Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 10:00
luttedeconspieges-a-classe.jpgAujourd’hui, le protectionnisme est présenté par les fascistes, mais aussi par une bonne partie de la gauche électoraliste et par les bureaucraties syndicales comme une résistance au capitalisme.
Dans un texte récent, nous avons pointé cette convergence comme une offensive politique anti-révolutionnaire, directement destinée à emmener les luttes de classes dans la voie de garage du nationalisme , et à les mettre au service d’une partie de la bourgeoisie.
Mettre Mélenchon, Le Pen, ou Montebourg dans le même sac nous a valu bien évidemment une critique virulente de camarades, qui pour diverses raisons soutiennent le discours protectionniste : certains parce qu’ils soutiennent le Front de Gauche pour les mêmes raisons qu’ils soutenaient le NPA il y a cinq ans, parce que toute force classée à la gauche de la gauche serait censée permettre de faire pression sur la social-démocratie. D’autres considèrent que le protectionnisme est un « bon début » qui ne résoudra pas tout, mais qui va dans le bon sens, celui de la lutte contre la « mondialisation libérale ».
Vieux débat…tranché par Rosa Luxembourg , il y a plus d’un siècle déjà, lorsqu’elle analysait le programme social-démocrate et surtout sa conception de l’Etat, qui pourrait être utilisé pour en venir graduellement au socialisme.
Ce texte écrit vingt ans avant la première Guerre Mondiale l’annonce déjà avec une grande lucidité : Rosa Luxembourg y démontre que le choix entre libéralisme et protectionnisme n’en est pas un pour les prolétaires : en effet, il oppose simplement l’intérêt capitaliste dans son ensemble, et l’intérêt de la classe possédante dans chaque pays. Le protectionnisme est l’expression d’une contradiction entre l’intérêt des capitalistes en général et celui des bourgeoisies nationales en particulier, certainement pas la base d’un affrontement de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie.
Rosa Luxembourg montre bien que le protectionnisme douanier va de pair avec le militarisme, et comment à terme , cela fait de toute façon de l’Etat une machine de guerre contre la lutte des classes, quels que soient les intentions affichées de ceux qui en prennent la tête.
Vingt ans plus tard, c’est la social-démocratie qui enverra les troupes contre les insurgés allemands et fera assassiner Rosa Luxembourg, avec l’aide de ceux qui constitueront ensuite les troupes fascistes, et sous l’œil stupéfait des militants de gauche qui n’auraient jamais pensé que les défenseurs de l’Etat national protecteur face au capitalisme « sans entraves » se retourneraient contre ceux qui les avaient amenés au pouvoir.  
 
 
 
La politique douanière et le militarisme
 
 
 

action antifasciste défense natureLa deuxième condition nécessaire à la réalisation progressive du socialisme selon Edouard Bernstein est la transformation graduelle de l’Etat en société. C’est aujourd’hui un lieu commun que de dire que l’Etat actuel est un Etat de classe. Il faut prendre cette affirmation non pas dans un sens absolu et rigide, mais dans un sens dialectique comme tout ce qui a trait à la société capitaliste.

 

Par la victoire politique de la bourgeoisie, l’Etat est devenu un Etat capitaliste. Certes, le développement du capitalisme lui-même modifie profondément le caractère de l’Etat, élargissant sans cesse la sphère de son action, lui imposant constamment de nouvelles fonctions, notamment dans le domaine de l’économie où il rend de plus en plus nécessaires son intervention et son contrôle. En ce sens il prépare peu à peu la fusion future de l’Etat et de la société, et, pour ainsi dire, la reprise des fonctions de l’Etat par la société. Dans cet ordre d’idées on peut parler également d’une transformation progressive de l’Etat capitaliste en société ; en ce sens il est incontestable, comme Marx le dit, que la législation ouvrière est la première intervention consciente de la " société " dans son processus vital social, phase à laquelle se réfère Bernstein.

 

Mais d’autre part, ce même développement du capitalisme réalise une autre transformation dans la nature de l’Etat. L’Etat actuel est avant tout une organisation de la classe capitaliste dominante. Il assume sans doute des fonctions d’intérêt général dans le sens du développement social ; mais ceci seulement dans la mesure où l’intérêt général et le développement social coïncident avec les intérêts de la classe dominante. La législation de protection ouvrière, par exemple, sert autant l’intérêt immédiat de classe des capitalistes que ceux de la société en général. Mais cette harmonie cesse à un certain stade du développement capitaliste. Quand ce développement a atteint un certain niveau, les intérêts de classe de la bourgeoisie et ceux du progrès économique commencent à se séparer même à l’intérieur du système de l’économie capitaliste. Nous estimons que cette phase a déjà commencé ; en témoignent deux phénomènes extrêmement importants de la vie sociale actuelle : la politique douanière d’une part, et le militarisme de l’autre. Ces deux phénomènes ont joué dans l’histoire du capitalisme un rôle indispensable et, en ce sens, progressif, révolutionnaire. Sans la protection douanière, le développement de la grande industrie dans les différents pays eût été presque impossible.

 

Mais actuellement la situation est tout autre. La protection douanière ne sert plus à développer les jeunes industries, mais à maintenir artificiellement des formes vieillies de production. Du point de vue du développement capitaliste, c’est-à-dire du point de vue de l’économie mondiale, il importe peu que l’Allemagne exporte plus de marchandises en Angleterre ou que l’Angleterre exporte plus de marchandises en Allemagne. Par conséquent, si l’on considère le développement du capitalisme, la protection douanière a joué le rôle du bon serviteur qui, ayant rempli son office, n’a plus qu’à partir. Il devrait même le faire ; étant donné l’état de dépendance réciproque dans lequel se trouvent actuellement les différentes branches d’industrie, les droits de douane sur n’importe quelle marchandise ont nécessairement pour résultat de renchérir la production des autres marchandises à l’intérieur du pays, c’est-à-dire d’entraver à nouveau le développement de l’industrie. Il n’en est pas de même du point de vue des intérêts de la classe capitaliste. L’industrie n’a pas besoin, pour son développement, de la protection douanière, mais les entrepreneurs en ont besoin, eux, pour protéger leurs débouchés. Cela signifie qu’actuellement les douanes ne servent plus à protéger une production capitaliste en voie de développement contre une autre plus avancée, mais qu’ils favorisent la concurrence d’un groupe national de capitalistes contre un autre groupe national. En outre, les douanes n’ont plus la fonction nécessaire de protection de l’industrie naissante, elles n’aident plus celle-ci à créer et conquérir un marché intérieur ; elles sont des agents indispensables dans la cartellisation de l’industrie, c’est-à-dire dans la lutte des producteurs capitalistes contre la société consommatrice. Enfin, dernier trait spécifique de la politique douanière actuelle : ce n’est pas l’industrie mais l’agriculture qui joue aujourd’hui le rôle prédominant dans la politique douanière, autrement dit le protectionnisme est devenu un moyen d’expression des intérêts féodaux et sert à les maquiller des couleurs du capitalisme.

 

no-war-but-class-war.jpgOn assiste à une évolution semblable du militarisme. Si nous considérons l’histoire non telle qu’elle aurait pu ou dû être, mais telle qu’elle s’est produite dans la réalité, nous sommes obligés de constater que la guerre a été un auxiliaire indispensable du développement capitaliste. Aux Etats-Unis d’Amérique du Nord, en Allemagne, en Italie, dans les Etats balkaniques, en Russie, et en Pologne, dans tous ces pays le capitalisme dut son premier essor aux guerres, quelle qu’en fût l’issue, victoire ou défaite. Tant qu’il existait des pays dont il fallait détruire l’état de division intérieure ou d’isolement économique, le militarisme joua un rôle révolutionnaire du point de vue capitaliste, mais aujourd’hui la situation est différente. L’enjeu des conflits qui menacent la scène de la politique mondiale n’est pas l’ouverture de nouveaux marchés au capitalisme ; il s’agit plutôt d’exporter dans d’autres continents les antagonismes européens déjà existants. Ce qui s’affronte aujourd’hui, les armes à la main, qu’il s’agisse de l’Europe ou des autres continents, ce ne sont pas d’une part les pays capitalistes, et d’autre part les pays d’économie naturelle ; ce sont des Etats d’économie capitaliste avancée, poussés au conflit par l’identité de leur développement. Il est vrai que le conflit, s’il éclate, ne pourra être que fatal à ce développement ; en effet, il ébranlera et bouleversera profondément la vie économique de tous les pays capitalistes. Mais la chose apparaît tout à fait différente du point de vue de la classe capitaliste. Pour elle, le militarisme est actuellement devenu indispensable à un triple point de vue : 1° Il lui sert à défendre des intérêts nationaux en concurrence contre d’autres groupes nationaux ; 2° il constitue un domaine d’investissement privilégié, tant pour le capital financier que pour le capital industriel, et 3° il lui est utile à l’intérieur pour assurer sa domination de classe sur le peuple travailleur, tous intérêts qui n’ont, en soi, rien de commun avec le progrès du capitalisme. Deux traits spécifiques caractérisent le militarisme actuel : c’est d’abord son développement général et concurrent dans tous les pays ; on le dirait poussé à s’accroître par une force motrice interne et autonome : phénomène encore inconnu il y a quelques décennies ; c’est ensuite le caractère fatal, inévitable de l’explosion imminente, bien que l’on ignore l’occasion qui la déclenchera, les Etats qui seront d’abord touchés, l’objet du conflit et toutes les autres circonstances. Le moteur du développement capitaliste, le militarisme, à son tour, est devenu une maladie capitaliste.

 

Dans ce conflit entre le développement du capitalisme et les intérêts de la classe dominante, l’Etat se range du côté de cette dernière. Sa politique, de même que celle de la bourgeoisie, s’oppose au développement social. Il cesse ainsi toujours plus d’être le représentant de l’ensemble de la société et en même temps se transforme toujours plus en un pur Etat de classe, ou plus exactement ces deux qualités cessent de coïncider pour devenir des données contradictoires internes de l’Etat. Et cette contradiction ne fait que s’aggraver de jour en jour. Car d’une part on voit s’accroître les fonctions d’intérêt général de l’Etat, ses interventions dans la vie sociale, son " contrôle " sur celle-ci. Mais d’autre part son caractère de classe l’oblige toujours plus à accentuer son activité coercitive dans des domaines qui ne servent que le caractère de classe de la bourgeoisie et n’ont pour la société qu’une importance négative : à savoir le militarisme et la politique douanière et coloniale. Et par ailleurs le " contrôle social " qu’il exerce est également marqué par son caractère de classe (que l’on songe à la façon dont est appliquée la protection ouvrière dans tous les pays).

 

Bernstein voyait dans l’extension de la démocratie un dernier moyen de réaliser progressivement le socialisme : or une telle extension, loin de s’opposer à la transformation du caractère de l’Etat telle que nous venons de la décrire, ne fait que la confirmer.

 

Conrad Schmidt affirme même que la conquête d’une majorité socialiste au Parlement est le moyen direct de réaliser le socialisme par étapes. Or les formes démocratiques de la politique sont incontestablement un signe très net du passage progressif de l’Etat en société ; il y a bien là en ce sens une étape vers la transformation socialiste. Mais le caractère contradictoire de l’Etat capitaliste se manifeste de manière éclatante dans le parlementarisme moderne. Certes, formellement, le parlementarisme sert à exprimer dans l’organisation de l’Etat les intérêts de l’ensemble de la société. Mais d’autre part, ce que le parlementarisme représente ici, c’est uniquement la société capitaliste, c’est-à-dire une société dans laquelle prédominent les intérêts capitalistes. Par conséquent, dans cette société, les institutions formellement démocratiques ne sont, quant à leur contenu, que des instruments des intérêts de la classe dominante. On en a des preuves concrètes : dès que la démocratie a tendance à nier son caractère de classe et à se transformer en instrument de véritables intérêts du peuple, les formes démocratiques elles-mêmes sont sacrifiées par la bourgeoisie et par sa représentation d’Etat. Aussi l’idée de la conquête d’une majorité parlementaire apparaît-elle comme un faux calcul : en se préoccupant uniquement, à la manière du libéralisme bourgeois, de l’aspect formel de la démocratie, on néglige entièrement l’autre aspect, son contenu réel. Et le parlementarisme dans son ensemble n’apparaît pas du tout, comme le croit Bernstein, comme un élément immédiatement socialiste, qui imprégnerait peu à peu toute la société capitaliste, mais au contraire comme un instrument spécifique de l’Etat de classe bourgeois, un moyen de faire mûrir et de développer les contradictions capitalistes.

 

Si l’on considère ce développement objectif de l’Etat, on se rend compte que le mot de Bernstein et de Conrad Schmidt sur le " contrôle social " croissant n’est qu’une formule creuse contredite de jour en jour davantage par la réalité.

 

capitalisme-crise-5.jpgLa théorie de l’instauration progressive du socialisme évoque finalement une réforme de la propriété et de l’Etat capitaliste évoluant dans le sens du socialisme. Or la propriété et l’Etat évoluent, des faits sociaux en témoignent, dans un sens absolument opposé. Le processus de production se socialise de plus en plus, et l’intervention du contrôle de l’Etat sur ce processus de production s’étend de plus en plus. Mais en même temps la propriété privée prend toujours plus la forme de l’exploitation capitaliste brutale du travail d’autrui, et le contrôle exercé par l’Etat est toujours plus marqué par des intérêts de classe. Par conséquent, dans la mesure où l’Etat, c’est-à-dire l’organisation politique, et les rapports de propriété, c’est-à-dire l’organisation juridique du capitalisme deviennent de plus en plus capitalistes, et non pas de plus en plus socialistes, ils opposent à la théorie de l’introduction progressive du socialisme deux difficultés insurmontables.

 

Fourier avait eu l’invention fantastique de transformer, grâce au système des phalanstères, toute l’eau des mers du globe en limonade. Mais l’idée de Bernstein de transformer, en y versant progressivement les bouteilles de limonade réformistes, la mer de l’amertume capitaliste en l’eau douce du socialisme, est peut-être plus plate, mais non moins fantastique.

 

Les rapports de production de la société capitaliste se rapprochent de plus en plus des rapports de production de la société socialiste. En revanche, ses rapports politiques et juridiques élèvent entre la société capitaliste et la société socialiste un mur de plus en plus haut. Ce mur, non seulement les réformes sociales ni la démocratie ne le battront en brèche, mais au contraire elles l’affermissent et le consolident. Ce qui pourra l’abattre, c’est uniquement le coup de marteau de la révolution, c’est-à-dire la conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

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Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 08:00

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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 21:51

 


 
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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 09:50

« La science est le premier péché, le germe de tout péché, le péché originel. Voici la seule morale : « Tu ne connaîtras point.» Tout le reste en découle. »L’Antéchrist, § 48.

 

caution-i-m-a-communist.jpgNietzsche comme Celine ou Heidegger fait partie de ces références-passerelles, que l’on trouvera aussi bien chez ceux qui se revendiquent de la révolution sociale, comme chez ceux qui se revendiquent du fascisme.

 

Cité à la fois par Deleuze , Guattari et par les néo-nazis, encensé sur certains forums anarchistes et sur la plupart des forums fascistes, le philosophe fait l’objet d’un âpre combat pour s’en revendiquer, chaque camp accusant l’autre de n’ « avoir rien compris » à l’œuvre du grand homme.

Pourquoi cet âpre combat contemporain ? Sans doute parce que Nietzsche présente une caractéristique enviable à la fois pour les fascistes et pour ces révolutionnaires d’aujourd’hui qui n’aiment pas assumer les expériences révolutionnaires du passé, dès lors qu’elles ont un peu abouti. S’il y a bien une chose sur laquelle le philosophe a été constant et clair, c’est sa détestation du socialisme et du combat de classe. Nietzsche l’individualiste c’est la rébellion sans le réel de la révolution, la beauté du geste jamais compromise par les contingences du réel. Et de nos jours, fascistes et révolutionnaires bourgeois se revendiquent rebelles, avant tout.

Pourquoi pas ? Mais alors qui a raison, les fascistes ou les révolutionnaires non-socialistes ? Ou mène la pensée de Nietzche.

Quelques pistes, faites selon la seule méthode honnête qui soit : citer longuement le philosophe.

 

Nietzsche est-il antisémite ou sa doctrine présente-elle des indices de racialisme ?

Très clairement, Nietzsche est un racialiste en ce sens qu’il utilise le terme « race » pour parler des juifs par exemple. Il admet donc l'existence de races différentes. Comme sa pensée est un relativisme où la connaissance stable n’est pas possible, Nietzsche utilise à tort et à travers des concepts, dont celui de « race », sans prendre la peine de les défnir. La « race » pour lui est en fait un amalgame sociologique et biologique d’individus, bref un concept branlant.

A première vue, Nietzsche apparaît plutôt comme un admirateur du peuple Juif et de son histoire dans ses œuvres. D'abord il utilise souvent l’exemple des juifs « comme race » qui a été la première à s’émanciper des valeurs morales anciennes : « Les Juifs "peuple né pour l'esclavage", comme le dit Tacite et toute l'antiquité avec lui - "peuple élu entre tous les peuples", comme ils le disent eux-mêmes et le croient - les Juifs ont accompli ce prodigieux renversement des valeurs grâce auquel la vie terrestre a connu pour quelques millénaires un nouvel et dangereux attrait. Leurs prophètes ont fondu en une seule notion le "riche", l'"impie", le "méchant", le "violent", le "sensuel " et pour la première fois ont donné un sens infamant au mot "monde". C'est dans ce renversement des valeurs (qui a fait du mot "pauvre" le synonyme de "saint" et d'"ami") que réside l'importance du peuple juif; c'est avec lui que commence l'insurrection des esclaves en morale.» (Par delà le bien et le mal, § 195).  

nietzsche-dieu-est-mort.jpgNietzsche semble simplement détester la religion juive, comme le christianisme, qui sont selon lui des religions de la miséricorde, du pardon en somme de la puissance des faibles sur les forts. Les juifs (religieux) ont été les premiers à instaurer un table des lois, les dix commandements, qui ont été la prémisse de tout autre forme de droit, bref le noyau de la puissance des faibles sur les forts. A cela il oppose une autre idée, celles des puissants dominant les faibles : « 59. [...] Grecs! Romains! La noblesse de l’instinct, le goût, la recherche méthodique, le génie de l’organisation et de l’administration, la foi, la volontéd’un avenir humain, le grand « oui » à tout, tout cela visible et perceptible à tous les sens, le grand style, non plus seulement en art, mais devenu réalité, vérité, vie… Et cela, non pas réduit en cendres, instantanément, par un cataclysme naturel! Non pas foulé aux pieds par des Germains et d’autres pédestres balourds! Mais mis à mal par de rusés, de furtifs, d’invisibles et d’anémiques vampires! Non pas vaincu – seulement vidé de son sang!… oh, ils sont malins, malins jusqu’à la sainteté, ces Messieurs les Pères de l’Eglise! Ce qui leur manque, c’est tout autre chose. La nature les a mal partagés: – elle a oublié de leur attribuer un petit capital d’instincts respectables, corrects, propresEntre nous, ce ne sont même pas des hommes… Si l’Islam méprise le christianisme, il a mille fois raison : l’Islam suppose des hommes pleinement virils ». L’Antéchrist (1888), aphorisme 59.

Dans l’Islam, Nietzsche voit par contre une religion du salut, une religion aristocratique dévolue à la toute-puissance divine, une religion qui n’effémine pas ses conceptions et qui exalte le fort au détriment du faible.

A propos des Juifs dans l'histoire de l'Europe, Nietzsche se fait même parfois apparemment élogieux : « Ce que l'Europe doit aux Juifs ? Beaucoup de choses, bonnes et mauvaises, et surtout ceci, qui appartient au meilleur et au pire : le grand style dans la morale, l'horreur et la majesté des exigences infinies, des significations infinies, tout le romantisme sublime des problèmes moraux, et par conséquent ce qu'il y a de plus séduisant, de plus captieux et de plus exquis dans ces jeux de lumière et ces invitations à la vie, au reflet desquels le ciel de notre civilisation européenne, son ciel vespéral, rougeoie aujourd'hui, peut-être de son ultime éclat. Nous qui assistons en artistes et en philosophes à ce spectacle, nous en sommes - reconnaissants aux Juifs. »

Alors Nietzsche ami des Juifs...dans la suite de cette tirade, Il leur reconnaît même le mérite d'être en mesure de dominer l'Europe, mais de n'avoir pas pour le moment, l'intention de le faire...« C'est un fait que les Juifs, s'ils voulaient - ou si on les y forçait, comme semblent le vouloir les antisémites -, pourraient dès maintenant exercer leur prépondérance et même littéralement leur domination sur l'Europe ; c'est un fait également qu'ils n'y travaillent pas et ne font pas de projets dans ce sens. »

 

Le « petit problème » est que cette éloge n'est rien d'autre que l'argumentation antisémite sur ce que seraient les Juifs : un peuple « aux exigences infinies », dont la religion est fondatrice de la dégénérescence civilisationnelle qui va contaminer l'Occident, un peuple qui domine les arts et la politique , et par conséquent l'ensemble du système. … Tout le discours antisémite, qui sépare les Juifs du reste de leurs concitoyens dans chaque pays, qui leur donne des caractéristiques immuables sur des milliers d'années, qui fait d'eux un corps unique et coordonné est dans son intégralité présent dans le discours nietzchéen. Peu importe qu'il ne leur reconnaisse pas la volonté « actuelle » de pousser la domination possible jusqu'à son terme, puisqu'il les a déjà définis comme les antisémites les définissent.

Quant à son mépris pour les antisémites politiques de son époque, souvent invoqué par ses partisans, il faut préciser en quels termes il s'exprime : Nietzsche les appelle « les juifs envieux, les pires de tous », il leur reproche donc des traits qu'il attribue de manière générale aux Juifs. Traiter d'autres antisémites de Juifs qui s'ignorent, est-ce autre chose que de l'antisémitisme. Nieztsche leur attribue aussi le qualificatif de « dilettantes rébarbatifs » , bref il les considère comme des amateurs dans le domaine de la « race » notamment et se désole donc de les voir citer ses œuvres, alors qu'ils sont tout simplement indignes de lui.

 Si l'on devait déclarer étrangers au fascisme, tous les philosophes et écrivains dont le fascisme se réclame, alors il ne resterait pas beaucoup de références fascistes : Evola, Heideger, Celine, Drieu La Rochelle, Sorel et bien d'autres se sont toujours sentis « incompris » par les mouvements politiques qu'ils ont inspiré, et toujours au nom de la « pureté idéale », opposée à la bassesse des « militants » qui ne comprenaient jamais assez bien la pensée des grands hommes. L'intellectuel fasciste ou pré-fasciste se sent toujours au dessus de la mêlée des sous-hommes que sont pour lui les 99 pour cent de l'humanité.

Cela n'enlève rien au sens de son discours, et à son rôle historique : ainsi l'antisémitisme de Nietzsche se couple avec la haine féroce du mouvement socialiste et anarchiste et du mouvement ouvrier en général.

Nietzsche est-il un rebelle ?

 

Pour autant qu’un rebelle puisse condamner les conflits sociaux et les opinions en rupture avec la société bourgeoise, alors oui, sinon non hélas pas le moins du monde. Certes, Nietzsche fait profession de foi d’athée. C’est une importante rébellion pour l’époque (que sa mère lui pardonnera jamais, même lorsqu’elle s’occupera de son fils dément), mais Nietzsche n’a cure des révolutionnaires  hors de cette rébellion : « Quand l’Anarchiste, en tant que porte-parole de couches décadentes de la société, exige avec une belle indignation le « Droit », la « Justice », l’ « Egalité des Droits », il n’agit que sous la pression de son inculture, qui ne sait comprendre pourquoi il souffre au fond, et de quoi il est pauvre, c’est-à-dire de vie… C’est l’instinct de causalité qui l’emporte chez lui : s’il se sent mal, il faut quelqu’un soit en soit cause… De même, sa « généreuse indignation » lui fait déjà du bien. C’est pour tous les pauvres diables un vrai plaisir que de pouvoir proférer des injures – cela donne une petite ivresse de puissance. Les plaintes, déjà, et le simple fait de se plaindre, suffisent à donner à la vie assez de charme pour qu’elle soit supportable. Il y a dans toute plainte une subtile dose de vengeance : à ceux qui sont faits autrement, on reproche son mal-être, ou, le cas échéant, sa bassesse, comme une injustice, comme s’ils jouissaient d’un privilège illicite. « Si je suis une canaille, tu devrais aussi en être une. ». »  (…). Les doléances ne valent jamais rien, elles sont dictées par la faiblesse. Que l’on attribue son mal-être aux autres ou à soi-même, (le premier cas est celui du socialiste, le second par exemple celui du chrétien), cela revient pratiquement au même. Ce qu’il y a de commun, et, disons-le, d’indigne dans les deux cas, c’est qu’il y faut à tout prix attribuer à quelqu’un la faute de ce que l’on souffre, bref que celui qui souffre se prescrive à lui-même, contre sa souffrance, le miel de la vengeance. » (Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles, Œuvres complètes, tome VIII, p. 127 ).

Nietzsche est définitif dans ce texte, thème dont la récurrence reviendra souvent. La révolution, le changement brutal de société n’est qu’une pure vue de l’esprit, et lorsqu’on choisit le camp révolutionnaire (socialiste) ce n’est que pour se venger des malheurs que l’on subit, au lieu de se comporter comme un « vrai homme », un « puissant » et affronter ce qui nous entrave.

Alors si ce n'est pas une révolution sociale pour l'égalité entre les hommes que veut Nietzsche, vers quoi tend sa rebellion contre la société de son temps ?

 

Nietzsche , la réversion des valeurs, et l'apologie des forts

 

nietzsche-aristocrate-nihiliste.jpgNietzche veut renverser les valeurs de la société actuelle car elles sont le fruit du platonisme, de la chrétienté et de la féminisation de la société de la société. Pour lui la civilisation de son temps est en proie à la décadence, ce sont les faibles qui ont pris les rênes du pouvoir d’une part dans le monde des idées, par le platonisme ,et d’autre part dans la société par le christianisme. Du coup, les forts se sont retrouvés exclus de la société et doivent subir le joug, des faibles. Cela devient paroxystique dans la société prussienne que Nietzsche notamment par l’émergence du droit de plus en plus positif (c’est-à-dire dicté par des lois et règlements), par le développent du capitalisme qui force l’homme au confort et non plus à la lutte (ce qui le conduit à réévaluer à la « hausse » la place de la femme dans la société) etc.

C’est contre cette décadence que Nietzsche veut se battre. Contre la religion chrétienne il veut imposer la mort de Dieu et l’érection d’une nouvelle spiritualité inspirée par Dionysos ; contre le platonisme il veut revenir aux sources de la philosophie grecque, contre la société prussienne, Nietzsche rêve de cités grecques anciennes.

Il faut donc renverser les valeurs, non pour faire la révolution, mais pour en imposer d’autres à la société, celles qui découleraient d'un état antérieur de celle-ci : « Les hommes supérieurs se distinguent des inférieurs en ce qu'ils voient et entendent indiciblement plus, et ils ne voient et n'entendent qu'en méditant - et c'est cela qui distingue l'homme de l'animal comme les animaux supérieurs des inférieurs. …Nous autres méditatifs-sensibles, sommes en réalité ceux qui produisons sans cesse quelque chose qui n'existe pas encore : la totalité du monde, éternellement en croissance, des appréciations, des couleurs, des poids, des perspectives, des degrés, des affirmations et des négations. Cette création poétique de notre invention, est sans cesse étudiée, répétée pour être représentée par nos propres acteurs que sont les soi-disant hommes pratiques, incarnée, réalisée par eux, voire traduit en banalités quotidiennes. Tout ce qui a quelque valeur dans le monde actuel, ne l'a pas en soi, ne l'a pas de sa nature - la nature est toujours sans valeur ; mais a reçu un jour de la valeur, tel un don, et nous autres nous en étions donateurs ! C'est nous qui avons créé le monde qui concerne l'homme ! - Mais c'est là justement la notion qui nous manque, et s'il nous arrive de la saisir un instant, nous l'avons oubliée l'instant d'après : nous méconnaissons notre meilleure force, nous nous sous-estimons quelque peu, nous autres contemplatifs - nous ne sommes ni aussi fiers ni aussi heureux que nous pourrions l'être » (Le Gai savoir, § 301).

En fait Nietzsche refuse cette société et souhaite pour partie revenir à la nature, moment où les puissants l’emportait sur les faibles, alors que la société a construit la protection des faibles et l’esclavage des forts. On croit presque toucher du doigt le principe de la sélection naturelle darwinienne, sauf que Nietzsche ne croit pas au progrès de la science et refuse les doctrines de Darwin : « Pour ce qui en est de la fameuse « Lutte pour la Vie », elle me semble provisoirement plutôt affirmée que démontrée. Elle se présente, mais comme exception ; l’aspect général de la vie n’est point l’indigence, la famine, tout au contraire la richesse, l’opulence, l’absurde prodigalité même, — où il y a lutte, c’est pour la puissance... Il ne faut pas confondre Malthus avec la nature. — En admettant cependant que cette lutte existe — et elle se présente en effet, — elle se termine malheureusement d’une façon contraire à celle que désirerait l’école de Darwin, à celle que l’on oserait peut-être désirer avec elle : je veux dire au détriment des forts, des privilégiés, des exceptions heureuses. Les espèces ne croissent point dans la perfection : les faibles finissent toujours par se rendre maîtres des forts — c’est parce qu’ils ont le grand nombre, ils sont aussi plus rusés... Darwin a oublié l’esprit (— cela est bien anglais !),… » (Le crépuscule des idoles, § 14).

En fait Nietzche refuse la doctrine de Darwin dans son approche scientifique, MAIS il la dévoie . Du reste ce n’est pas un hasard s’il cite Mathus. Si Nietzsche refuse Darwin en sciences naturelles, en revanche, Nietzsche est un social-darwiniste en terme sociologique. Il veut que les forts par un ensemble de réversion des valeurs, reprennent les rênes du pouvoir au sein de la société, car il faut une sélection au sein de la société, celle des plus forts qui devront exploiter les plus faibles (femmes, ouvriers…). Les « plus forts » seraient donc cette caste de « contemplatifs » qui devraient en résumé pouvoir contempler tranquille pour faire avancer le monde avec la grandeur de leur pensée pendant que la masse travaille à les nourrir.

Voilà ce qu’est la réversion des valeurs, c’est donc tout sauf un processus révolutionnaire ou même une révolution cultuelle. C’est juste remplacer des valeurs morales par d’autres et ainsi faire que la société soit dirigée hiérarchiquement par les forts avec l’exploitation des faibles. On comprend mal comment cette réversion des valeurs peut faire rêver « à gauche », tant elle est une nostalgie réactionnaire, une rêverie aristocratique où la sélection des privilégiés ne se ferait plus par le sang, mais par cooptation...le rêve fasciste, qui ne se confond pas avec le racialisme est déjà là.

Quel est le projet de société de Nietzsche ?

 

nietzsche-reactionnaire.jpgNietzsche va éviter soigneusement de proposer un changement sociétal, en individualiste qu’il est ; mais si son œuvre est surtout faite de préceptes moraux, ses références apparaissent ici et là. C' est loin d’être une société libre et ouverte, c’est plutôt une société militaire qui loin de nous faire penser à Athènes, nous fait plus penser à Sparte, une aristocratie des forts où les faibles trinquent, lisons : « Du manque de forme noble. — Les soldats et les commandants entretiennent toujours des rapports mutuels bien plus élevés que les ouvriers et les employeurs. Pour l'heure du moins, toute culture d'origine militaire se situe encore largement au-dessus de toute soi-disant culture industrielle : cette dernière est, sous sa forme actuelle, le mode d'existence le plus vulgaire qui ait jamais existé. C'est la simple loi du besoin qui s'y exerce : on veut vivre et l'on doit se vendre, mais on méprise celui qui tire profit de ce besoin et s'achète l'ouvrier. Il est étrange que l'on ressente la soumission à des personnes puissantes, effrayantes, voire terrifiantes, à des tyrans et à des chefs militaires comme infiniment moins pénible que cette soumission à des inconnus dénués d'intérêt comme le sont tous les magnats de l'industrie : l'ouvrier ne voit d'ordinaire dans l'employeur qu'un chien astucieux, qu'un vampire qui spécule sur toute misère, dont le nom, la tournure, les moeurs et la réputation lui sont totalement indifférents. Il est vraisemblable que les industriels et les gros négociants étaient jusqu'à présent trop dépourvus de toutes les formes et de toutes les marques distinctives de la race supérieure, qui seules rendent les personnes intéressantes; peut-être, s'ils avaient dans le regard et dans l'attitude la noblesse de l'aristocratie de naissance, n'y aurait-il pas de socialisme des masses. Car celles-ci sont au fond prêtes à toute espèce d'esclavage, à condition que le supérieur qui les commande légitime constamment sa supériorité, le fait qu'il est né pour commander — au moyen de la forme noble! L'homme le plus commun sent que la noblesse ne s'improvise pas et qu'il doit honorer en elle le fruit produit par de longues périodes, — mais l'absence de forme supérieure et la vulgarité tristement célèbre des industriels aux mains rouges et grasses le conduisent à penser que seuls le hasard et la chance ont ici élevé l'un au-dessus de l'autre : tant mieux, conclut-il par devers lui, faisons nous aussi l'essai du hasard et de la chance ! Jetons donc les dés ! — et c'est le début du socialisme. » (Gai Savoir, § 40).

Ici Nietzsche accuse clairement le capitalisme, non d’exploiter l’ouvrier qui y est un esclave, mais il fustige l’industriel de ne pas se comporter avec plus de discipline militaire à l’égard de l’ouvrier, et cette forme de faiblesse comme nous le soulignons à la fin du paragraphe mène selon Nietzsche, horreur absolue, vers le socialisme ! Nietzche considère le capitalisme comme un danger, mais le danger de voir les valeurs socratiques et chrétiennes l’emporter sur les valeurs viriles . Nietzsche déteste l’ouvrier, comme du reste cette bourgeoisie bien pensante de gauche qui défend Nietzsche bec et ongle et c’est bien pourquoi Onfray se moque de Poutou l’ouvrier-candidat du NPA . Deleuze et d’autres pensent et vivent Nietzsche, car Nietzsche trace une ligne de démarcation nette entre lui (et les intellectuels « grand style » aristocratiques) et la plèbe (les ouvriers).

 

Nietzsche et le mépris de l'ouvrier et de ses mouvements révolutionnaires

 

    Comment des prétendus penseurs « de gauche » peuvent-ils se reconnaitre en Nietzsche. La réponse est fort aisée. Ces penseurs de gauche (Deleuze, Derrida, Guattari, Lefebvre, Onfray….) ne cherchent  à être ni des révolutionnaires véritables, ni des libérateurs du prolétariat, ils ne sont uniquement des « rebelles » aux yeux d’une certaine bourgeoisie et les continuateurs de la petite-bourgeoise professorale installée. Laissons Nietzsche dire lui-même son mépris de l’ouvrier : « combien est proche à présent même au plus oisif d'entre nous le travail et l'ouvrier! La politesse royale des paroles: « nous sommes tous des ouvriers! » n'eut encore été qu'indécence et cynisme sous Louis XIV » (Le Gai savoir, § 188). Nietzsche utilise d’ailleurs l’ironie comme souvent pour traiter les questions de son époque, car il veut se placer lui de manière « inactuelle » ; c’est-à-dire au-dessus de la société de son temps, ainsi parlant des ouvriers, il écrit « si on veut des esclaves, il fait être fou pour leur donner une éducation » (crépuscule des idoles, divagations d'un Inactuel, §40).

Ce mépris de l’ouvrier s’explique par les fondements même de sa philosophie qui est une aristocratie, non du sang comme on la connaît en Europe sous le féodalisme, mais une aristocratie individualiste d’hommes nouveaux qui deviendront des surhommes, des puissants qui gagneront sur le pouvoir qu’ont instauré les faibles au travers du droit. Il écrit nettement : « Il faut que des hommes supérieurs déclarent la guerre à la masse. Partout les médiocres se rassemblent pour devenir les maitres. Tout ce qui s’amollit, tout ce qui s’adoucit, tout ce qui favorise le « peuple » ou les valeurs « féminines » agit en faveur du suffrage universel, c’est-à-dire de la domination de l’homme vil ». (La volonté de puissance, Tome 2, § 693 ou fragment 861, 1884, Colli-Montanari). Ici tout y est : tout ce que ne sert pas le « fort », le « puissant » revient à être une valeur féminine, c’est-à-dire selon Nietzsche « faible », on dirait aujourd’hui « ‘sans couilles ». Nietzsche exècre le peuple qu’il considère médiocre, et qu’il envisage comme le sarcophage des puissants, que cela soit au travers de la religion chrétienne, au travers du platonisme et au travers du droit positif. Il ne voit jamais les contradictions qui règnent au sein de la société. Il possède tout simplement une vision confuse et mutilée de ce qu’est une société, car il lui-même un outil essentiel pour comprendre la société : la division en classe et la lutte perpétuelle des classes entre-elles, ainsi que les contradictions au sein du peuple.

Que pense-t-il du socialisme (qu’il soit anarchisant ou marxiste) ? « Le socialisme moderne a créé une forme de jésuitisme séculier : faire de tous les hommes de purs instruments. Mais on en a pas jusqu’à présent découvert la fin, le pourquoi » (La volonté de puissance, Tome 1, § 443 ou fragment 757 1884 Colli/Montari). En substance, Nietzsche ne perçoit pas qu’il faille libérer le prolétaire du joug du bourgeois, tout cela une nouvelle fois parce que pour lui la société est une agrégation d’individus. Il possède de la société une vue métaphysique d’un agrégat qui ne varie pas dans le temps et dans l’espace et qui n’est pas traverser par des contradictions.

Comment donc défendre Nietzsche lorsque l’on est « de gauche » ? La réponse est claire comme de l’eau de roche : en défendant une perspective petite-bourgeoise qui méconnait la lutte de classe, les contradictions, bref en défendant une perspective métaphysique du monde comme une unité invariable . Avant de voir à quoi conduit cette justification de la passivité, il est nécessaire également d'aborder la question des femmes dans l'oeuvre de Nieztsche, tant ses positions sont claires et complètent, avec celles sur les Juifs, le mouvement ouvrier , une conception du monde où la place de chacun est celle que les fascistes, à sa suite, lui attribueront

 

Nietzsche méprise-t-il les femmes comme les représentantes des individus faibles ?

 

326137_260234460663570_121612214525796_898989_3823703_o.jpg« Chez la femme tout est une énigme : mais il y a un mot à cet énigme : ce mot est grossesse./L’homme est pour la femme un moyen : le but est toujours l’enfant. Mais qu’est la femme pour l’homme ?/L’homme véritable veut deux choses : le danger et le jeu. C’est pourquoi il veut la femme, le jouet le plus dangereux./L’homme doit être élevé pour la guerre, et la femme pour le délassement du guerrier : tout le reste est folie./Le guerrier n’aime les fruits trop doux. C’est pourquoi il aime la femme ; une saveur amère reste même à la femme la plus douce./Mieux que l’homme, la femme comprend les enfants, mais l’homme est plus enfant que la femme./Dans tout homme véritable se cache un enfant : un enfant qui veut jouer. Allons, femmes, découvrez-moi l’enfant dans l’homme !/Que la femme soit un jouet, pur et menu, pareil au diamant, rayonnant des vertus d’un monde qui n’est pas encore ! » (Ainsi parlait Zarathoustra, Première Partie, « Des petites vieilles et des petites jeunes »).

Néanmoins, le nietzschéen de « gauche », le subversif , trouvera toujours à redire et si l’on cite cet extrait du poème , il dira justement que l’on ne comprend pas ce que veut dire Nietzsche, qu’il s’agit de poésie, donc d’une forme artistique d’expression. Pourtant, le philosophe germain a considéré la forme poétique comme une forme possible d’expression de la philosophie, et Zarathoustra, tous les commentateurs le soulignent ,c’est Nietzsche lui-même en quête du surhomme.

Nietzsche de manière très invariable, va partout dans ses œuvres instiller une haine de la femme, qu’il voit comme un objet du pêché originel, la créature qui a inspiré par sa féminité la prise du pouvoir des faibles. La société est devenue « efféminée » pour Nietzsche, la réversion des valeurs doit corriger cela. Voici l’un des paragraphes les plus longs que Nietzsche consacre « au sexe faible », on y trouve ses thématiques de prédilection , la décadence, la dégénérescence, … : « Jamais le sexe faible n'a été traité par les hommes avec le respect qu’on lui témoigne de nos jours ; cela va avec les goûts essentiels et les penchants de la démocratie, comme l’irrespect envers les vieillards. Quoi d'étonnant si la femme en abuse aussitôt ? On demande plus encore, on apprend à se montrer exigeante, on finit par trouver presque offensant ce tribut de respect, on préférerait la rivalité, voire la lutte ouverte pour la conquête des droits. Bref, la femme perd de sa pudeur. Ajoutons qu'elle perd aussi de son bon goût. Elle désapprend de craindre l’homme ; mais la femme qui a désappris de craindre renonce à ses instincts les plus féminins. Que la femme relève la tête au moment ou l’homme cesse de vouloir et de cultiver en lui ce qui est propre à inspirer la crainte ou, disons-le tout crûment, sa virilité, c'est parfaitement légitime et fort compréhensible ; mais ce qui est plus malaise à comprendre, c`est que la femme, du même coup, dégénère. Or c’est là ce qui arrive de nos jours, ne nous y trompons pas. Dès que l’esprit industriel l’emporte sur l’esprit militaire et aristocratique, la femme aspire à l’indépendance économique et juridique d'un commis : la femme-commis nous attend aux portes de la société moderne en formation. Tandis qu'elle s'empare ainsi de droits nouveaux, quelle cherche à devenir le maître et inscrit sur ses drapeaux et ses draperies ces mots : Progrès de la femme. Le contraire s’accomplit avec une évidence effroyable : la femme est en régression….l’émancipation de la femme, pour autant quelle est réellement revendiquée par les femmes et non seulement par des crétins mâles, s`avère comme un curieux symptôme de l’affaiblissement, de l’effritement graduel des instincts féminins primordiaux. Il entre de la bêtise dans ce mouvement, une bêtise quasi virile, dont toute femme bien constituée, donc intelligente, devrait grandement avoir honte. Perdre le flair qui vous indique sur quel terrain si est le plus apte à remporter la victoire, négliger l’exercice de l’escrime a laquelle on est passé maître, se laisser aller, en présence de l'homme, peut-être jusqu’à écrire un livre, au lieu d'observer comme naguère une tenue décente et une humilité fine et matoise ; … à force d’insistance bavarde, dissuader l’homme de croire que la femme doive être gardée, soignée, protégée, ménagée comme un animal domestique plus délicat, singulièrement sauvage et souvent agréable ; rechercher minutieusement, avec une maladroite indignation tout ce que la position sociale de la femme a eu et a encore de servile et de subalterne (comme si l’esclavage était contraire à la civilisation et non pas plutôt à la condition de toute civilisation supérieure, de tout progrès en civilisation), que signifie tout cela, sinon que les instincts féminins s’effritent et que la femme renonce à être femme ?...Ce qui chez la femme inspire le respect et assez souvent la crainte, c’est sa nature, plus « naturelle » que celle de l’homme, sa souplesse rusée de véritable félin, sa griffe de tigresse sous un gant de velours, la naïveté de son égoïsme, son inaptitude à se laisser éduquer, sa sauvagerie profonde, le caractère insaisissable, vaste et flottant, de ses convoitises et de ses vertus... Ce qui, malgré la crainte qu’on éprouve de ce joli et dangereux félin, inspire la pitié pour la femme, c'est quelle apparaît plus dolente, plus, vulnérable, qu'aucun autre animal, plus assoiffée de tendresse et condamnée à plus de désillusions. Crainte et pitié, tels étaient jusqu’à présent les sentiments de l’homme en face la femme, et déjà il lui semblait avoir un pied dans la tragédie qui nous déchire en nous ravissant. Hé quoi ? Tout cela serait fini ? Et on aurait entrepris de désensorceler la femme ? La femme deviendrait peu à peu de plus en plus ennuyeuse ? Europe, Europe ! On connaît la bête à cornes qui toujours eu pour toi le plus d'attrait, la source des dangers qui te menacent sans cesse. Ta vieille fable pourrait redevenir de l’histoire, une bêtise énorme pourrait de nouveau te ravir et t’enlever. Et ce n'est pas un dieu, cette fois, qui se dissimulerait dans cette bêtise énorme : non, rien qu’une idée, une « idée moderne ».(Par delà-le bien et le mal, § 239).

Tout est dit, pour Nietzsche, l’homme doit considérer la femme comme un animal domestique, celle-ci doit craindre de la virilité de l’homme, et comme si cela ne suffisait pas, Nietzsche se permet de justifier l’esclavagisme, car cela est loin d’être contraire à une civilisation d’ordre supérieur.

 

Tout est dit, et par Nieztsche lui -même...mais le grand homme, nous répondront ses défenseurs, ne s'est jamais engagé politiquement du côté des réactionnaires et des fascistes : bien au contraire, il a mené une vie d'intellectuel itinérant et sans frontières dans toute l'Europe, amoureux de la beauté et des arts, il a raillé les mouvements nationalistes et les mouvements antisémites existants...mais il l'a fait au nom de la conception aristocratique de la vie que le petit bourgeois pouvait matériellement se permettre, et qu'il voyait cependant menacée par le mouvement de révolte prolétaire qu'il a tant haï. Son épicurisme individualiste, sa passivité si contradictoire avec sa rebellion affichée contre cette société dont il goûte pourtant les plaisirs réservés à la classe dominante soi-disant méprisée ,Nietzche ne l'assume même pas :il tente de le sublimer au nom d'une conception métaphysique de l'histoire qui n'a rien à envier à l'esprit religieux qu'il  critique

 

nietzche éternel retourQu’est-ce que l’éternel retour ?

 

Comme Nietzsche possède une vue confuse et mutilée du monde qui l’entoure, et comme il cherche du reste à survoler la société de son temps en demeurant un « inactuel », c’est-à-dire en se retirant du combat quotidien sans doute pour ne pas se mélanger à la plèbe, Nietzsche ne perçoit pas les changements de son époque, ou plutôt à chaque fois qu’il pense le saisir, il leur donne une explication fantoche. C’est sa théorie de l’éternel retour. Nietzsche fera dire à Zarathoustra : « il est dur de vivre avec les hommes, parce que se taire et si difficile, surtout pour un bavard » (Ainsi parlait Zarathoustra, deuxième partie, « de la rédemption »).

. L’éternel retour est en fait la théorie de la circularité du temps, qui revient arrivé à terme à son départ, un peu comme le passage des saisons. Un jour Zarathoustra en quête de voyage embarque sur un navire, le bruit commence à courir que ce sage a embarqué et au bout de deux jours de silence, le sage à travers d’énigmes va vouloir décrire ce qu’il ya de plus profond dans le monde, qu’il a reçu en révélation suite à sa méditation. Un nain, parmi les voyageurs le contredit et s’en suit un duel rhétorique « c’est toi ou c’est moi » dit Zarathoustra au nain. Vient l’énigme du temps « …car tout ce qui peut courir : il lui faut encore une fois courir, tout le long de cette rue ! »(Ainsi parlait Zarathoustra, Troisième partie, « de la vision et de l’énigme »). Dans le gai savoir (§ 341), le philosophe écrit « cette vie comme tu la vis maintenant et comme tu l’as vécue, il te faudra la vivre encore une fois encore et d’innombrable fois ; il n’y aura rien de nouveau, mais chaque douleur et chaque plaisir et chaque pensée et chaque soupir et tout indiciblement petit et grand de ta vie doit te revenir et tout dans la même disposition et la même succession ». En Fait le principe de l’Eternel retour, perspective anti-dialectique est un fatalisme. En effet à quoi bon s’investir dans une action politique, si rien ne change jamais et que tout va revenir comme autrefois ? C’est une théorie de l’équilibre qui n’admet par la lutte du nouveau contre l’ancien. . Dès lors Nietzsche prend la posture de l’inactuel, de celui qui est au-dessus de la mêlée qui ne s’engage en rien et vitupère l’époque comme un vieux sage rabougri, en évitant ainsi lui le philosophe du surhomme de s’engager physiquement dans une bataille qu’il sait perdue d’avance.

 

Voilà Nietzsche raconté par lui-même , à travers de longs passages parfaitement clairs de son œuvre : ceux-ci naturellement ne sont jamais cités par les admirateurs de Nietzsche à gauche, qui lui préfèrent des aphorismes ambigus, intérprétables à volonté et dans tous les sens possibles...mais seulement si l'on n'a pas lu les extraits cités ici, qui, eux éclairent toute l'oeuvre.

Nietzsche précède bien la pensée fasciste , dans le rêve d'une nouvelle aristocratie , qui, cependant, matérialiserait le retour à un état antérieur de la société, lorsqu'elle n'était pas encore pervertie par l'égalitarisme.

Nietzsche est bien ce type du petit-bourgeois nostalgique qui constituera le gros des troupes du fascisme : anti-capitaliste romantique, pour qui le capitalisme est dangereux parce qu'il peut libérer des forces sociales qui anéantiront sa classe, celles des prolétaires.

Sa révolution est un retour en arrière pas un bond en avant.

 

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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 17:35

mutins-russes.jpg Ce matin, Nicolas Sarkozy prononçait un discours d'une violence militariste inédite, en même temps qu'il introduisait l'idée de transformer le 11 novembre en journée de souvenir pour l'ensemble des soldats « morts en opération extérieures ».

 

Violence militariste inédite , pourquoi ? Sarkozy déclare que notre devoir ne serait plus seulement de « commémorer », mais de « communier » : commémorer c'est se souvenir, communier, c'est devoir être en parfait accord, en harmonie avec ce qui s'est passé , les millions de morts de la boucherie capitaliste que fut la première guerre mondiale, mais également avec toutes les guerres qui ont suivi et qui vont suivre.

 

Lorsque la mystique nationaliste se réfère directement au vocabulaire religieux, c'est qu'on n'est plus très loin du moment ou l'on demandera une nouvelle fois aux prolétaires d'aller se sacrifier sur l'autel de la patrie.

 

Le patriotisme est d'abord travestissement de l'Histoire : Sarkozy ce matin, a évoqué, à propos de la jeunesse européenne d'avant-guerre, une génération qui aurait accueilli la guerre à bras ouverts , qui l'aurait considéré comme une « rédemption ».

 

Le vocabulaire trahit le capitaliste ;à ses yeux, la jeunesse de l'époque, sans doute, sa partie prolétaire avait effectivement quelque chose à se faire pardonner en allant crever au front. Ce quelque chose, c'était l'embrasement révolutionnaire que la boucherie capitaliste ne put empêcher même en décimant la classe qui allait le porter jusqu'à son aboutissement, la chute du tzar et les Soviets en Russie, puis la contamination à l'Allemagne , puis les forces immenses qui dans chaque pays menacèrent la bourgeoisie, au point que le fascisme et une seconde Guerre Mondiale lui parurent le seul moyen d'y faire face.

 

Sarkozy, presque cent après n'a pu s'empêcher de cracher encore sur les tombes de ceux qui étaient, au cœur des tranchées françaises, le signe insupportable de la guerre de classe : les mutins innombrables, qui « auraient arrêté d'avancer parce qu'ils n'en pouvaient plus ».

 

Les mutins n'ont pas arrêté d'avancer, ils ont choisi au contraire de mourir debout, ils ne rebroussaient pas chemin, ils ouvraient une autre voie.

 

Parmi eux, les soldats russes, qui dès la première révolution de Février, répondent à l'appel du Soviet de Petrograd, le reconnaissent comme seul représentant légitime de leurs aspiration et créent leur soviet sur le front, à des milliers de kilomètres de chez eux. C'est alors la panique dans l'Etat major français, la peur de la contagion. Les soldats russes sont éloignés du Front, exilés dans la Creuse, et très vite, l'armée craint là bas une fraternisation avec la population civile, qui hait la guerre, malgré la propagande patriotique.

 

Ces soldats-là n'arrêtent pas d'avancer, mais dans le sens du combat pour leur classe : ils ne refusent pas seulement de poursuivre la guerre capitaliste, ils exigent de rentrer en Russie pour mener la guerre de classe aux côtés des leurs.

 

La Courtine est encerclée en septembre 1917 par l'armée française qui intime au mutins de se rendre : puis il est pilonné, et une dizaine de morts est recensée, la reddition finit par être obtenue. Quatre vingt soldats russes sont envoyés au bagne , des milliers dans des camps d'internement en Algérie, mais seuls quelques centaines de Russes Blancs retourneront au Front, les autres étant affectés au travail à l'arrière.


Voici un des tracts du soviet de la Courtine, daté du 22 juin 1917.

 

 

  runion_des_soviets_de_la_courtine_2.jpg "Dès notre arrivée en France il y a un an et demi des bruits couraient que nous avions été achetés pour des munitions. Ces bruits se multipliaient de plus en plus et enfin on considérait le soldat Russe pas comme un homme, mais comme un objet. Les blessés, les malades on les traitaient d'une manière révoltante et de plus on leur appliquait une discipline de prison. Cela ne peut pas être autrement: le malade, le blessé cet homme incapable pour le service en d'autres termes un objet inutile. Donc, avec un objet inutile, il ne faut pas et ce n'est pas reçu de faire des façons.

 

Nous, soldats bien portants, pour le moment nous sommes objets utiles ayant son prix qu'on appelle la capacité pour le combat. Mais au premier combat, une partie de nous perdra ce prix, on les blessera et cette partie donc suivra le sort déplorable des objets inutiles jetés dans les hopitaux. Chacun de nous attend ici une telle possibilité, mais chacun de nous veut l'éviter. La seule ressource pour cela: c'est de s'unifier et catégoriquement refuser d'aller sur le front français. Et nous, nous sommes décidés à cela. Aucune assurance des chefs, des nôtres et ceux des français, nous forceront de renoncer à cette décision. Pendant plus de 2 mois on nous répète que la situation des blessés s'est améliorée, et, pourtant, on ne voit pas de résultat. Au contraire, dans les dizaines de lettres que nous recevons chaque jour des hopitaux on n'entend qu'une lamentation continue de la situation sans issue. Des blessés qui rentrent approuvent unanimement cela. La notre situation avant le coup d'Etat était pénible, c'est qu'après lui elle s'est encore empirée. Le laborieux peuple Russe témoigne une grande pression au profit de la paix. Mais cela n'est pas du gout de la France bourgeoise; sachez que pour elle, la guerre est avantageuse, elle lui apporte des intérêts. Voilà pourquoi, la majorité des français se trouvant sous l'influence de sa bourgeoisie, se montre pour nous au plus haut degré méfiante nous insulte et nous humilie.
Enfin irrésistiblement nous sommes attirés vers la Russie; l'amour du pays natal, vers les parents et vers ceux qui nous sont chers. Que nous puissions encore une fois embrasser notre femme, caresser nos enfants, voir les chers visages de nos parents avant la mort. Voilà de quoi sont altérés nos coeurs.
Le dur militarisme n'a pas étouffé ces sentiments. Non ces sentiments s'enflamment de plus en plus et rien qui ne nous donne satisfaction alors nous ferons voir notre force pour poursuivre le combat.
Donc encore une fois, nous prions, nous exigeons et nous insistons qu'on nous renvoie en Russie. Envoyez nous là, d'où nous avons été chassés par la volonté de Nicolas le sanglant. La bas en Russie, nous saurons être et nous serons du côté de la liberté, du côté du peuple laborieux et orphelin.
Là, c'est avec la plus grande des joies que nous livrerons notre vie pour le grand et libre peuple Russe.
Sauf tout ce que nous avons dit, nous avons résolu de ne pas aller à l'exercice ici en france. Qu'on appelle ce pas illégal, criminel, nous n'avons pas d'autres moyens de nous faire entendre. Nous connaissons le prix de toutes ces promesses; nous savons que sans pression elles resteront mortes et non raisonnantes."

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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 17:31

 


 
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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 17:23

skinhead la rue est à nous

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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 17:02
marine-le-pen-guignol.jpegNous avons consacré nombre d'article à la réalité des programmes fascistes sur la question sociale en général.
Mais parfois un petit exemple est aussi utile qu'une étude détaillée des prises de position du Front National ou des autres formations fascistes, surtout, quand dans la pratique, cet exemple constitue un thème de mobilisation récurrent des fascistes sur le terrain social.

C'est le cas en ce qui concerne l'agitation menée par le Front localement, mais aussi par le Parti de la France de Karl Lang dans le Nord autour de la taxe d'habitation. Agitation qui a entraîné une manifestation conjointe de la droite et de l'extrême-droite, ayant réuni plusieurs centaines d'habitants, dont de nombreux foyers modestes à Tourcoing le 4 novembre.

 
 
La taxe d'habitation est un impôt qui ne correspond pas à un statut économique particulier , le fait d'être propriétaire ou une entreprise, ou d'exercer une activité dans un certain domaine. Il est uniquement lié au fait de vivre dans une commune , et c'est chaque commune qui en fixe le montant, celui-ci étant calculé selon la valeur locative du logement dans lequel on vit. Et ce qu'on occupe ce logement comme locataire, comme propriétaire ou à titre gratuit.
 
Pour les prolétaires, c'est un impôt dont le mode de calcul reflète bien le caractère de classe de l'Etat , prétendument neutre : un habitant d'une commune ne règle absolument pas un montant proportionnel à ses ressources, bien au contraire.
D'abord parce que la valeur locative du logement n'est que très rarement réévaluée, les calculs se référant à des données datant du début des années 70. Depuis les quartiers ont bien changé, mais un HLM devenu totalement pourri peut très bien être toujours considéré comme ayant plus de valeur locative qu'un appartement à Neuilly.
De plus , une famille modeste se saignant aux quatre veines pour payer son loyer dans un logement pourri et trop petit pour elle , pourra très bien payer la même taxe que la famille voisine, beaucoup plus aisée, qui vit dans un logement rénové.
 
Ensuite, la taxe d'habitation est souvent plus élevée dans les villes riches que dans les villes populaires. Pourquoi ? Tout simplement parce que certaines communes aisées ont bien plus de ressources disponibles au travers d'autres impôts et taxes , notamment sur les plus values immobilières, et ménagent leurs électeurs...A l'inverse les villes populaires se fondent beaucoup sur cet impôt pour se financer ( ce qui ne signifie pas évidemment qu'elles redistribuent l'argent dans le social...)
 
 
Depuis très longtemps, la bataille pour le non-paiement de la taxe d'habitation par les prolos a été menée par des syndicats, des collectifs de chômeurs et précaires, à partir de mobilisations locales fondées sur une revendication globale : la taxe d'habitation, telle qu'elle est est injuste, et c'est un impôt qui ne doit pas frapper les catégories sociales modestes. Combat de classe, mené aussi bien au travers de l'entraide pour les demandes d'exonération individuelles, que d'actions autour de nombreux dossiers. C'est une lutte qui a souvent uni au quotidien des retraités et des précaires, des chômeurs isolés et des familles nombreuses, contre des élus locaux, de droite comme de gauche, dont nous sommes doublement victimes dans un mécanisme qui ne fait que s'amplifier sous prétexte de crise : d'un côté la taxe d'habitation augmente « pour renflouer les caisses des collectivités locales », et la payer est de plus en plus dur, de l'autre on prétexte le vide de ces mêmes caisses pour diminuer les prestations sociales communales ou départementales.
 
Les fascistes dans tout ça ? Depuis qu'ils se sont auto-proclamés défenseurs des « petits », ils ne se contentent plus de ce qu'ils ont fait pendant des années, à savoir faire de la rhétorique contre les impôts en général, liberticides, servant à nourrir de prestations sociales indues les étrangers et les fainéasses bien de chez nous, notamment les chômeurs.
La critique de l'impôt dans les années 90 et 2000 était par exemple chez le Front National axée autour d'une propagande libérale et pro-patronale. Ainsi, c'est à Nîmes , ville ou l'électorat du Front est très aisé, qu'avaient et qu'ont toujours lieu des campagnes pour la suppression des impôts locaux jugés exorbitants, et de manière générale , le Front militait surtout pour alléger la charge des entreprises, notamment en qui concernait la taxe professionnelle.
Mais aujourd'hui, c'est le prolo qu'on a envie de séduire : alors brusquement, on parle au Front comme au Parti de la France, avec des trémolos dans la voix, du poids intolérable que fait peser la taxe d'habitation sur « tout le monde ». Et l'on tente comme dans le Nord, de mobiliser largement pour la suppression de la taxe d'habitation, notamment dans les quartiers populaires, en espérant ainsi concurrencer ou remplacer collectifs et syndicats, là ou la lutte de classe ordinaire a été désertée.
Pourquoi pas, s'il s'agit de supprimer une charge pour les ménages ouvriers et modestes ?
Tout simplement parce que ces ménages seront les dindons d'une farce qui vise uniquement à avantager les plus riches, et à leur permettre de se désinvestir totalement du financement obligatoire de la collectivité.
Qu'exigent les fascistes ? La baisse globale des impôts locaux, voire la suppression de certains d'entre eux. Evidemment, dans un premier temps, les pauvres n'en paieront plus non plus si c'était le cas.
Et dans l'immédiat, on peut très bien imaginer des mobilisations locales interclassistes organisées par les sections fascistes locales qui aboutissent à l'exonération immédiate pour un certain nombre de dossiers concernant la taxe d'habitation.
Mais ensuite ?
 
Cette agitation a un seul objectif, rendre populaire le programme fasciste concernant les impôts : celui-ci a été détaillé par Marine Le Pen, par exemple en avril 2011, dans ses documents de travail programmatiques. Il vise à supprimer la taxe foncière, et à la fusionner avec l'ISF. La taxe foncière est payée par l'ensemble des propriétaires, et ne concerne pas les locataires. Dans ce programme, également, l'impôt sur les sociétés serait profondément revu, pour permettre un taux d'imposition beaucoup plus bas pour les entreprises « françaises », pour les PME, bref pour la majorité du patronat.
Autre point du projet : la réduction drastique des dépenses des Conseils Généraux, dont Marine Le Pen pointe l'augmentation. Le Conseil Général depuis les lois de décentralisation est une instance déterminante pour les droits des classes populaires, notamment en cas de chômage ou de difficultés de la vie quotidienne. C'est lui qui gère le RSA et l'Allocation Parent Isolé, mais aussi tous les fonds liés à l'Aide Sociale à l'Enfance, par exemple, l'attribution d'aides exceptionnelles quand on ne peut plus subvenir aux besoins quotidiens des gamins, ou qu'on doit acheter un bien nécessaire mais couteux pour un petit budget, comme une poussette ou un frigo. Le Conseil Général s'occupe aussi de la gestion de l'APA, destinée aux personnes âgées à petits revenus, et qui leur permet d'avoir quelques maigres heures d'aide à domicile.
Depuis des années, tous ces droits ont été attaqués par les capitalistes , grâce notamment à la mise en œuvre de la décentralisation : l'Etat ne paye jamais l'intégralité des budgets du RSA ou de l'APA aux départements. Ceux-ci de gauche comme de droite, prétextent cette situation et la crise pour adopter des budgets d'austérité et réduire sans arrêt ces droits, tout en augmentant sans cesse les subventions aux entreprises , directes ou indirectes par la prise en charge d'une partie des salaires au travers des emplois aidés.
bonimenteur.gifLes mobilisations fascistes contre les impôts locaux ne sont rien d'autre qu'un accompagnement et une amplification de cette politique dirigée contre les prolos : la baisse des impôts locaux POUR TOUS sera une nouvelle manière de laisser dans la poche des riches et des exploiteurs ce qui y est déjà, pendant que les exploités se feront reprendre dix fois ce qu'on leur aura octroyé une fois, c'est à dire l'éventuelle suppression de la taxe d'habitation. L'argument de la caisse vide sera utilisé pour supprimer les derniers droits existant au niveau régional, local, départemental.
Ce n'est pas un hasard si les fascistes se retrouvent avec l'UMP pour exiger cette baisse générale des impôts locaux dans certaines villes du Nord, une région où le maigre filet social existant conditionne la survie de beaucoup d'habitants, qui oscillent entre chômage et contrats précaires sous payés.
Voilà le programme social des fascistes et ses conséquences à très court terme...rien à voir évidemment avec le combat de classe qui se mène depuis des années pour exonérer les classes populaires de la taxe d'habitation.
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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 09:00

working-class-tatouage-1.jpg

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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 21:53

 


 
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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 13:54

petit-bourgeois-soral.jpg Vivre sainement, boire avec modération, limiter les aliments riches en sucres et en graisses...d'un côté la propagande capitaliste rend chacun responsable de ses addictions, l'excès de mauvaises substances est toujours la faute de celui qui ne sait pas se raisonner...Les fascistes poussent jusqu'à l'extrême cette manière de penser, apologues des traditions alcooliques françaises, d'un côté, et mépris des faibles qui ne savent pas se « contrôler » de l'autre.

De l'autre côté, alors que la santé est mise au premier rang des choses dont chacun devrait se préoccuper, l'accès aux soins se raréfie pour les ouvriers, les salariés, les chômeurs...et le capitalisme prône la méfiance envers la médecine scientifique, tandis que tous les médias nous abreuvent de louanges sur l'auto-médication, la redécouverte des médecines douces. Les pharmacies sont devenues des étals de poudre de perlimpinpin diverses et variées, mais qui attireront celui qui ne peut plus aller régulièrement chez le médecin ou les spécialistes.

Les sectes qui promettent la guérison du cancer ou du SIDA par des remèdes au mieux sans effet, au pire dangereux, rencontrent un grand succès, notamment auprès de ceux qui ne supportent plus les hospitalisations dans des établissements suroccupés et déshumanisés par le manque de moyen.

Moralisme, culpabilisation, et profit fait sur le dos des pauvres....


Engels, il y a plus de cent cinquante ans, avait déjà, dans un même texte cinglant, fait le lien entre ces deux facettes culturelles du capitalisme, dénonçant d'un côté l'alcoolisme ouvrier non comme un vice, mais comme une conséquence inéluctable de l'exploitation salariale, et pointant de l'autre, l'expansion d'un secteur parasitaire de charlataneries prétendument curatives, qui n'existe que par le manque d'accès aux soins des prolétaires.

Rien n'a changé : le prolétariat n'est pas responsable de ses addictions et de son mauvais état de santé. Les combattre ne peut certainement pas passer par le moralisme religieux ou bourgeois, ni par le recours à la « médecine parallèle », mais seulement par l'éducation, le combat pour les droits sociaux, et la destruction du mode de production capitaliste.

redskinhead.png

Il y a encore d'autres causes qui affaiblissent la santé d'un grand nombre de travailleurs. En premier, la boisson. Toutes les séductions, toutes les tentations possibles s'unissent pour entraîner les travailleurs à l'alcoolisme. Pour eux, l'eau-de-vie est presque l'unique source de joie, et tout concourt à la leur mettre à portée de la main. Le travailleur rentre chez lui fatigué et épuisé par son labeur; il trouve une demeure sans le moindre confort, humide, inhospita­lière et sale; il a un besoin pressant de distraction, il lui faut quelque chose qui fasse que son travail en vaille la peine, qui lui rende supportable la perspective de l'amer lendemain; il est accablé, se sent mal, est porté à l'hypocondrie : cette disposition d'esprit due essentiellement à sa mauvaise santé, surtout à sa mauvaise digestion, est exacerbée jusqu'à en être intolérable par l'insécurité de son existence, sa dépendance du moindre hasard, et son incapacité de faire quoi que ce soit pour avoir une vie moins précaire; son corps, affaibli par le mauvais air et la mauvaise nourriture, exige impérieusement un stimulant externe; son besoin de compagnie ne peut être satisfait qu'à l'auberge, il n'a pas d'autre endroit où rencontrer ses amis.

 

Com­ment le travailleur pourrait-il ne pas être tenté à l'extrême par la boisson, comment pourrait-il résister à l'attrait de l'alcool ? Bien au contraire, une nécessité physique et morale fait que, dans ces conditions, une très grande partie des travailleurs doit nécessairement succomber à l'alcoolisme. Et sans parler des conditions physiques qui incitent le travailleur à boire, l'exemple de la plupart, l'éducation négligée, l'impossibilité de protéger les jeunes gens de cette tentation, bien souvent l'influence directe des parents alcooliques, qui donnent eux-mêmes de l'eau-de-vie à leurs enfants, la certitude d'oublier dans l'ivresse, au moins pour quelques heures, la misère et le faix de la vie et cent autres facteurs ont un effet si puissant, qu'on ne saurait vraiment faire grief aux travailleurs de leur prédilection pour l'eau-de-vie.

 

L'alcoolisme a cessé dans ce cas d'être un vice, dont on peut rendre responsable celui qui s'y adonne; elle devient un phénomène naturel, la conséquence nécessaire et inéluctable de conditions données agissant sur un objet qui - du moins quant à ces conditions - est sans volonté. C'est à ceux qui ont fait du travail­leur un simple objet d'en endosser la responsa­bi­lité. Cependant la même nécessité qui conduit la grande majorité des travailleurs à l'alcoo­lisme, fait que la boisson exerce à son tour ses ravages dans l'esprit et le corps de ses victimes. Les dispositions aux maladies résultant des conditions de vie des travailleurs, sont favorisées par la boisson, tout particuliè­rement l'évolution des affections pulmonaires et intestinales, sans oublier l'éclosion et la propagation du typhus.


Une autre cause des maux physiques est l'impossibilité pour la classe ouvrière de se pro­curer en cas de maladie l'aide de médecins habiles.

 

classe-ouvriere.jpgIl est vrai qu'un grand nombre d'établisse­ments d'assistance tentent de pallier cette carence; par exemple, l'hôpital de Manchester accueille chaque année environ 22,000 malades ou leur fournit des conseils et des médica­ments, mais qu'est-ce que cela représente dans une ville où, d'après les estimations de Gaskell   , trois habitants sur quatre auraient chaque année besoin de l'assistance du méde­cin ? Les médecins anglais exigent des honoraires élevés et les travailleurs ne sont pas en mesure de les payer. Par conséquent, ils ne peuvent rien faire ou bien sont contraints de recourir à des charlatans ou à des remèdes de bonne femme à bon marché, qui à la longue ne peuvent que leur nuire. Un très grand nombre de ces charlatans officie dans toutes les villes anglaises et se constitue une clientèle dans les classes les plus pauvres à grand renfort d'annonces, affiches et autres trucs du même genre. Mais de plus, on met en vente une foule de médica­ments dits brevetés (patent medicines) contre tous les maux possibles et imaginables, pilules de Morrison, pilules vitales Parr, pilules du Dr Mainwaring et mille autres pilules, essences et baumes qui tous ont la propriété de guérir toutes les maladies du monde. Ces médicaments contiennent rarement, il est vrai, des produits véritablement toxiques, mais ils exercent dans de nombreux cas, un effet nocif sur l'organisme lorsqu'ils sont pris à doses importantes et répétées; et comme on prêche aux travailleurs ignorants qu'ils n'en sauraient trop prendre, il ne faut pas s'étonner que ceux-ci en avalent de grandes quantités à tout propos et hors de propos. C'est pour le fabricant des pilules vitales Parr, chose tout à fait habituelle que de vendre 20,000 à 25,000 boîtes de ces pilules curatives par semaine, et on les avale ! Pour l'un c'est un remède contre la constipation, pour l'autre contre la diarrhée, contre la fièvre, l'anémie et tous les maux imaginables.

 

Tout comme nos paysans allemands se faisaient mettre des ventouses ou faire une saignée en certaines saisons, les ouvriers anglais prennent maintenant leurs médecines brevetées, se nuisant à eux-mêmes et faisant passer leur argent de leurs poches dans celles des fabricants. Parmi ces remèdes, l'un des plus dangereux est un breuvage à base d'opiacées, en particulier de laudanum vendu sous le nom de « Cordial de Godfrey   ». Certaines femmes travaillant à domicile, qui gardent leurs enfants ou ceux des autres, leur administrent ce breuvage pour les faire tenir tranquilles et pour les fortifier, du moins beaucoup le pensent. Elles commencent dès la naissance des enfants à user de ces remèdes, sans connaître les effets de ce « fortifiant » jusqu'à ce que les enfants en meurent. Plus l'organisme s'accoutume aux effets de l'opium, plus on augmente les quantités administrées. Lorsque le « Cordial » n'agit plus, on donne parfois aussi du laudanum pur, souvent de 15 à 20 gouttes à la fois. Le coroner de Nottingham attesta devant une commission gouvernementale  , qu'un seul pharmacien avait, de son propre aveu, utilisé pour préparer du « Cordial de Godfrey » treize quintaux de sirop  .

 

On imagine aisément les conséquences pour les enfants de semblables traitements. Ils deviennent pâles, éteints, faibles et la plupart meurent avant l'âge de deux ans. L'usage de cette médecine est très répandu dans toutes les grandes villes et régions industrielles du royaume  .

La situation de la classe laborieuse en Angleterre, 1845 F.Engels



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Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 21:06

 


 
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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 21:31

clockwork-orange-tattoo.jpg

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Jeudi 3 novembre 2011 4 03 /11 /Nov /2011 20:00

Ces quelques extraits sont issus d'un texte d'Antonio Gramsci écrit en 1924, alors que les fascistes étaient déjà au pouvoir en Italie : cependant, il est utile à la compréhension de la situation actuelle. D'abord parce qu'il pose la nature de classe du fascisme, porté par la petite-bourgeoisie, mise à mal par l'évolution du capitalisme, mais revancharde et haineuse envers la classe ouvrière, elle qui a toujours assuré le travail de police sociale contre celle-ci. Rien n'a changé et dans les figures sociales glorifiées par les fascistes, le commerçant, le petit patron, le cadre « moyen » sont toujours en bonne place.

 

Ensuite, Gramsci définit la tâche des communistes et son analyse, elle aussi est essentielle dans la période actuelle : elle est courageuse, car Gramsci refuse le maximalisme , c'est à dire le repli sur soi des révolutionnaires qui se refusent au travail quotidien au sein du prolétariat tel qu'il est tout en annonçant la révolution prochaine qui les dispenserait d'une ligne de masse. Mais Gramsci refuse aussi la ligne de compromis avec la social-démocratie au nom de la lutte contre le fascisme.

 

Sa voie : le combat partout et toujours, au sein de chaque village, de chaque usine, de chaque cellule syndicale,de chaque quartier. La lutte de classes sans concessions, mais à partir des combats prolétaires, pour leur intérêt immédiat sans jamais oublier leur intérêt permanent.

 

    On dit généralement, et nous aussi, communistes, l'affirmons fréquemment, que la situation italienne actuelle est caractérisée par la ruine des classes moyennes : c'est un fait, mais il s'agit d'en comprendre toute la portée. La ruine des classes moyennes est délétère, parce que le système capitaliste, loin de se développer, subit au contraire une limitation ; cette ruine n'est pas un phénomène en soi, susceptible d'être examiné à part et dont les conséquences puissent faire l'objet d'un traitement indépendant des conditions générales de l'économie capitaliste, cette ruine est la crise même du régime capitaliste qui ne réussit plus et ne pourra plus réussir à satisfaire les exigences vitales du peuple italien, qui ne réussit plus à assurer à la grande masse des Italiens le vivre et le couvert. Que la crise des classes moyennes se trouve être aujourd'hui au premier plan n'est qu'un fait politique contingent, ce n'est que l'apparence de cette période que, précisément pour cela, nous appelons « fasciste ». Pourquoi ? Parce que le fascisme est né et s'est développé, sur le terrain de la phase initiale de cette crise ; parce que le fascisme a lutté contre le prolétariat et qu'il est parvenu au pouvoir en exploitant et en organisant l'inconscience et l'esprit moutonnier de la petite bourgeoisie, ivre de haine contre la classe ouvrière qui parvenait, grâce à la force de son organisation, à atténuer, en ce qui la concernait, les contrecoups de la crise capitaliste. (…)

 

maquette-RS2F-14.pngLe monopole du crédit, le régime fiscal, la législation des loyers, ont écrasé la petite entreprise commerciale et industrielle : il y a eu un véritable transfert des richesses de la petite et de la moyenne bourgeoisie vers la grande bourgeoisie, sans que se développe en même temps l'appareil de production ; le petit producteur n'est même pas devenu un prolétaire ; il n'est qu'un affamé perpétuel, un malheureux sans espoir d'avenir. L'emploi de la violence fasciste pour contraindre les épargnants à investir leurs capitaux dans une direction déterminée n'a guère été fructueuse pour les petits industriels : quand la manœuvre a réussi, elle n'est parvenue qu'à transférer les effets de la crise d'une couche de la population sur une autre et a ainsi contribué à accroître et grossir encore le mécontentement et la défiance des épargnants à l'égard du monopole qui existe dans le domaine de la banque, monopole que vient aggraver la tactique de coups de main à laquelle les grandes entreprises doivent recourir pour s'assurer du crédit dans le marasme général. (…)

 

La caractéristique du fascisme consiste en ce qu'il est parvenu à constituer une organisation de masse de la petite bourgeoisie. C'est la première fois dans l'histoire qu'une chose pareille se produit. L'originalité du fascisme réside en ce qu'il a trouvé la forme d'organisation adaptée à une classe sociale qui a toujours été incapable d'avoir une unité et une idéologie unitaire : cette forme d'organisation est celle de l'armée en campagne. La Milice est donc le pivot du Parti National Fasciste ; on ne peut dissoudre la Milice sans dissoudre également le Parti tout entier. Il n'existe pas de Parti fasciste capable de transformer la quantité en qualité, pas de Parti fasciste qui soit un appareil de sélection politique pour une classe ou pour une couche sociale ; il n'existe qu'un agrégat mécanique indifférencié et indifférenciable du point de vue des capacités intellectuelles et politiques, qui ne vit que parce qu'il a acquis dans la guerre civile un esprit de corps extrêmement vigoureux, grossièrement identifié avec l'idéologie nationale. Sorti du terrain de l'organisation militaire, le fascisme n'a rien donné et il ne peut rien donner, et d'ailleurs même sur ce terrain, ce qu'il peut donner est très relatif.


Ainsi fabriqué par les circonstances, le fascisme est incapable de réaliser aucun de ses postulats idéologiques. Le fascisme dit aujourd'hui qu'il veut conquérir l'État, il dit en même temps vouloir devenir un phénomène essentiellement rural. Il est difficile de comprendre comment ces deux affirmations peuvent aller de pair. Pour conquérir l'État, il faut être capable de remplacer la classe dominante dans les fonctions qui ont une importance essentielle pour le gouvernement de la société. En Italie, comme dans tous les pays capitalistes, conquérir l'État signifie avant tout conquérir l'usine, avoir la possibilité de l'emporter sur les capitalistes dans la direction des forces productives du pays. Ceci peut être fait par la classe ouvrière, ce ne peut être fait par la petite bourgeoisie qui n'a aucune fonction essentielle dans le domaine de la production et qui, au sein de l'usine, en tant que catégorie industrielle, exerce essentiellement une fonction policière qui n'est pas productive. La petite bourgeoisie ne peut conquérir l'État qu'en s'alliant à la classe ouvrière, qu'en acceptant le programme de la classe ouvrière, c'est-à-dire en acceptant de remplacer le Parlement par le système des Soviets dans l'organisation de l'État et le capitalisme par le communisme dans l'organisation de l'économie nationale et internationale. ( …)

 

antifascisme.png



Quelles doivent être l'attitude politique et la tactique de notre Parti dans la situation actuelle ?


Si la situation est « démocratique », c'est parce que les grandes masses travailleuses sont désorganisées, dispersées, pulvérisées au sein du peuple indifférencié. C'est pourquoi, quel que puisse être le développement immédiat de la crise, nous pouvons seulement prévoir une amélioration de la position politique de la classe ouvrière et non sa lutte victorieuse pour le pouvoir. La tâche essentielle de notre parti réside dans la conquête de la majorité de la classe travailleuse, la phase que nous traversons n'est pas celle de la lutte directe pour le pouvoir, mais une phase préparatoire, de transition vers la lutte pour le pouvoir, en somme, c'est une phase d'agitation, de propagande, d'organisation. Ce qui n'exclut évidemment pas que des luttes sanglantes puissent se produire, et que notre Parti ne doive, bien entendu, s'y préparer dès maintenant et être prêt à les affronter ; au contraire : ces luttes elles-mêmes doivent être replacées dans le cadre de la phase de transition ; il faut y voir des éléments de propagande et d'agitation en vue de la conquête de la majorité. S'il existe dans notre parti des groupes ou des tendances qui, par fanatisme, voudraient forcer la situation, il faudra lutter contre eux au nom du Parti tout entier, au nom des intérêts vitaux et permanents de la révolution prolétarienne italienne. La crise Matteotti nous a apporté, sur ce point, plusieurs enseignements. Elle nous a appris que les masses, après trois ans de terreur et d'oppression, sont devenues très prudentes et ne veulent avancer qu'à pas comptés. Cette prudence s'appelle réformisme, elle s'appelle maximalisme, elle s'appelle « bloc des oppositions ».

 

Elle est certainement destinée à disparaître, et même dans un laps de temps assez court ; mais en attendant, elle existe et ne peut être surmontée que si, jour après jour, en toute occasion, à tout moment, tout en continuant d'avancer, nous ne perdons pas le contact avec l'ensemble de la classe travailleuse. De même, il nous faut lutter contre toute tendance de droite qui chercherait un compromis avec les oppositions, qui tenterait d'entraver les développements révolutionnaires de notre tactique et le travail de préparation de la phase à venir.


La première tâche de notre parti consiste à s'équiper de façon à devenir capable de remplir sa mission historique. Il doit y avoir dans chaque usine, dans chaque village, une cellule communiste qui représente le Parti et l'Internationale ; elle doit savoir travailler politiquement et être capable d'initiative. Pour cela, il faut lutter contre une certaine passivité qui existe encore dans nos rangs, contre la tendance à ne pas élargir les rangs du Parti. Nous devons au contraire devenir un grand parti, nous devons chercher à attirer dans nos organisations le plus grand nombre possible d'ouvriers et de paysans révolutionnaires pour les préparer à la lutte, pour former des organisateurs et des dirigeants de masse, pour élever leur niveau politique. L'État ouvrier et paysan ne peut être construit que si la révolution dispose de beaucoup d'éléments politiquement qualifiés ; la lutte pour la révolution ne peut être victorieuse que si les grandes masses sont encadrées et guidées dans toutes leurs formations locales par des camarades honnêtes et capables. Autrement, on en reviendrait vraiment, comme le proclament les réactionnaires, aux années 1919-1920, c'est-à-dire aux années de l'impuissance prolétarienne, aux années de la démagogie maximaliste, aux années de la défaite des classes laborieuses. Nous non plus, communistes, nous ne voulons pas revenir aux années 1919-1920.


Un grand travail doit être accompli par le Parti dans le domaine syndical. Sans grandes organisations syndicales on ne sort pas de la démocratie parlementaire. Libre aux réformistes de ne vouloir que de petits syndicats, libre à eux de ne former que des corporations d'ouvriers qualifiés. Nous, communistes, nous voulons le contraire de ce que veulent les réformistes et nous devons lutter pour réorganiser les grandes masses. Certes, il faut poser le problème concrètement et pas seulement de façon formelle. Si les masses ont déserté le syndicat, c'est parce que la Confédération générale du travail, qui est pourtant d'une grande efficacité politique (elle n'est rien d'autre que le Parti unitaire), ne se préoccupe pas des intérêts vitaux des masses. Nous ne pouvons envisager de créer un nouvel organisme qui ait pour but de pallier l'impéritie de la Confédération ; nous pouvons cependant, et nous le devons, nous attaquer au problème de développer, grâce aux cellules d'entreprise et de village, une activité effective. Le Parti communiste représente la totalité des intérêts et des aspirations de la classe travailleuse : nous ne sommes pas un simple parti parlementaire.

 

Notre parti mène par conséquent une véritable et authentique action syndicale, il se met à la tête des masses jusque dans les petites luttes quotidiennes pour les salaires, pour la durée de la journée de travail, pour la discipline d'usine, pour les logements, pour le pain.

 

Nos cellules doivent pousser les Comités d'entreprise à incorporer toutes les activités prolétariennes dans leur fonctionnement. Il faut par conséquent susciter dans les usines un vaste mouvement susceptible de déboucher sur une organisation de comités prolétariens de ville élus directement par les masses : dans la crise sociale qui s'annonce, ces comités pourraient prendre en charge les intérêts généraux de tout le peuple travailleur. Si elle s'accompagne du retour dans l'organisation de tous les éléments d'avant-garde pour y combattre les actuels dirigeants réformistes et maximalistes, cette action effective dans l'usine et dans le village revalorisera le syndicat en lui rendant un contenu et une efficacité. Quiconque se tient aujourd'hui à l'écart des syndicats n'est pas un militant révolutionnaire mais un allié des réformistes : il pourra bien faire de la phraséologie anarchisante, il ne fera pas bouger d'un millimètre les conditions inexorables dans lesquelles se déroule la lutte réelle.

 

A.Gramsci, La crise italienne, 1924



Publié dans : Mode de Production Capitaliste - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 21:15

 


 
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REDSKINHEADS UNITED !

 

Notre collectif s'adresse à tous les redskinheads francophones et internationaux constitués en R.A.S.H ou en groupes autonomes. Ce collectif  signe aussi l'ouverture du mouvement vers les skinheads spirit 69 et les S.H.A.R.P ainsi que vers des militants d'autres horizons.  Notre collectif assume son aspect anticapitaliste, antiraciste et antisexiste.
Les "skinheads" apolitiques et  boneheads, parasites du mouvement "skinhead" sont nos ennemis de classe et ne sont pas admis ici. Ce blog s'adresse aussi à celles et ceux pour qui "skinhead" est encore, hélas, synonyme de fasciste, afin de  leur démontrer le contraire. Enfin, ce collectif s'ouvre également vers les cultures proches (Reggae,Ska-Soul et Punk).

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