La nation française n’est pas ici exaltée, elle n’est que le fruit d’un long processus historique aujourd’hui stabilisé. Etat hypercentralisé, il est vrai que le territoire national français présente d’importantes inégalités, mais la cohésion nationale doit être maintenue.
Dans les conditions nécessaires à la révolution prolétarienne, comme l’écrit Lénine (OC, tome 21) à savoir l’aggravation extrême des conditions sociales et politiques avec :
1./L’impossibilité pour les dominants de maintenir leur domination (crise grave au sommet)
2./L’accroissement de la détresse et de la misère des classes opprimés
3./ L’accroissement de l’activité des masses (résultant des deux premiers points)
la nation française dans son ensemble sera mieux à même d’y répondre. Cela n’exclut pas d’envisager les spécificités des autres nations, notamment comme le dit Staline au niveau d’une autonomie régionale accrue. Et si la classe laborieuse le souhaite dans son ensemble de céder ces territoires à ces peuples uniquement lorsque la révolution prolétarienne aura atteint ses premiers objectifs. Néanmoins, gageons que les masses populaires nationales suivront la révolution prolétarienne globale.
Alors que conclure ? Que seul le drapeau rouge doit prédominer sur tout nationalisme et que l’internationalisme prévaut sur la question nationale. Néanmoins, comme l’écrit Mao Zedongau sujet des divergences de vue au sein du Parti:
« Soyez attentifs à collaborer dans l'unité avec les camarades dont les vues diffèrent des vôtres. Dans les organismes locaux aussi bien que dans l'armée, il faut prêter attention à ce principe, qui s'applique également à nos relations avec les personnes en dehors du Parti. Nous sommes venus de tous les coins du pays et nous devons savoir collaborer dans l'unité non seulement avec des camarades qui partagent nos vues, mais aussi avec ceux qui en ont de différentes » (Citations, p. 128)
Il y a cinquante
ans, ce 17 octobre, des dizaines de milliers de travailleurs, de travailleuses, exploités dans les usines, parqués dans des bidonvilles descendaient en masse manifester pour la liberté et
l'égalité dans les rues de Paris.
Le massacre qui a suivi est aujourd'hui encore au cœur de notre histoire, comme l'ensemble de la guerre d'Algérie.
L'Etat français ne veut toujours pas en reconnaître l'ampleur et l'horreur absolue. Au delà, à chaque documentaire, à chaque livre abordant le sujet, l'extrême-droite se déchaîne et menace, montrant ainsi qu'elle n'a pas changé d'un iota, contrairement à ce qu'en disent les médias.
Pour autant, la bataille de la mémoire n'a pas pour seul enjeu le conflit avec l'Etat français. Les falsificateurs, les fossoyeurs de ce qu'ont été réellement les combats anti-coloniaux sont aussi du côté de ceux qui se prétendent anti-colonialistes.
A commencer par les gouvernements qui se sont succédés en Algérie après l'indépendance : issus de la nouvelle bourgeoisie constituée, leur tâche première a été de détruire le mouvement ouvrier algérien alors que des millions de prolétaires avaient donné leur vie pour l'indépendance, mais aussi et beaucoup pour un Etat garant de la justice sociale pour tous.
En France, également, nationalistes et communautaristes issus de l'immigration n'ont de cesse de réduire la lutte anti-coloniale à une lutte identitaire et interclassiste.
Chaque année, se souvenir du 17 octobre 1961, c'est pour notre collectif se souvenir de ces militants communistes et syndicalistes qui ont été aux premiers rangs de tous les combats menés dès et même avant les années 50, en Algérie et en France.
Pourchassés, emprisonnés et torturés par l'Etat français, ces militants ont du affronter aussi le mépris et l'indifférence des organisations ouvrières françaises, souvent gangrenées par le racisme, incapables de construire l'unité du prolétariat.
Après avoir mené la lutte jusqu'à la victoire de l'indépendance, ils ont ensuite presque immédiatement été écartés violemment par les nouveaux gouvernants déjà vendus à la bourgeoisie.
Lakdhar Kaidi était de ces militants. Syndicaliste, membre du Parti Communiste Algérien , il raconte ici l'ordinaire de sa lutte exemplaire : l'organisation de la célébration du 1er mai, fête internationale de tous les travailleurs, dans une province rurale de l'Algérie Française en 1951.
Pour les prolétaires algériens, cette célébration banale en métropole était illégale, et en Algérie , l'illégalité en 1951 signifiait la possibilité d'être tué ou emprisonné, par l'armée française ou par les milices coloniales des grands propriétaires terriens.
Pourtant, les travailleurs étaient au rendez-vous, comme ils l'ont été le 17 octobre 1961 à Paris.
S’il était devenu une coutume de célébrer le 1er Mai dans les villes du nord du pays où une vieille tradition syndicale jalonnée de luttes parfois sanglantes avait fini par imposer au
pouvoir colonial certaines libertés, et notamment le droit de réunion et de manifestation, il n’en était pas de même dans les campagnes soumises à la loi des gros colons dont les privilèges
commandaient une vigilance de tous les instants.
De véritables féodalités s’étaient constituées dans les régions bien délimitées où régnaient de véritables roitelets imposant leur volonté au pouvoir de Paris, et
faisant régner dans les régions qui leur étaient "confiées" une exploitation voisine de l’esclavage, au moyen d’une terreur permanente.
Les anciennes générations se rappellent des méfaits des “Gratien Faure et Dochard” dans le Constantinois ; des “Borgeaud”, “Sorrensen” dans l’Algérois ;
des “Abbo” en Kabylie ; des “De Calan” dans le Chlef (ex. Orléanville) ; des “Raoux” en Oranie.
À côté de ces sinistres hobereaux, existaient des sociétés coloniales agricoles qui ont accaparé de vastes étendues de terre provenant des propriétés des petits
fellahs spoliés et des terres "arch" confisquées.
Parmi ces sociétés constituant souvent des comités moyenâgeux où les ouvriers agricoles travaillaient des étoiles aux étoiles pour une rémunération dont ne se
satisfaisaient sans doute pas les serfs.
Il y avait par exemple la “Compagnie algérienne” avec ses 100 000 hectares dans la région de Ain Regada de Khroub - Oued Zenati - Aïn Abiod, la “Société genevoise”
avec ses 26.000 hectares dans la région de Sétif, la “Société des orphelins de la Seine” avec ses milliers d’hectares dans la région de Ferdjioua ; la “Sociéré des Hamendas et de la petite
Kabylie”, société forestière qui exploitait les lièges et la forêt de tout le massif de Collo et de l’Edough, la “S.A.I.S.A.” - “société agricole et industrielle du sud algérien” qui possédait et
exploitait plusieurs centaines de milliers de palmiers - dattiers dans la région de Biskra-Touggourt et le sud.
Le mouvement syndical algérien à l’époque uni et organisé dans le Nord du pays avait réussi à arracher certains avantages sociaux et imposer des meilleures
conditions de travail.
Il n’en était pas de même dans les campagnes et particulièrement dans le Sud, soumis de surcroît, au régime de l’administration militaire et où la moindre velléité
d’organisation et de réclamation était considérée comme une insoumission voire une véritable rébellion.
Dans ce contexte fait d’exploitation forcenée, de discriminations raciales, le mouvement syndical algérien ne pouvait se satisfaire de certains avantages acquis
grâce à des luttes héroïques des dockers, des cheminots et des mineurs.
Les syndicats ne pouvaient être quittes du devoir qu’ils avaient à l’égard de la classe ouvrière que s’ils organisaient en leur sein les centaines de milliers de
travailleurs agricoles et orienter et guider leurs luttes et leur combat pour leur émancipation, la conquête de conditions de vie et de travail dignes du 20ème siècle.
Aussi, le mouvement syndical algérien considérait-il, à juste titre, qu’il ne pouvait y avoir de véritable syndicalisme sans syndicats d’ouvriers agricoles puissants.
Dans le Nord du pays des syndicats se sont constitués un peu partout, en Oranie, dans la Mitidja, dans la plaine de Annaba.
Ils agissaient souvent dans la clandestinité pour échapper aux rigueurs de la répression souvent féroce, comme celle qui suivit la grande grève de 1937, dans la
région de Azzaba, (ex-Jemmapes), et dont le dirigeant Boualleg Rabah mourut en prison où il purgeait une peine de cinq ans de travaux forcés.
Ce fui aussi le cas de la région de Aïn-Témouchent qui a vu la répression s’étendre même à des instituteurs, comme Lucien Sportisse, coupables d’avoir manifesté
leur solidarité agissante.
Dans le sud du pays, les ouvriers agricoles étaient encore plus durement touchés par l’exploitation et la répression.
Le Mouvement syndical décida de déployer tous les efforts nécessaires pour implanter des sections syndicales dans les palmeraies et les oasis en s’appuyant sur les syndicats de
petits fellahs existant déjà en certains endroits.
Les formes et les méthodes utilisées devaient tenir compte des conditions particulièrement difficiles.
Grâce à l’ action et à l’activité de militants courageux et dévoués, ayant une expérience dans les autres secteurs, des résultats positifs sont vite
obtenus.
Les gros féodaux et leurs maîtres s’en émeuvent ; ils constataient une certaine résistance et même une certaine insolence, inhabituelle, qui se manifestaient
dans le comportement des ouvriers agricoles et des fellahs, mais ils ne savaient pas à quoi l’ attribuer.
Dans la région de Biskra, Touggourt et Ouargla régnaient, sous la protection du régime militaire, de tout puissants seigneurs et féodaux : la SAISA et ses centaines de milliers de palmiers ; le cheikh El Arab Abdel Aziz Bengana, le bachagha roitelet Senoussi, ses caïds et ses douaers, le bachagha Benchenouf, etc.
Les sections syndicales constituées agissaient dans la clandestinité et se limitaient à faire un travail d’organisation et de sensibilisation, les interventions étaient effectuées à Constantine et à Alger où étaient présentées devant I ‘administration coloniale les revendications établies par les ouvriers dans les palmeraies et les oasis.
En tant que secrétaire général de l ‘Union des Syndicats CGT du Constantinois, j’avais effectué plusieurs séjours et tournées à travers la région, j’avais constaté
le sérieux, le sens de l’organisation et la combativité des travailleurs agricoles qui ne demandaient qu’à se battre pour acquérir plus de dignité et des conditions de vie et de travail
meilleures.
Ils le prouvèrent simplement dans les temps qui allaient suivre et notamment pendant la guerre de Libération.
En 1951, l’Union des syndicats du Constantinois décida d’organiser à l’occasion du 1er Mai une grande manifestation dans la région.
Le mot d’ordre fut transmis aux responsables avec la consigne d’agir très discrètement.
Je fus chargé de partir vers le 15 avril à l’ effet de visiter la région, et d’aider à la préparation du 1 er Mai.
Je partis donc à Biskra où j’ai tenu une réunion avec les responsables de l’Union locale et notamment des cheminots qui, sous le couvert de leur profession,
effectuèrent des missions souvent délicates.
Je me suis ensuite rendu à Guemar, où existait officiellement un syndicat de petits planteurs de tabac, sous l’égide duquel les responsables des sections syndicales
ont été réunis pour dresser un véritable plan d’organisation de la manifestation, qui devait être exécutée dans le plus grand secret.
À cette réunion, assistaient en plus des délégués des Oasis et palmeraies, le frère Hamma Lakhdar qui devait devenir un responsable de l’ALN dans la région, où il
s’illustra durant plusieurs batailles et devait tomber les armes à la main au cours de l’une d’elles restée mémorable.
Ensuite chacun retourna dans son coin ; pour ma part, j’avais établi ma "résidence provisoire" à Oughlana à 4 km de DJamaâ. De là, je rayonnais sur
El-Meghaïer - Djamaâ - Touggourt - Sidi Amrane Sidi Khaled – Zaouia – Tamassine, Mahdia.
Pout plus de sécurité et de discrétion et aussi pour des raisons de température, nos tournées se faisaient le soir.
Accompagné des frères Hachemi Guenouni de Djemaâ – où il vit encore, et Beriada Belkacem, un géant de 2m de haut, toujours armé d’un fusil de chasse, nous partions
à pied, au clair de lune, parcourir des kilomètres, par des pistes sablonneuses avant de tenir nos réunions dans la clandestinité la plus complète, à l’insu de l’administration et de ses
sbires.
Nous décidâmes de tenir le rassemblement du 1er Mai à Sidi Amrane, des défilés devaient partir des Oasis et palmeraies le matin de bonne heure pour profiter de la fraîcheur et arriver à 9 h pour assister au grand meeting.
Le matin du 1 er Mai des défilés en rangs serrés partirent- de Oughlana - Djemaâ - Sidi Khaled –Zaouia – par plusieurs centaines, les travailleurs affluèrent de ces centres, porteurs de banderoles quelquefois de fortune ; hâtivement confectionnées, pour rejoindre le lieu du rassemblement central.
Des délégations plus restreintes sont venues de Touggourt, Ouargla, Oued El Meghair - Temassine - Guemar. Elles étaient arrivées déjà la veille et se trouvaient en place tôt le matin, du 1er Mai.
Il n’était pas encore 9 h quand la place de Sidi Amrane s’emplit de monde. Il y avait là des milliers de travailleurs. Les prévisions les plus optimistes de chacun étaient dépassées.
Le meeting dura une heure environ au cours duquel je pris la parole, après les frères Smaïlia, Amar et Beriala Belkacem responsables du syndicat et Teriiâa Saddek qui apporta la solidarité des petits fellahs planteurs de tabacs d’Oued Souf.
La dispersion du rassemblement
s’était faite si rapidement et parfaitement que les autorités avisées tardivement ne purent réunir leurs forces pour intervenir.
Le colonel commandant le territoire militaire de Touggourt ragea contre ses subordonnés et partit entièrement contre le sinistre Bachagha Senoussi, le quel promit à
son maître de se venger rapidement pour se laver de l’affront terrible qu’il subit.
C’est que l’évènement avait fait un grand bruit, dans toute cette région du Sud Constantinois.
Il se rendit compte qu’il n’était pas aussi aisé de venir à bout d’une organisation syndicale, fortement implantée de surcroît, constituée à leur insu, au cours
d’une période où ils n’ont vu que du "bleu".
C’est un an plus tard, au cours du meeting du ler Mai 1952, organisé et tenu sous la responsabilité du frère Demène Debih Abdallah qui devait devenir 30 ans plus
tard, le secrétaire général de I’UGTA, qu’une répression sauvage s’était abattue sur l’organisation et la région permettant au Bachagha Senoussi de prendre sa revanche.
Demène Debih Abdallah fut arrêté, torturé et condamné à 6 mois de prison, malgré une formidable campagne de protestation.
Boulif Bachir pour sa part s’échappa et resta longtemps dans la clandestinité.
La revanche des Senoussi et leurs maîtres ne fut qu’éphèmère.
La lutte de libération nationale à laquelle la région a participé grandement a consacré en fin de compte la grande revanche du peuple algérien sur ses ennemis de
tous bords.
Lakhdar Kaidi
II./ LA QUESTION GLOBALE NATIONALE ET SES PROBLEMATIQUES
Lénine, comme Staline ensuite, nous rappelle que chaque nation a droit à sa propre autodétermination (Lénine La révolution socialiste et le droit des nations à déposer d’elles-mêmes-1916-).
« Le socialisme a pour but, non seulement de mettre fin au morcellement de l'humanité en petits Etats et à tout particularisme des nations, non seulement de rapprocher les nations, mais aussi de réaliser leur fusion. Et, précisément pour atteindre ce but, nous devons, d'une part, expliquer aux masses le caractère réactionnaire de l'idée de Renner et de O. Bauer sur ce qu'ils appellent l'«autonomie nationale culturelle» et, d'autre part, revendiquer la libération des nations opprimées, non pas en alignant des phrases vagues et générales, des déclamations vides de sens, non pas en «ajournant» la question jusqu'à l'avènement du socialisme, mais en proposant un programme politique clairement et exactement formulé, qui tienne tout particulièrement compte de l'hypocrisie et de la lâcheté des socialistes des nations oppressives. De même que l'humanité ne peut aboutir à l'abolition des classes qu'en passant par la période de transition de la dictature de la classe opprimée, de même elle ne peut aboutir à la fusion inévitable des nations qu'en passant par la période de transition de la libération complète de toutes les nations opprimées,c'est-à-dire de la liberté pour elles de se séparer»
et plus loin :
« … les socialistes des nations opprimées doivent s'attacher à promouvoir et à réaliser l'unité complète et absolue, y compris sur le plan de l'organisation, des ouvriers de la nation opprimée avec ceux de la nation oppressive. Sans cela, il est impossible de sauvegarder une politique indépendante du prolétariat et sa solidarité de classe avec le prolétariat des autres pays, devant les manoeuvres de toutes sortes, les trahisons et les tripotages de la bourgeoisie.».
Les mouvements de libération nationale tentent-ils de procéder à cette alliance nécessaire avec la classe ouvrière de la « nation oppressive » telle qu’ils la considèrent ? Dans le cas français qui nous intéresse aujourd’hui, cela est probable que non. Les mln se soucient peu des conditions de travail des « autres français », de la situation de la classe laborieuse sur l’ensemble du territoire dont ils critiquent les frontières. Il n’existe pas de politique de solidarité entre ces mln et d’autres organisations MLM françaises, si ce n’est parfois une caution des dernières pour les premières. On voit même apparaître des syndicats de défense propre à une « nation » : Syndicat des travailleurs corses, syndicat breton de l’enseignement. Bien entendu, il n’y a pas de critères « éthnique » derrière ces enseignes, un « non-national » exerçant son activité au sein de la « nation » concerné peut se syndiquer dans ses organisations, mais de fait, ces syndicats se coupent de la volonté de s’unir aux autres membres de la classe laborieuse, fusse-t-elle d’une « autre nation ».
Staline dans la question nationaleémet cet avertissement :
«le mouvement national ou bien prend un caractère de masse, en gagnant toujours du terrain (Irlande, Galicie), ou bien il se transforme en une suite de petites échauffourées et dégénère en scandale et « lutte » pour les enseignes de boutiques (certaines petites villes de Bohême).».
Les mouvements bretons, corses et basques sont-ils le fruit d’un mouvement de masse ? Nous en doutons. S’agit-il d’une lutte pour des « enseignes », cela serait peut-être exagéré que de l’affirmer, il y a un malaise bien réel.
Toujours plus en avant dans son texte Staline souligne :
« Les restrictions à la liberté de déplacement, la privation des droits électoraux, les entraves à l'usage de la langue, la réduction du nombre des écoles et autres mesures répressives atteignent les ouvriers autant que la bourgeoisie, sinon davantage. Une telle situation ne peut que freiner le libre développement des forces spirituelles du prolétariat des nations assujetties ».
Le breton est-il entravé dans sa liberté de déplacement, voit-il ses écoles réduites à néant, voit-il sa liberté contrainte, ne peut-il parler Breton, écrire breton ? Même le Manuel d’Economie populaire du PCMLM est forcé de reconnaître en ce qui concerne la nation bretonne :
« Ont lieu ainsi en 1966 les premières actions illégales du Front de Libération de la Bretagne, devenu en 1968 le FLB-ARB (Armée Républicaine Bretonne). Est crée en 1974 le Front Socialiste Autogestionnaire Breton, en 1982 Emgann (" Combat "). Pourtant aucun groupe ne réussit à avoir une ligne révolutionnaire correcte, toutes les organisations dépendant au mieux de la gauche de la bourgeoisie nationale. La ligne révolutionnaire s'oppose à une Bretagne " régionale " favorisée par l'Union Européenne ou le fédéralisme etc., elle rejette ces illusions de la gauche de la bourgeoisie nationale, comme elle rejette la droite de la bourgeoisie nationale, qui prône une unité " celtique " et défend une culture fondée sur la période pré-nationale de la Bretagne géographique. L'existence de la nation bretonne ne peut exister qu'en tant que mouvement de libération nationale, sous la direction de la classe ouvrière, alliée à la paysannerie et la petite-bourgeoisie, et éventuellement une partie de la gauche de la bourgeoisie nationale. La bourgeoisie nationale est incapable d'assumer la nation : la droite de la bourgeoisie nationale est obligée de chercher dans le passé (les " celtes "), tandis que la gauche de la bourgeoisie nationale est obligé de chercher dans le futur (une " région " reconnue au sein de l'Union Européenne, une fédération européenne, etc.).Une tâche des communistes de France est de soutenir la lutte de la nation bretonne pour sa reconnaissance et son droit à l'autodétermination. »
En revanche, l’algérien depuis 1870 et jusqu’en 1962 ne pouvait se déplacer librement notamment pendant la guerre, il faisait partie d’un collège électoral l’empêchant par un système censitaire d’élire ses représentants, la bourgeoisie nationale allant même jusqu’à utiliser des codes couleurs spécifiques pour ce collège électoral où les « mauvais » bulletins de vote portaient la couleur du malheur dans la tradition musulmane , l’essentiel des algériens de l’époque étant illettré, ce système fonctionnait à merveille. Nous étions en plein système colonial, où l’impérialisme français devait trouver des débouchés économies pour développer sa croissance.
Bien entendu au lendemain d’une révolution prolétarienne, il nous faudrait nous poser la question de la reconnaissance du droit à l’autodétermination, si toutefois la classe laborieuse bretonne (ou autre) s’inscrit à cette tendance.
De même nous demandons, le Corse est-il entravé dans ses déplacements ? N’existe-il pas une certaine autonomie fusse-t-elle démocratique et bourgeoise ? Aujourd’hui, au sein de la démocratie bourgeoise, les peuples « opprimés » ne peuvent-ils choisir librement des représentants ? Si, et ils en élisent d’ailleurs.
Déjà la question corse est plus ardue du fait d’une situation géographique déterminée. Il s’agit d’une île dont la bourgeoisie raffole. Elle édicte des règles d’urbanisme qu’elle ne respecte pas pour obtenir elle-même une villa au bord du littoral.
Là encore relisons le Manuel d’Economie Populaire du même PCMLM :
« Le terme de " FLNC " ne consiste qu'en la branche armée, la branche politique du mouvement corse prenant diverses formes, le plus souvent celle de parti se présentant aux élections. C'est une différence majeure avec les mouvements de libération nationale ayant existé et suivant le schéma expliqué par Mao : le Parti dirige l'armée et organise le front. Il s'ensuit une ligne militariste très claire, tombant naturellement dans le réformisme armé.Représentant qui plus est au mieux la bourgeoisie de gauche, la ligne politique oscille entre l'affirmation de la nécessité de l'indépendance et l'autonomie. Le pragmatisme est le maître mot, ce qui fait que l'Etat français, par diverses retouches, a réussi à contenter le " centre " du mouvement et bloquer l'émergence d'une ligne de masse indépendantiste. De fait, la Corse est un pays de type semi-féodal semi-colonial. Son existence en tant que nation est niée, son développement économique est bloqué, ses structures bourgeoises bureaucratiques maintenues à bout de bras par la France, ainsi que ses structures féodales. Le chauvinisme anti-corse est très largement diffusé parmi les masses en France, et la tâche internationaliste des communistes est de combattre ce chauvinisme sans jamais transiger dans le soutien à la lutte de libération nationale du peuple corse. Le droit à l'autodétermination de la nation corse est un objectif essentiel des communistes de France. »
Là encore, les corses sont-ils enclins, notamment la classe ouvrière à rompre avec la démocratie bourgeoise. Les demandes d’indépendance de la Corse sont d’ailleurs de plus en plus rares dans les mln corses. On fait place à une autonomisation de cette région, on souhaite avoir de nouveaux droits, on ne souhaite guère édifier un système socialiste.
La problématique basque est dès plus singulière et peut se schématiser grossièrement dans cette équation : 4+3=1. Les 4 parties du Sud (espagnoles) du pays basque et les 3 départements français « du nord » où se trouve le peuple basque doivent former un seul et même Etat.
Il semble ici y avoir une véritable volonté populaire de rompre avec les deux états qui se partagent « le gâteau ». En ce qui concerne le volet français « le nord » du pays Basque, le Manuel d’économie populaireindique :
« Etant donné qu'au Sud, le régime de " l'autonomie " est un cadeau fait à La bourgeoisie compradore basque vendue aux Espagnols pour qu'elle participe elle-même à l'exploitation des masses populaires (avec notamment la " police basque "), et qu'au Nord la bourgeoisie ne veut même pas entendre parler d'une modification départementale, les patriotes basques ne peuvent que devoir reconsidérer le néant de valeur de l'autonomie de type fueros et assumer intégralement les principes communistes de la Libération Nationale.La tâche des communistes de France est de soutenir la nation basque dans son juste combat pour le droit à l'autodétermination».
Certains s’accommodent de l’autonomie régionale donnée par l’Espagne, d’autres sont sur des revendications du réformisme armée comme ETA. Le Manuel souligne aussi que le peuple basque à droit à l’autodétermination.
Nous avons donc envisager les nations bretonnes, corses et basques. A chaque fois, il est à retenir que les mln présents sont loin d’être satisfaisants en terme de lutte de classe, soit ils en nient l’importance, soit ils en diminuent l’impact. Ce qui semble prédominer, c’est la lutte des « races » plus que la lutte des « classes ».On ne voit pas les classes ouvrières et laborieuses de ces trois nations se battre pour leur autodétermination, tout en tendant la main aux classes laborieuses dites « françaises ». En fait ce qui prédomine ici, c’est le nationalisme petits-bourgeois, le corporatisme et le chauvinisme. Par ailleurs, dans aucun des cas évoqués, violence n’est faite complètement par l’Etat français à l’expression des particularités régionales, en tout cas la bourgeoisie nationale ne poursuit guère plus le breton, le basque, le corse dans ses agissements quotidiens que le picard, le normand, le chtimi, sauf bien entendu en cas de lutte armée, mais guère plus alors qu’un chtimi qui prendrait les armes pour libérer Lille !
Bien entendu dans les trois cas sus-mentionnés la définition canonique de la nation donnée par Staline s’applique : « la nation est une communauté humaine stable, historiquement constituée ».Nous avons à l’origine affaire à des nations, mais il ne faut oublier que ces nations ont été intégrées de longue date à la nation française.
Quel intérêt pour le marxiste de savoir ces micros-nations intégrées à une « macro-nation » comme la France ? Tout simplement parce que le rapport de force des classes laborieuse est bien plus important au niveau d’un grand Etat, possédant une culture commune, qu’au sein de petits Etats possédant chacun leurs langues.La France, par assimilation parfois violente il est vrai a réussi à structurer une nation. En 1789, la bourgeoisie, dont l’avant-garde s'organisa en partis, a mené contre les féodaux, favorables au cloisonnement, une lutte de classe qui tendait à renverser les barrières douanières intérieures au pays, à établir le libre échange entre les diverses régions du pays, à unifier le territoire national, à l'élargir. Ses partis, ses théoriciens élaborèrent à cette fin une idéologie réclamant « l'unité de la nation », plaçant «la nation au-dessus du roi », exaltant « l'amour de la patrie ». En France, la révolution bourgeoise fut ainsi conduite, contre les rapports féodaux de production, au cri de « Vive la Nation ». Comme le régime féodal était devenu insupportable à l'immense majorité du peuple — paysans, petite bourgeoisie artisanale, intellectuels, etc., la bourgeoisie, mobilisant toutes ces forces et les dirigeant,isola et battit la féodalité. Dès lors, elle put étendre sans entrave les formes de la propriété bourgeoise (à la terre, par exemple) et donner à l'économie bourgeoise une impulsion grandiose (production et commerce).
A cette époque, la bourgeoisie révolutionnaire française incarnait, contre les féodaux réactionnaires, les intérêts de la majorité de la nation. C'est pourquoi elle fut patriote,face à la trahison des féodaux qui, dans l'espoir de retrouver la suprématie perdue, déclaraient la guerre à la nation (émigrés de Coblence; complot fomenté contre le peuple français par Louis XVI et Marie-Antoinette, en alliance avec les grands féodaux d'Europe).
Mais — et c'est là l'essentiel — il ne faut pas perdre de vue que la lutte nationale de la bourgeoisie toujours eu des raisons de classe. Or la classe bourgeoise est nécessairement une classe exploiteuse. Il en résulte que, si la bourgeoisie révolutionnaire a pu incarner l'ensemble des intérêts de la nation, le patriotisme de la bourgeoisie ne pouvait être qu'un aspect momentané de sa lutte. L'aspect principal et durable de la lutte nationale menée par la bourgeoisie, c'est le nationalisme.Cet aspect a pris de plus en plus d'importance à mesure que grandissait, face à la bourgeoisie exploiteuse, la classe exploitée, antagoniste, le prolétariat. Le nationalisme bourgeoisest conforme aux intérêts de la classe bourgeoise. Il considère et proclame comme négligeables les différences de classes à l'intérieur de la nation. Il préconise « l'union sacrée », c'est-à-dire, en fait, la subordination des intérêts de toutes les classes aux intérêts de la classe dominante, la bourgeoisie. Il vise ainsi à détacher le prolétariat de sa lutterévolutionnaire contre la bourgeoisie et c'est pourquoi le prolétariat ne peut se libérer de l'oppression de classe s'il ne combat pas le nationalisme, s'il laisse l'idéologie nationaliste gangrener ses rangs. Car c'est ainsi : pour éterniser sa domination, la bourgeoisie impose à toute la nation son idéologie; quand il faudrait dire « intérêt bourgeois », elle dit « intérêt national ».
La bourgeoisie a donc structurée la nation française, mais là n’est finalement pas le souci comme le dit Staline :
« … les ouvriers sont intéressés à la fusion complète de tous leurs camarades en une seule armée internationale, à leur prompte et définitive libération de la servitude morale à l'égard de la bourgeoisie, au total et libre développement des forces morales de leurs compagnons, à quelque nation qu'ils appartiennent».
Or il semble sur ce point évident qu’il est bien plus commode de rassembler des nations déjà fortes de leurs histoires communes au sein du mouvement international, que des nations qui se retranchent sur elles-mêmes.
« C'est pour cela précisément que le prolétariat conscient ne peut se ranger sous le drapeau national de la bourgeoisie ».
et le drapeau national de la bourgeoisie est aussi celui des nations bretonnes, basques et corses.
« La nation a le droit d'établir son autonomie, elle a le droit même de se séparer. Mais cela ne veut pas encore dire qu'elle doive le faire quelles que soient les conditions; que l'autonomie ou la séparation seront toujours et partout avantageuses à la nation, c'est-à-dire à sa majorité, c'est-à-dire aux couches travailleuses ».
C’est ici aussi un point important. Serait-il profitable aux ouvriers bretons de voir « leur pays » s’autonomiser ? De même pour la classe laborieuse basque et corse. Si la bourgeoise nationale a desservi le territoire métropolitain, de sorte que Paris en soit le centre névralgique, il n’en demeure pas moins que le territoire national comporte nombre d’usines de production, d’industries, de cultures agricoles pouvant servir la classe ouvrière toute entière. Or, en cas de révolution prolétarienne et de scission, il semblerait bien plus complexe de permettre, cette répartition territoriale. De plus, ce qu’il manque à l’ensemble de ces nations, c’est un marché national propre.
Staline d’affirmer encore dans son texte :
« On peut affirmer avec certitude que plus le pays est démocratique, moins il y a d'« attentats » à la « liberté des nationalités », et plus il y a de garanties contre les «attentats» ».
et de souligner pour le cas français par rapport à des minorités nationales (malgré la colonisation importante et inique de cette époque, notamment de l’Afrique du nord, nous sommes en 1913 !) :
« En France, assurément, il y a encore plus de «garanties », parce que la France est plus démocratique
que l'Allemagne ».
car Staline voit bien les risques d’une autodétermination nationale sur un petit territoire déterminé :
« On comprend, par conséquent, fort bien les « discours ardents » des orateurs à la VIIIe conférence du
Bund[1], demandant des « hôpitaux juifs », cette revendication étant motivée par ceci que « le malade se sent mieux parmi les siens », que « l'ouvrier juif ne se sentira pas à l'aise parmi les ouvriers polonais, qu'il se sentira bien parmi les boutiquiers juifs ».
C’est vers ce genre de dérives nationalistes, social-chauvines que risque de nous mener les mln au sein d’un territoire historiquement cohérent, bien qu’issu de l’assimilation à la fin du féodalisme des peuplades différentes, (gaulois, celtes, latins…). Ainsi si demain le peuple basque s’autodétermine, n’y a-t-il pas un risque de voir des bourgeois nationalistes tenter de contrecarrer la révolution prolétarienne et mettre Euskadi en proie au chauvinisme pur et simple ? Et de toute façon, le pays basque (ou toutes autres micro-nations) possède-t-il toutes les structures éducatives, sociales, hospitalières nécessaires à son auto-détermination adéquate au profit de la classe laborieuse?
« Il faut en dire autant du droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Les nations ont le droit de s'établir à leur guise ; elles ont le droit de garder n'importe laquelle de leurs institutions nationales, qu'elle soit nuisible ou utile, personne ne peut (n'en a le droit !) intervenir de force dans la vie des nations. Mais cela ne signifie pas encore que la social-démocratie[2]ne luttera pas, ne fera pas de l'agitation contre les institutions nuisibles des nations, contre les revendications irrationnelles des nations. Au contraire, la social-démocratie a le devoir de faire cette agitation et d'influer sur la volonté des nations de telle sorte que ces dernières s'organisent sous la forme la plus appropriée aux intérêts du prolétariat ».
L’autonomie ou l’indépendance est une chose mais confier les rênes du pouvoir à un mouvement national révolutionnaire chauvin en est une autre. Il faut que toute libération puisse se faire dans l’intérêt du prolétariat et non de la classe exploiteuse qui elle-même peut avoir des velléités à quitter un état national, ne serait-ce que pour développer à ses fins le commerce et l’industrie.
Staline nous le rappelle, la plupart du temps :
« Ainsi l'autonomie nationale ne résout pas la question. Où donc est l'issue ? La seule solution juste, c'est l'autonomie régionale ».
[1] Mouvement austro-hongrois adepte d’une « troisième voie » au sein de la social-démocratie (sens contemporain) qui demandait notamment la possibilité d’une autonomie « nationale » notamment des juifs au sin d’un état et que Staline critique tout au long de sa Question Nationale. Ouvrage majeur du mouvement : Otto Bauer : Die Sozialdemokratie und die Nationalitätenfrage (La social-démocratie et la question nationale)
[2] Social-démocratie signifie dans ce texte de Staline le « mouvement communiste bolchévique».
Samedi 1er Octobre, à Rennes, devait se tenir une conférence avec Alain Soral et
Hassan Iquioussen.
Elle a finalement été annulée par Egalité et Réconciliation Bretagne, qui prétexte des pressions des « antifascistes », mais aussi des « autorités » sur la « communauté musulmane.
La mouvance fasciste avait dans un premier temps donné une grande importance à cette conférence, annoncée sur de nombreux sites et forums comme un des temps forts de la rentrée de l'extrême droite, sur le thème de l'alliance entre les « jeunes musulmans » et les « patriotes ». Cependant, nulle part dans les publicités pour la conférence, ne figurait la moindre indication sur la pensée ou les positions précises d'Hassan Iquioussen.
Le fasciste français ne se refait pas : pour lui, un Arabe est un Arabe, interchangeable, qu'il s'agisse de le tuer ou de l'utiliser, il n'existe pas en tant qu'individu, en tant que locuteur, il ne peut être là que pour incarner une communauté figée.
Du côté antifasciste, deux réactions ont émergé : d'un côté le collectif antifasciste rennais, tout en réalisant un excellent tract contre Alain Soral a tout simplement ignoré son co-conférencier. Seuls les animateurs de Conspiracy Watch et le NPA ont parlé d'Iquioussen , mais uniquement pour pointer ses théories antisémites, développées dans un prêche de 2003 sur lequel nous reviendrons.
Silence partagé de tous côtés, en ce mois de septembre 2011, où pourtant l'islam en France est au cœur de toutes les discussions. Mais seulement par le prisme de certains phénomènes, le voile intégral ou les prières de rue, seulement par le biais de personnages mis en avant par les médias, Tarik Ramadan ou Kenza Drider , le prédicateur télévisuel ou la candidate en burka.
Hassan Iquioussen n'est pas médiatique, c'est un homme de terrain, dont l'activité est toute entière tournée vers la création de réseaux concrets.
Hassan Iquioussen n'est pas l'homme des colloques et des plateaux télé, mais celui des prêches dans les petites mosquées partout en France. Pourtant ses vidéos sont vues autant que celles de Ramadan, mais pas forcément par le même public.
En 2003, lorsque qu'Iquoioussen a émergé brièvement dans l'espace médiatique pour avoir tenu des propos antisémites lors d'un prêche sur la Palestine, il a été présenté comme un intégriste, comme un « imam des banlieues ».
Pourtant, Iquioussen est vilipendé par ceux là même qui incarnent l' « intégrisme » dans les médias, en l'occurrence les courants salafistes qui prêchent un retour aux fondamentaux de l'islam et condamnent totalement la vie dans le monde moderne.
Iquioussen a une toute autre approche, jamais dans ses prêches n'est évoquée la destruction de l'Occident, toute son approche est celle de la vie dans le monde tel qu'il est.
Iquioussen parle de la mal bouffe et déclare adorer José Bové, et détester la souffrance animale. Iquioussen a des avis aussi bien sur l'islam et l'usage des réseaux sociaux que sur l'islam et les rapports garçon/fille avant le mariage.
Dans ses prêches et conférences, on ne parle pas tellement de guerre sainte, pas tellement de la vie après la mort : il s'agit plutôt de l'attitude que le musulman doit tenir à la cantine de l'école, au conseil municipal, dans le secret de l'isoloir , au supermarché. Et sur toutes ces questions, Hassan Iquioussen semble incarner cette image du musulman « modéré » qui est défendue par tous les politiques comme le modèle à adopter : les deux mots les plus employés par Iquioussen sont « citoyen » et « consommateur ». Iquioussen a suscité la colère des salafistes pour avoir déclaré qu'une femme peut retirer son voile si c'est nécessaire pour qu'elle garde son emploi, et au détour d'une de ses conférences, l'on apprend même que « l'islam interdit de frauder dans le métro ».
Lorsqu'on a du militant de l'islam politique, la vision raciste colportée par les médias, celle d'une brute moyen âgeuse, vivant visiblement en retrait du monde « moderne », dans l'illégalisme permanent car ne reconnaissant que la loi de Dieu, on ne peut qu'être déconcerté par Hassan Iquioussen, qui déclare se battre pour la tolérance la plus absolue, pour que « musulmans » et « non musulmans » vivent côte à côte dans le respect des lois de la République.
Si l'on est persuadé que le racisme s'exprime seulement par la violence envers les membres des minorités, on reste aussi totalement abasourdi par le discours d'Alain Soral et par cette conférence qui viserait à éviter le choc entre la « France » et les « banlieues ».
La contradiction apparente avait été la même lors de la précédente conférence d'Egalité et Réconciliation à Rennes, où l'invité principal Laurent James était là pour affirmer son admiration pour l'islam et son choix de l'Orient plutôt que de l'Occident. Après les agressions physiques graves perpétrées contre des militants antifascistes lors de cette réunion, Egalité et Réconciliation n'ont cessé de mettre en avant les origines immigrées du tenancier du bar Le Fleurte, et fait l'éloge de l' « honnête commerçant » confronté à la « racaille gauchiste » qui passe sont temps à foutre le bordel à Rennes et à emmerder les « honnêtes citoyens ».
Peut-être faut-il partir de ces deux points communs entre Soral et Iquioussen pour comprendre leur alliance et leur objectif : les deux hommes aiment énormément les commerçants
et spécialement les bouchers charcutiers, et détestent les « racailles », qu'elles s'incarnent dans leurs discours par le gauchiste aux cheveux sales ou par le mauvais musulman qui
« fraude le métro ».
Soral , comme tous les fascistes français, fait une grosse fixette sur le saucisson de très bonne qualité et la viande de porc bien cuisinée est selon lui un attribut incontournable de la culture « gauloise » .
De son côté Iquioussen peut parler une heure trente du « vrai hallal », qui a « forcément un prix », et de l'importance « de son boucher de quartier à qui il faut faire confiance ».
Soral dans l'un de ses derniers livres , se livre à des charges extrêmement violentes contre les chômeurs, ces parasites du bas, pour lui comparables aux « parasites du haut », en l'occurrence l' « oligarchie sioniste ».
Iquioussen, dans un de ses prêches les plus diffusés sur Internet concernant la jeunesse adapte de manière islamique la division sarkozyste entre la France qui se lève tôt et l'autre, celle des mauvais musulmans qui regardent « des sites inutiles sur Internet « et manquent la prière du matin. Dans ce même prêche, il place le fait de gagner de l'argent au premier rang des obligations du musulman et finit sur cette conclusion édifiante :
« Le musulman riche et reconnaissant est meilleur que le musulman pauvre car le riche va être utile pour lui-même et utile pour les autres » .
Iquioussen, comme Soral , bien qu'ayant une image de « rebelles » colportent donc tous deux cette apologie du bon citoyen, bon « français » ou bon « musulman » : un mec qui fait de l'argent et ne se rabaisse pas en mangeant de la merde.
Et dans leur discours sur les chômeurs ou les jeunes qui ne font pas l'effort de se lever tôt, on ne trouve rien d'autre que la bonne vieille antienne capitaliste : chacun sa chance d'accéder à la « réussite » sociale , et la misère comme la précarité sont avant tout de la faute des pauvres qui ne se bougent pas assez individuellement.
Pourtant les deux semblent bien dénoncer une oppression sociale lorsqu'ils évoquent l' « oligarchie », et dénoncent nos gouvernants actuels, l'un pour l'injustice dont seraient frappés les « travailleurs français » , l'autre pour la « stigmatisation » qui frappe les musulmans.
C'est toute leur force respective , d'ailleurs , partir de la réalité d'un quotidien difficile , avoir compris qu'il faut s'appuyer sur la souffrance des prolétaires pour mieux les opprimer et leur offrir sur un plateau un ennemi à détester.
Cet ennemi, c'est le sioniste chez Soral, force corruptrice qui manipule tout mais telle le Diable qui possède qui il veut, n'est jamais vraiment saisissable. Chez Iquioussen, c'est aussi le « Juif », peuple damné dès l'origine, et qui pervertit tout ce qu'il touche .
Mais chez les deux hommes, parce que le mal est perversion de l'ordre existant, l'ordre en lui même n'est finalement pas critiquable et doit être respecté et les structures quotidiennes de l'oppression capitaliste ne doivent jamais être remises en cause concrètement.
Le « musulman » comme le « patriote » français doivent certes avoir la haine contre les « sionistes » contre les « banques », mais certainement pas contre leur patron, contre le salariat, contre la manière dont est organisée la représentation nationale, contre le principe de l'économie de marché. On doit respecter son patron, son boucher, et aller voter.
Simplement il faut choisir le bon patron, le bon boucher, le bon politicien, le bon conférencier.
Derrière la dénonciation du « système », il y a chez les deux hommes le soutien le plus absolu à l'ordre capitaliste, et la dénonciation des « classes dangereuses », c'est à dire celles qui contestent la place qui leur est assignée dans cet ordre.
C'est pourquoi Iquioussen a un discours très particulier sur l'histoire de l'immigration et de ses luttes.
Il y a plusieurs mots qui sont totalement absents du discours d'Hassan Iquioussen : « immigration », « racisme », « exploitation », « arabe » , « noir ».
Ils sont systématiquement remplacés par « français musulman », « islamophobie », « injustice ».
Hassan Iquioussen évoque très souvent les années 50 et 60, comme celles ou nos « anciens » sont arrivés en France.
Mais le fils de mineurs du Nord Pas de Calais ne parle pas de l'horreur des conditions de vie de l'époque pour les immigrés, le fils de l'immigration maghrébine n'évoque jamais la décolonisation ou la guerre d'Algérie : dans tous ses prêches, ce qui revient, c'est toujours la même description : les années 50 et 60 étaient celles où « nos anciens » vivaient « sans aller à la mosquée » et « sans respecter les devoirs de l'Islam ».
Interrogé sur le Tabligh, un mouvement islamique né en Inde et qui accorde une extrême importance à la pratique et aux rituels quotidiens, Iquioussen, dans un prêche leur rend un grand hommage : selon lui, ils sont venus évangéliser les mécréants paumés qu'étaient devenus nos parents et grands parents en les rappelant à leurs devoirs, notamment celui des cinq prières quotidiennes.
On peut comprendre l'arrogance de l'adolescent vis à vis de la génération précédente.
Mais Hassan Iquioussen a 45 ans, et lorsqu'il décrit les générations immigrées précédentes comme des acculturés totalement perdus dans un pays qui n'était pas le leur, il sait parfaitement ce qu'il fait : détruire la mémoire des luttes de l'immigration, nier l'apport du prolétariat immigré aux combats de classe de ce pays.
De la fédération Française du FLN, la plus importante en nombre, la plus revendicative et la plus universaliste jusqu'à ce qu'elle soit reprise en main dans le sang par les nationalistes religieux de droite dont Iquioussen est l'héritier, aux grandes grèves pour le droit de prier ET aussi de parler sur les chaînes de montage de Talbot, Iquouissen fait abstraction méprisante.
Les luttes de sans-papiers, la longue listes des militant(es) issues de l'immigration, syndicalistes combatifs et autonomes ou féministes anti-racistes ? Iquioussen crache dessus par son silence et ses considérations sur l'état de « perdition » de générations entières « intégrées par le jambon ».
Notre « imam de banlieue » n'est pas plus honnête avec les luttes internationales : dans son prêche resté célèbre sur la Palestine, Iquioussen ne se contente pas de délirer sur la vilenie des Juifs, il ose aussi comparer Arafat au maréchal Pétain, tout en glorifiant le Hamas.
Soral et Iquioussen ont donc la même haine pour tout ce qui socialement, s'oppose concrètement à l'oppression, sur la base d'une alliance objective entre des gens qui subissent la même chose au quotidien, et décident de construire ensemble une résistance concrète, malgré leurs différences culturelles .
L'immigration a toujours été un problème pour tous les fascistes , pour tous les réactionnaires, pas seulement ceux du pays d'arrivée des migrants, mais aussi ceux des pays de départ. Elle ne l'est pas pour les raisons qu'ils invoquent officiellement : mais parce qu'elle crée objectivement les conditions de la rencontre entre les prolétaires, et de cette rencontre, naît la possibilité au quotidien pour chaque prolétariat national, de relativiser le poids de la culture de soumission qui lui est inculquée par sa bourgeoisie, par le biais de la religion ou de la politique classique.
Le métissage a toujours lieu, malgré le racisme : en France, malgré la politique discriminatoire d'Etat, malgré l'intense propagande déployée depuis toujours pour séparer les
prolétaires entre eux, l'unité du prolétariat s'exprime aussi bien dans la vie quotidienne , que dans des luttes de classe où l'origine, la religion, et la culture personnelle de chacun ne sont
plus un obstacle à la solidarité.
Cette unité mondiale du prolétariat s'exprime aussi au travers de ce qu'apporte l'immigré à son prolétariat d'origine : les luttes anti-colonialistes pour la liberté et l'égalité sont toutes faites de l'apport de ces immigrés qui ont pris conscience de la possibilité de faire vivre cette égalité lorsqu'ils sont venus dans les métropoles colonisatrices, lorsqu'ils y ont découvert notamment d'autres combats pour l'égalité, ceux des prolétaires de ces métropoles.
C'est ce métissage de combat que vise l' « l'intégration par le jambon » raillée par Iquioussen, quand le fasciste, lui va railler la « dhimmi attitude » de ces prolétaires français qui apprennent des luttes de l'immigration en France.
Le communisme, et toutes les idéologies progressistes ont d'ailleurs souvent été désignées par les mouvements religieux ou communautaristes, comme une « colonisation de gauche », comme une « importation étrangère ». Pendant la guerre d'Algérie, alors que les militants de gauche algériens étaient traqués par la droite des mouvements indépendantistes, on leur reprochait déjà d'être des « buveurs d'anisette », et aussi des « colonisés du cerveau », parce qu'ils contestaient l'approche purement identitaire de la libération nationale.
C'est donc bien la conscience de classe qui est l'ennemi, aussi bien pour Alain Soral que pour Iquioussen. Et cette conférence commune, même annulée, est dans son titre et dans son projet, l'annonce d'une alliance entre fascistes et militants de l'islam politique qui ne va cesser de prendre de l'ampleur dans les prochaines années.
Eviter l'affrontement entre « La France » et « La Banlieue » tel est le projet annoncé, avec le portait de Soral au dessus du mot France, et celui d'Iquioussen au dessus du mot « banlieue ».
La division entre « La France » et la « Banlieue » n'a plus rien d'extraordinaire aujourd'hui. Qu'on les appelle « quartiers défavorisés », « zones sensibles ou de non-droit », ou même à l'extrême-droite « territoires occupés », il y a bien en France, des quartiers qu'on ne définit plus uniquement par des critères objectifs ( taux de pauvreté, lieux de relégation de certaines populations ) par exemple, mais comme une sorte de « nation » à part dont les habitants volontairement s'enfermeraient dans leur propre ghetto, et seraient en fait plus liés à d'autres pays qu'à leurs voisins les « vrais français ».
De fait, la stigmatisation, la mise à l'écart du prolétariat dans ces quartiers ont crée une histoire et des luttes spécifiques.
De fait dans l'histoire récente, la spécificité en a été revendiquée par les habitants eux mêmes, et les générations qui nous ont précédés ont pu être fières d'appartenir aux banlieues rouges ou aux quartiers populaires, d'y avoir crée leurs contre-cultures, leurs révoltes contre la société capitaliste. Mais il ne s'agissait pas de revendiquer la séparation comme identité positive et indépassable, mais de dire que de ces quartiers pouvait émerger des mouvements capables de transformer la société dans son ensemble.
Dans ce cadre , l'histoire des luttes de l'immigration a toujours eu une dimension universaliste, la revendication de l'égalité se faisait au nom du principe de l'égalité entre tous les hommes, et de leurs intérêts communs à une société plus juste.
L'intérêt commun des forces incarnées par Alain Soral et Hassan Iquioussen est totalement antagoniste à cette histoire des banlieues et de l'immigration.
D'un côté comme de l'autre, les deux leaders cherchent à rendre sympathique la séparation la plus absolue entre deux parties du prolétariat, chacune réduite à une identité qui l'éloigne à tout jamais des autres prolétaires tout en l'assujettissant à ses propres leaders auto-proclamés.
Que ce séparatisme soit prôné soi-disant pour éviter la guerre ou au contraire l'encourager n'a aucune importance.
Dans les deux cas, le projet social est le même : un pays divisé entre « français » et « musulmans », et la proscription du métissage culturel, parce que de ce métissage culturel au sein du prolétariat naît souvent la conscience de classe.
Alain Soral prône cette séparation au nom de l'identité française menacée par l'invasion migratoire.
Iquioussen le fait au nom de la tradition musulmane, une et intangible. Tous ses prêches et ses conseils aux musulmans tournent autour de la même injonction : le musulman ne doit pas se retirer du monde, mais n'être en ce monde QUE musulman. Ses rapports avec les autres doivent être fondés non pas sur l'échange mais sur la « tolérance ». Là ou certains verront le mérite du non-prosélytisme, il y a en réalité la construction d'un mur culturel bien plus infranchissable que dans l'attitude qui consiste à vouloir persuader l'autre de ses croyances.
Ainsi Iquioussen ne cesse-t-il dans ses prêches , non pas de préconiser des activités « musulmanes », mais de tout faire dans l'espace d'une « communauté musulmane » : le sport, l'aide aux devoirs des enfants, le bénévolat social, tout après tout peut-être pratiqué dans le cadre d'associations musulmanes. On peut tout à fait avoir des loisirs d'adolescent, rencontres, chat sur les réseaux sociaux, mais il y a un net musulman non ? Bien sûr il faut voter , donner son avis sur les hommes politiques, mais Iquioussen réfute par exemple le choix entre droite et gauche, il s'agit simplement de voir ce que tel ou tel candidat propose pour les « musulmans ».
Ainsi se dessine un espace à la fois physique et culturel particulier, exact pendant du communautarisme gaulois prêché par Soral . Chacun sa vie, chacun son boucher-charcutier ,
chacun son lieu de vie, la « banlieue » ou « la France », chacun ses intérêts propre.
Et dans ces deux espaces, une communauté pacifiée ou le bourgeois est valorisé, et le chômeur méprisé, ou les salariés se doivent d'admirer le patron qui a réussi.
Bien sûr ces « communautés » sont amenées à se croiser dans l'entreprise, dans l'isoloir, dans la rue. Mais dans toutes ces rencontres, chacun doit garder intangible son « identité ».
Iquioussen, comme Soral est bien conscient de la difficulté de faire entrer cette logique séparatiste dans la tête des prolétaires.
En effet, de plus en plus, la conscience d'un destin commun lié à l'appartenance à une classe unique émerge en chacun d'entre nous. Nos spécificités culinaires, nos interdits alimentaires , pour prendre cet exemple si important pour les séparatistes sont bien peu de choses devant le problème commun que nous rencontrons en faisant les courses : l'impossibilité financière de se nourrir correctement.
Le fossé entre nous et ceux qui peuvent choisir une alimentation saine et équilibrée , mais aussi leurs loisirs ou leur lieu de vacances est évidemment bien plus grand que celui qui nous sépare du voisin qui mange du porc , quand nous mangeons de la dinde.
Les leaders comme Iquioussen ou Soral sont bien obligés de tenir compte de ces intérêts et de ces colères communes, raison pour laquelle ils sont contraints de recourir à la désignation d'un responsable pour détourner la colère et la rendre inoffensive.
Les deux professent donc à la fois un antisémitisme échevelé et un anti-américanisme chauvin.
L'antisémitisme a la fonction classique de bouc émissaire en lieu et place de la bourgeoisie.
L'antiaméricanisme, lui remplit une fonction supplémentaire, en plus de faire croire qu'il existe un bon et un mauvais capitalisme : l' « américanisation » chez Soral comme chez Iquioussen désigne en fait l'antithèse de la Tradition, grande référence des deux hommes. Tout ce qui va dans le sens du métissage culturel, de l'intérêt pour l'autre, de l'universalisme est désigné comme une perversion : le hamburger n'est pas seulement décrié comme une mal-bouffe, mais aussi et surtout comme une recette de cuisine universelle qui détourne le « français de souche « comme le « musulman » de SA cuisine, de sa « tradition culinaire » spécifique.
De même le rap, dénoncé comme d'origine américaine insupporte les identitaires de tous bords, parce qu'il est à la croisée de beaucoup de courants culturels prolétaires, de plusieurs continents et n'appartient à aucun « peuple », constitué ou fantasmé.
Evidemment, la question qui reste posée après ces développements sur la pensée et la pratique d'Iquioussen est celle de son alliance spécifique avec le fascisme français organisé.
L'équation islam politique= ralliement au fascisme n'est pas une évidence en soi, indépendamment des conditions historiques objectives dans un pays donné, et la poser telle
quelle est forcément une vision raciste de l'islam : les religieux, même lorsqu'ils estiment que la religion ne doit pas être cantonnée dans la sphère privée, mais trouver sa place dans
l'espace public peuvent très bien se rallier à la démocratie, voire à la social-démocratie ou à l'extrême gauche. C'est une chose qui est naturellement admise pour le christianisme en France, et
il n'y aucune raison autre que raciste pour l'admettre aussi en ce qui concerne l'islam politique.
De fait, le parcours d'Hassan Iquioussen et celui de son mouvement, les Frères Musulmans et l'UOIF l'a d'abord rapproché de la gauche et de l'extrême-gauche. La reprise de concepts comme l' « intégration par le jambon » développés par les Indigènes de la République, ou celui de la mal-bouffe témoignent de cet itinéraire.
Iquioussen comme Tarik Ramadan ont fait partie des intervenants très réguliers des conférences organisées par l'association roubaisienne Rencontres et Dialogues fondée par un membre des Verts.
Ni l'UOIF, ni Ramadan ou Iquioussen n'ont été ostracisés ou exclus de la sphère d'extrême gauche : bien au contraire, la sympathie envers l'islam politique en est toujours une composante importante en France, ou beaucoup de groupes espèrent toujours que ses mouvements, dans le cadre de luttes communes pour la Palestine ou contre l'islamophobie évolueront vers un anticapitalisme plus affirmé.
L'extrême-gauche peut toujours attendre, car les militants comme Tarik Ramadan et Hassan Iquioussen ont très bien pris la mesure de ce qui vient de se produire en Tunisie et en Egypte et gagne progressivement d'autres pays.
Là bas, les prolétaires ont mené massivement des tentatives révolutionnaires dont le discours et la pratique visait concrètement le capitalisme, tentatives à la fois économiques et politiques, marquées par un universalisme inter-religieux et inter-culturel.
Dans ces deux pays, les grèves massives qui d'ailleurs se poursuivent démontrent que les révoltes n'étaient pas seulement contre les dictateurs mais également contre le système économique et l'exploitation salariale. Là bas, les musulmans pauvres ne sont plus de l'avis d'Hassan Iquioussen, et ne pensent plus que le musulman riche est meilleur qu'eux et plus utile à la société.
De même que la révolte de la jeunesse iranienne, les mouvements en cours ont sonné le glas d'un cycle ou l'islam politique était d'emblée perçu comme un mouvement antagoniste et essentiel à la révolte contre la société capitaliste.
Le plus terrible pour les Frères Musulmans est que ce bouleversement n'a même pas spécialement pris la forme d'une opposition ouverte à l'islam , qu'ils auraient pu immédiatement qualifier d' « occidentalisée », mais simplement d'une indifférence profonde à ces mouvements. Les prolétaires en Egypte et en Tunisie n'ont pas viré les militants de l'islam politique , ils ont agi s'en sans préoccuper, sans venir les chercher, sans leur demander leur avis sur la manière de mener leur lutte.
Les mouvements de l'islam politique se sont retrouvés dans une situation inédite : contraints de soutenir des révoltes dont les modalités et le contenu se trouvaient en partie antagonistes à leur conception profondément bourgeoise et réactionnaire de l'ordre social pour garder leur image d'opposants à l'ordre établi.
L'islam politique est incompatible avec la lutte des classes : comme d'autres formes de politisation de la religion, il peut s'accommoder à certaines périodes du capitalisme, de formes paternalistes de prise en compte du « problème de la pauvreté », dans leur version caritative ou dans leur version social-démocrate.
Mais la notion d'antagonisme entre les classes, dès lors qu'elle émerge même de manière partielle dans un mouvement est à l'opposé de sa perspective sociale, celle d'une société fondée sur l'existence indépassable des riches et des pauvres, et de l'exploitation de l'homme par l'homme.
De plus, dès lors que les prolétaires engagés dans les mouvements en cours ne se définissent plus prioritairement en fonction de leur « communauté » ou de leur
« religion », c'est tout l'édifice des organisations de l'islam politique qui tremble. Lorsque la mosquée devient non plus LE lieu prioritaire de socialisation, mais un lieu parmi
d'autres, dès lors que la manifestation du jeudi devient un événement qui fait autant sens que la prière du vendredi, que le camarade rencontré au syndicat est autant un frère que celui qui
partage la même religion que nous, l'influence des leaders religieux s'amenuise inévitablement.
Comment reprendre la main, pas seulement en Egypte ou en Tunisie, mais aussi en France ? Comment se remettre de ce paradoxe terrible?Effectivement une part grandissante des prolétaires d'origine immigrée mais pas seulement retrouve des « racines » dans la culture des pays du Maghreb, ce que souhaitaient les tenants de l'islam politique...mais qu'en même temps la mémoire et le lien qui émergent sont ceux de la révolution sociale qui n'a ni pays, ni patrie, ni religion ?
La réponse ne peut être en France, que le pari de l'alliance avec les fascistes même apologues du colonialisme : imposer ensemble une fausse convergence et un vrai séparatisme entre les prolétaires, l'idée de « La France » d'un côté, de « la banlieue « de l'autre, récupérer la colère de classe en lui désignant un ennemi fantasmé et ce faisant cracher sur la révolution sociale sans en avoir l'air.
Hassan Iquioussen s'allie avec Alain Soral, l'ennemi de la prétendue « repentance », le défenseur de la colonisation, et dans le même temps Tarik Ramadan distille sans arrêt la thèse selon laquelle les révolutions du Maghreb auraient été « manipulées » par l'Occident et ne seraient donc pas si révolutionnaires que cela...
Dans l'avenir les tenants de l'islam politique (et plus globalement tous les leaders religieux souhaitant avoir un rôle politique majeur dans la gestion de la société ) et fascistes ordinaires seront donc ensemble contre toutes les manifestations de révolte populaire , qu'il s'agisse de les détourner à leur profit ou de les attaquer de front, notamment en ciblant tous ceux qui se refusent à se définir selon des identités partielles, tous ceux qui mettent la solidarité concrète entre exploités avant les différences culturelles ou religieuses .
I./ LA SITUATION FRANCAISE ET LE CONCEPT DE NATION
Il nous faut donc définir la nation et la rapporter à notre problématique territoriale française (métropolitaine)[1]. La pensée bourgeoise admet très fortement des liens sociaux de type nationaux. Les idéologues bourgeois définissent la nation comme un ensemble de liens « naturels » bien plus importantes que les classes, qu’ils nient en général. Cette thèse est bien entendu profondément erronée.
Les liens nationaux n’ont pas toujours existé de toute éternité, même si cela nous semble quelque chose de pérenne depuis longtemps. Les nations sont le produit d’une lente évolution historique. En effet, c’est lors du développement du capitalisme qui abolit le morcellement féodal et aboutit à l’émergence d’un marché national que les différentes « peuplades » se transformèrent en nation, par intérêt économique. Comme l’écrira Staline (La question nationale -1913-) :
« La nation n'est pas simplement une catégorie historique, mais une catégorie historique d'une époque déterminée, de l'époque du capitalisme ascendant».
Pour un militant MLM et selon la définition indépassable de Staline (La question nationale-1913-),
« la nation est une communauté humaine stable, historiquement constituée ».
Elle répond à certaines caractéristiques :
1./ La communauté de langue
2./ La communauté de territoire
3./ La communauté de vie économique
4./ La communauté de formation psychique (qui se traduit par une communauté de culture).
La nation n’abolit pas les classes au contraire une nation est pénétrée par une lutte de parties hostiles historiquement, que sont les classes. Il y a bien un antagonisme de classe au sein de la nation, ce n’est pas pour rien par ailleurs que chaque nation essaye autant que possible d’exhaler un chauvinisme (sportif notamment) qui doit transfigurer les rapports de classe pour unir la nation.
De plus, la solidarité de classe déborde de la seule nation. Les capitalistes l’ont compris notamment à l’époque de l’impérialisme, à ses débuts par l’édification de trusts, puis aujourd’hui par un marché mondial, et Madoff en est l’exemple : l’ensemble des pays capitalistes est touché par la félonerie et le cynisme d’un seul individu.
La classe ouvrière et son avant-garde le prolétariat a un intérêt suprême : la jonction des différentes classes ouvrières des nations différentes dans le but de la révolution prolétarienne mondiale. Ramener ce principe à la France revient à dire que la classe ouvrière basque, bretonne, picarde, parisienne, lorraine, aquitaine, bourguignonne… a intérêt de voir la révolution prolétarienne triompher.
« …la nation française [est composée] de Gaulois, Romains Bretons, Germains, etc. Les traits spécifiques de la nation se sont constitués à la longue, dès la période précapitaliste, quand ils étaient encore à l'état embryonnaire et ne présentaient que des possibilités de constituer la nation si les conditions étaient favorables.La possibilité n'est devenue réalité qu'à l'époque du capitalisme ascendant avec son marché national, ses centres économiques et intellectuels. Le capitalisme a mis fin au morcellement féodal, il a stimulé les liens économiques interrégionaux, réuni les marchés locaux en un marché national unique. La communauté de vie économique s'est constituée, elle a engendré la communauté de culture et ainsi de suite. Le fond de ce processus étant le mode de production capitaliste, les liens nationaux créés étaient des liens bourgeois. » (Petit dictionnaire philosophique, 1955)
Dès lors ce n’est pas le drapeau de la « nation opprimée » qui faut lever mais bien celui de tout le prolétariat opprimé au quotidien à savoir le drapeau rouge.
[1] A la vue de la difficulté de la question, nous laissons pour l’instant en instance les luttes nationales des peuples néo-colonisés des DOM.
DRAPEAU ROUGE ET QUESTION NATIONALE
Un débat s’engage souvent entre les tenants français de la science marxiste sur la véracité et le bien-fondé des mouvements de libération nationale (par la suite abrégé en mln), notamment au sein du territoire françaiscomme les mouvements basques, bretons et corses, à titre principal.
Ce débat pourrait se focaliser encore sur d’autres régions sollicitant l’autonomie de manière moins virulente sur la scène politique comme c’est le cas de la Savoie et de l’Alsace ou ce que l’administration bourgeoise nomme les DOM.
La question est de savoir si d’un point de vue matérialiste et dans les cas qui nous préoccupe plus particulièrement (la situation française métropolitaine) les mln n’entravent pas la bonne lisibilité de la nécessaire révolution prolétarienne en se focalisant sur des luttes régionalistes et chauvines petites bourgeoises. Est-il nécessaire de faire passer le fanion corse, basque, breton avant le drapeau rouge que tout mlm doit vouloir voir triompher ?
L’interrogation est délicate, elle force à repenser la problématique du nationalisme au sein du mlm et de mouvements se revendiquant de la science marxiste et ainsi de la cohérence de la révolution prolétarienne sur un territoire nationalement déterminé. Dans des cas litigieux de ce type l’enseignement de Mao est le suivant :
« Mettez les problèmes sur le tapis. C'est ce que doivent faire non seulement le «chef d'escouade», mais aussi les membres du comité. Ne faites pas de critique par derrière. Dès qu'un problème se pose, convoquez une réunion, mettez-le sur le tapis, discutez-le, prenez des décisions, et le problème sera résolu. Si des problèmes existent, mais ne sont pas mis sur le tapis, ils resteront longtemps sans solution, et pourront même traîner des années durant » (Citations, éditions en langue étrangères, Pékin, 1966,p. 121)
Le débat est sérieux, aussi pour ne pas être taxé de quelque qualificatif que cela soit, il sera fait place ici à d’importante citations, parfois longues reprenant le point de vue ml sur cette problématique complexe.
Mao Zedong nous avait prévenu : « L’opposition et la lutte entre conceptions différentes apparaissent constamment au sein du Parti ; c’est le reflet, dans le Parti, des constructions des classes et des contradictions entre le nouveau et l’ancien dans la société. S’il n’y avait pas dans le Parti de contradictions et de lutte idéologiques pour les résoudre, la vie du Parti prendrait fin » (Citations, p. 288).
Dans l’ensemble des citations suivantes, c’est nous qui soulignons.
***
L’équation semble simple au départ sur du papier et les conclusions hâtives affluent : seuls les mln-ml peuvent être soutenus par les mlm. A ce propos Mao Zedong écrit : « Regarder d’un seul côté des choses, c’est penser dans l’absolu, c’est envisager les problèmes métaphysiquement. » (Citations, p. 242) Néanmoins souvent le flou prédomine : les objectifs locaux –dits nationaux- brouillent les données et ne voit-on pas ainsi certains mln-ml faire alliance avec eux autour d’une union sacrée que serait l’émancipation d’un peuple opprimé et rendre ainsi par exemple hommage à un combattant de la cause tombé alors que ce dernier était manifestement engagée dans une lutte politique réactionnaire si ce n’est fasciste.
Lénine nous apprend dans la Maladie Infantile du Communisme, (chap.4) que le compromis est parfois nécessaire. Néanmoins, ce compromis doit servir la lutte politique et l’idéologie du point de vue marxiste. Interrogeons nous donc : est-ce le cas lorsque qu’Emgann, organisation issue plus ou moins du ml, rend hommage à un combattant martyr de la libération du peuple breton, profondément engagé dans une voie réactionnaire ?
N’y a-t-il pas ici opportunisme ? N’y a –t-il pas ici chauvinisme ? Qu’est-ce qui doit primer ? L’émancipation régionale ou la victoire du drapeau rouge ? Si c’est la victoire du drapeau rouge qui prime doit-on célébrer ses ennemis ? Doit-on oublier la lutte des classe ne serait-ce qu’un instant pour l’indépendance de sa nation ?
Mao Zedong écrivait :« …dans les rangs de la révolution, il est nécessaire de tracer une ligne de démarcation entre ce qui est juste et ce qui est faux, entre ce qui est succès et ce qui est insuffisance, et, de plus, de discerner lequel des deux l'emporte.(…) Dans l'examen d'un problème, nous ne devons jamais oublier de tracer ces deux lignes de démarcation, celle qui sépare la révolution de la contre-révolution et celle qui sépare les succès des insuffisances. Gardons présentes à l'esprit ces deux lignes de démarcation, et ça ira bien, sinon nous confondrons la nature des problèmes. Naturellement, pour tracer correctement ces lignes, il est indispensable de faire d'abord une étude et une analyse minutieuses. Notre attitude à l'égard de chaque personne et de chaque question doit être l'analyse et l'étude. » (Citations, p. 131).
Réfléchissons donc avant de procéder à un jugement de valeur à l’emporte-pièce : Le mouvement communiste doit être international, par son essence même, par l’union du prolétariat mondial. Chaque parti (ou organisation ml) mène sa propre lutte sur un terrain national. Ceci amène un danger : l’opposition artificielle des intérêts nationaux et des intérêts internationaux. Certains camarades aveuglés par un nationalisme petit bourgeois se figurent que leur lutte est singulière par rapport à l’exigence internationaliste du mouvement communiste et que la lutte nationale possède la primauté.Néanmoins, le maoïste inscrit dans un mln doit avoir en tête que si son mouvement existe réellement, c’est dans la lutte de classe :
« Dans la société de classes, chaque homme vit en tant que membre d'une classe déterminée et il n'existe aucune pensée qui ne porte une empreinte de classe » (Citations, p. 10)
et que sa lutte nationale est avant-tout une lutte de classe, que son positionnement sociétal est liée à la lutte des classes. Mao Zedong soulignait
« Lutte de classes — certaines classes sont victorieuses, d'autres sont éliminées. Cela, c'est l'histoire, l'histoire des civilisations depuis des millénaires. Interpréter l'histoire d'après ce point de vue, c'est ce qui s'appelle matérialisme historique ; se placer à l'opposé de ce point de vue, c'est de l'idéalisme historique » (Citations, p. 9).
Mao le disait d’ailleurs à propos de la lutte des noirs des Etats-Unis, comme l’avait déjà fait remarqué Lénine : « La lutte nationale est, en dernière analyse, une lutte de classe» (Citations, p. 11). Se faisant, libérer une nation risque de voir la classe bourgeoise réactionnaire et chauvine l’emporter.
Comme nous l’avons toujours défendu depuis nos débuts, et encore avec plus de vigueur depuis la constitution en collectif, il ne s’agit pas pour nous de faire un groupe de combat « à la grand-papa » comme certains de nous l’ont connu dans les SCALP.
Faire le coup de poing peut s’avérer jubilatoire par ceux d’entre nous issus du milieu skinhead , mais les limites sont posées de fait : où est le travail de fond, l’éducation du plus grand nombre ? L'auto-défense face aux fascistes est une nécessité: elle devient quasi-quotidienne dans de nombreux endroits, car aujourd'hui il ne s'agit pas seulement de combattre les évènements médiatisés comme les manifestations de rue, mais de vivre chaque jour avec l'activité des groupes fascistes dans nos quartiers, dans nos entreprises. Pour nous, il est tout aussi essentiel de ne pas laisser faire une diffusion de tracts anodines en bas de chez nous, que de participer à une grande contre-manifestation. Mais cela ne signifie pas s'organiser en bande contre les bandes fascistes, mais bien plutôt diffuser des savoirs, pour que chacun puisse faire face là ou il est.
Par choix, nous avons aussi décidé de nous fondre dans la masse, par nos engagements
réciproques dans des associations, des collectifs, des syndicats, des partis et ne pas mettre forcément en avant notre identité « Redskinheads de France » . RS2F est un collectif
ouvert, un lieu de croisement entre militants issus d'expériences diverses et parfois contradictoires, un outil pour la bataille culturelle, pas une énième organisation en concurrence avec
d'autres.
Un antifascisme cohérent doit être en phase avec le monde et doit être un antifascisme révolutionnaire. Ce faisant nous devons prendre l’exemple des groupes autonomes Antifa allemands qui jonglent toujours entre théorie et pratique, mais ne se limite pas à la lutte contre le fascisme, nous luttons avant tout pour le communisme.
Il nous faut penser le mode de manière antifasciste, c’est-à-dire manière antipatriarcale, antisexiste, anticapitaliste.
Le fascisme, comme son pendant le mode de production capitaliste, est un processus dialectique comme un autre dans le rang de l’idéologie : il mute, se convertit, change en fonction des circonstances extérieures et du monde.
Notre réflexion doit être globale pour deux raisons : pour instruire les nôtres le mieux possible sur toutes disciplines utiles à la lutte antifasciste (économie, philosophie, science, arts...) et pour démasquer l’indigence du fascisme dans son discours et ses prises de position .
C’est pourquoi, nous prolongerons l’effort de synthèse d’une conception dialectique et matérialiste du monde dans nos brochures que nous demandons à chacun de nos militants de lire, de comprendre et de critiquer, car toute étude est évolutive.
Il est temps, pour nous, de faire le point sur nos conceptions. Rappelons nos principaux textes de synthèse de nos conceptions :
Tout d’abord, nous sommes le fruit d’une certaine histoire. C’est pourquoi à la fois dans notre manifeste et dans un texte introductif à l’histoire des skinheads en France, nous posons les jalons de ce que nous sommes aujourd’hui.
Ensuite, le fascisme se développe de plus en plus et contamine volontairement par ses thématiques les groupes peu révolutionnaires ou social-démocrates. C’est pourquoi avec l’émergence d’un fascisme « social » entre sur scène en France un certain social-fascisme populiste.
Le fascisme ne peut s’appuyer sur des fondements idéologiques, sans à un moment ou à un autre sans passer par la case des « bouc-émissaires », de part sa profonde indigence idéologique. C’est le social-darwinisme qui explique les thématiques fascistes à ce propos, qui aboutiront aux thèses racialistes, sexistes, genrées.
Le fascisme s’impose parfois facilement au sein du prolétariat, parce que le mode de production capitaliste cherche à rompre l’unité du prolétariat et de sa conscience de classe en le mettant dans une position schizoïde, où le prolétariat cherche à se nier lui-même.
Pourtant, les défenseurs du mode de production capitaliste (bourgeoisies nationales…) sont non seulement à l’origine du fascisme mais également des comportements pathogènes que nous développons à l’égard du système terre, en somme de notre monde, mais aussi des catastrophes écologiques prévisibles, à venir, ou ayant déjà eu lieu.
Conscients des limites de nos études, à la fois parce que nous ne sommes pas infaillibles et que le monde change sans cesse, nous ne prétendons pas atteindre la vérité absolue, mais tentons de démontrer la véracité de nos théories dans le domaine concret grâce à nos engagements politiques dans la vie réelle.
Nous continuons à refléter le monde, fusse tragique ou triste, car nous en faisons partie et que jamais nous autoriserons quiconque à nous interdire de le comprendre ou de n’acquérir qu’une vision confuse et mutilée de celui-ci. Nous reflétons le monde pour le comprendre, et le reconstruire s’en suivra, car nous sommes le prolétariat en action.
Nous sommes un collectif solidaire, sans esprit partidaire, nous voulons participer a minima au mouvement qui construira un jour ou l'autre la seule force capable de s’opposer au fascisme : le grand parti communiste prolétarien.
Notre collectif
s'adresse à tous les redskinheads francophones et internationaux constitués en R.A.S.H ou en groupes autonomes. Ce collectif signe aussi l'ouverture du mouvement vers les skinheads
spirit 69 et les S.H.A.R.P ainsi que vers des militants d'autres horizons. Notre collectif assume son aspect anticapitaliste, antiraciste et antisexiste.
Les "skinheads" apolitiques et boneheads, parasites du mouvement "skinhead" sont nos ennemis de classe et ne sont pas admis ici. Ce blog s'adresse aussi à celles et ceux pour qui "skinhead"
est encore, hélas, synonyme de fasciste, afin de leur démontrer le contraire. Enfin, ce collectif s'ouvre également vers les cultures proches (Reggae,Ska-Soul et Punk).
Working Class Pride!
oi

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